L’enrôlement dans l’armée de tout Israélien : dans l’impasse

L’enrôlement de tout Israélien dans l’armée s’impose. Comment comprendre alors l’opposition d’éminents rabbins dans notre société ?

P8 JFR 370 (photo credit: DR)
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Cette question fait émerger deux problèmes : celui del’insertion de cette population à tous les niveaux de la société israélienne,et celui de l’utilisation de la Torah et du prestige des rabbins pour justifierce statu quo.

Tout d’abord, il convient de se méfier des généralisations, car toutes lesnuances individuelles sont possibles parmi les religieux orthodoxes et lesnon-religieux. Certains Harédim sont d’authentiques citoyens à l’armée, etcertains « laïcs », d’authentiques déserteurs. D’autres y renoncent à cause detrop fortes pressions de leur milieu.

Le message venu de ces yeshivot est clair : « Nous et nos étudiants sommes lesprêtres de la société israélienne, habilités à intercéder auprès d’Hachem pourprotéger le peuple d’Israël, et en particulier Tsahal, de ses ennemis. Privernos étudiants d’étude pour les enrôler dans l’armée signifierait priver toutIsraël de protection divine. » Suite à quoi pleuvent menaces et malédictions.

Le statu quo qui prévaut jusqu’à présent prouve l’embarras de nos députés et denos dirigeants, même religieux, face aux arguments dits de la Torah. Est-ilvrai que ces yeshivot sont le meilleur bouclier d’Israël contre ses ennemis ?Sont-elles les porte-parole de la Torah ? Sur la base des enseignements du ravLéon Ashkénazi Manitou, voici un parallèle entre l’actuelle attitude desHarédim vis-à-vis d’Israël et la période qui a précédé la Shoah. Les mêmesacteurs citent les mêmes arguments tirés de la Torah écrite et orale, etprofèrent les mêmes menaces.

Le mérite de vivre un jour de fête 

A l’époque, deux mouvements s’affrontent demanière très violente en Europe : le camp des sionistes, qui appelle au retouren Palestine, et le camp de ceux qui, au nom de la Torah, interdisent aux juifsde quitter l’Allemagne, la Pologne, etc., sous peine d’excommunication. Enconséquence de quoi, l’idée d’une reconstruction nationale est présentée parl’establishment religieux comme une menace ; et le sionisme, comme une idéologieà combattre, un danger pour la Torah et la pratique des mitsvot.

« Dans les années vingt, les rabbins de Varsovie voulurent excommunier le RavAshlag qui, voyant se préparer la Shoah, militait pour l’aliya des juifs dePologne. Il s’est enfui, les autres sont restés. Arrivé en Palestine, il agagné sa vie comme machguiah d’une yeshiva. C’était un grand kabbaliste. Il yen a eu d’autres comme cela1. » Vladimir Jabotinski, en 1938, déclare aux juifsde Pologne : « Depuis trois ans je m’adresse à vous, juifs de Pologne, diadèmedu judaïsme dans le monde… Je vous mets en garde sans cesse, contre lacatastrophe qui approche. Mes cheveux ont blanchi et j’ai vieilli, car mon cœursaigne en voyant que vous, mes chers frères et sœurs, êtes aveugles devant levolcan qui va bientôt cracher son feu destructeur… Ecoutez cependant mesparoles, en cette heure ultime : au nom de Dieu ! Que chacun sauve sa vie, tantque cela est encore possible, et il ne reste plus beaucoup de temps ! Et jesouhaite vous dire encore une chose, en ce jour de Ticha BéAv : ceux quiparviendront à fuir la catastrophe auront le mérite de vivre un jour de fête etde grande allégresse juive : la renaissance et le rétablissement de l’Etatjuif. Je ne sais pas si je mériterai de le voir, mais mon fils, certainement !Je crois à cela tout comme je sais que demain matin, le soleil brillera denouveau. Je le crois d’une foi parfaite2. » 

Des sages sourds et aveugles 

Nousne saurions a posteriori refaire l’histoire, et encore moins donner une explicationà la Shoah. Nous savons juste que, pour peu que la majorité des dirigeants dujudaïsme, avant la seconde guerre mondiale, aient encouragé le mouvementsioniste, il y aurait eu moins de juifs victimes en Europe, et plus de juifs enPalestine pour fortifier l’Etat d’Israël embryonnaire.

Le Rav Ashkénazi enseignait : « Notre Torah est une Torah de vie. En Nitsavim(30, 15), nous lisons : “Vois, J’ai placé devant toi aujourd’hui la vie et lebien, et la mort et le mal.” Le bien, c’est la vie. Le mal, c’est la mort. Cequi va du côté de la vie, c’est le bien ; et ce qui va du côté de la mort,c’est cela, le mal. C’est la raison d’être de la sagesse : savoir diagnostiquerce qui engendre la vie et ce qui engendre la mort. Et on ne demande pas à desresponsables juifs athées de connaître la Torah, ni le Talmud ou le Zohar. Maisà des rabbins, si3. » « Ce ne sont pas les juifs qui sont responsables, maisceux qui ont trompé les juifs et les ont fait prendre dans un piège. […]N’osant pas parler de la culpabilité des juifs, on culpabilise Dieu lui-même.Voilà le problème. C’est extrêmement délicat comme sujet4. » Comment, au nom dela Torah, de si nombreux rabbins ont-ils pu encourager leurs coreligionnaireset leurs étudiants des yeshivot à rester en Europe ? Il est possiblemalheureusement que d’éminents sages de notre peuple restent sourds et aveuglesà l’enseignement littéral de la Torah, comme à tout ce qui concerne sadimension collective, donc politique.

A l’écart du klal Israël 

Le Rav Yissachar Shlomo Teichtel est une exceptionremarquable : « J’avouerai la vérité et je rappellerai mes fautes. Moi aussi jen’ai eu que dédain pour l’entreprise de reconstruction du Pays d’Israël. Cedédain, je l’avais entendu chez beaucoup de nos maîtres craignant Dieu… Cen’est que lorsque nous fûmes frappés dans l’amère cruauté de cet exil que jecommençai à étudier sérieusement la question du retour à Sion. Alors Dieuéclaira mes yeux et me montra ma faute. La faute dont étaient responsables tousceux qui s’étaient opposés au retour. Aussi, j’avoue et je proclame ma fautecomme le firent Rava et plusieurs de nos maîtres dans le Talmud, bénie soitleur mémoire. Ils avouèrent et proclamèrent : “L’enseignement que je vous aidonné était fautif et j’en suis responsable5.” » Que l’aveu des sages constitueleur louange.

Le refus harédi de s’enrôler dans Tsahal, de travailler et de s’impliquer dansla cité a pour effets de les mettre à l’écart du klal Israël, et d’entraîner ladivision dans notre peuple. Leur vertu et leur érudition ne sont pas enquestion, mais leur lien à Erets Israël en tant que nation, et non comme une «“Terre promise”, éternellement promise, ou bien une “Terre sainte”inaccessiblement sainte6 ».

Ce n’est ni le statu quo, ni les contraintes judiciaires ou administratives quirésoudront le problème. Nous sortirons de cette impasse lorsque ces mêmeslignées de rabbins comprendront et reconnaîtront leurs erreurs. Ils deviendrontsans aucun doute les premiers défenseurs de l’armée d’Israël, et auront unepart active déterminante dans l’avenir du pays. Ils auront plaisir à fairepartie du peuple d’Israël et nous serons heureux de les savoir parmi nous.