Qui veut la peau de George Soros ?

By TIBOR KRAUSZ
July 30, 2017 15:36

L’université d’Europe centrale de Budapest, fondée par le milliardaire américano-hongrois, est menacée de fermeture par le gouvernement nationaliste de Viktor Orbán




Qui veut la peau de George Soros ?

L'entrée de l'université d'Europe Centrale. (photo credit:WIKIPEDIA)

Située dans la capitale hongroise, l’université d’Europe centrale (UEC), qui accueille quelque 1 500 étudiants et des centaines de conférenciers provenant de 116 pays, offre des formations de deuxième et troisième cycles très recherchées dans le monde entier. Elle occupe quelques pièces somptueuses d’un édifice datant de l’époque des Habsbourg et deux bâtiments ultramodernes en plein cœur de Budapest, à proximité des merveilles architecturales dont le Lánchíd, pont suspendu sur le Danube, l’imposante basilique néoclassique Saint-Etienne de Pest et le parlement de style néogothique, lui-même situé près de la grande synagogue.

Université menacée

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Un emplacement de choix qui illustre les objectifs ambitieux de cet établissement anglophone fondé par le philanthrope George Soros en 1991. L’université a vu le jour après la chute du communisme, processus dans lequel la Hongrie a joué en 1989 un rôle important. L’idée de son fondateur, George Soros, était d’inculquer des valeurs libérales et démocrates aux jeunes des pays d’Europe de l’Est, désorientés par les mutations politiques et les bouleversements de la société. Grâce à l’octroi de quelque 900 millions de dollars du milliardaire américano-hongrois, l’UEC a longtemps été une des institutions académiques les mieux financées. Aujourd’hui, elle fonctionne de manière indépendante.
Ces dernières années, l’UEC, également accréditée aux Etats-Unis, a offert des bourses à des milliers d’étudiants hongrois et étrangers, dont des jeunes venant d’Israël et des Territoires palestiniens. Certains de ses anciens élèves sont devenus des intellectuels, des ministres et des diplomates reconnus de par le monde. « L’UEC n’est pas une simple université. C’est une institution pluridisciplinaire avec des standards internationaux, et qui promeut les valeurs de tolérance, de diversité et d’ouverture », explique Shlomo Avineri, membre de son corps professoral. « La Hongrie doit en être fier », ajoute-t-il.

C’est pourtant loin d’être le cas. Le gouvernement nationaliste du pays a entrepris de se débarrasser de cette université et de toutes les valeurs qu’elle véhicule. Une bataille politique s’est ainsi engagée autour de son maintien, qui a pris la forme d’un bras de fer personnel entre le financier George Soros et le Premier ministre hongrois Viktor Orbán. Début avril, ce dernier a fait voter une loi sur l’enseignement supérieur, qui pourrait conduire à la fermeture pure et simple de l’UEC, désignée par le chef du gouvernement comme « l’université de Soros ». Selon cette loi, les universités étrangères non européennes ne pourront plus accorder de diplômes hongrois sans un agrément du gouvernement. Pour enseigner en Hongrie, ces établissements devront par ailleurs disposer d’un campus dans le pays où ils sont également accrédités. Ce qui n’est pas le cas de l’UEC qui n’a pas de campus aux Etats-Unis. Ainsi, sans un accord bilatéral signé entre la Hongrie et les Etats-Unis, l’UEC ne pourra plus accueillir de nouveaux étudiants à partir du 1er janvier 2018 et devra fermer ses portes en 2021.

Dérives autoritaires

Cette loi témoigne des dérives autoritaires du Premier ministre hongrois. Elle fait partie d’un ensemble de mesures prises récemment par le parti au pouvoir pour réduire l’influence des organisations non gouvernementales, et notamment celles financées par Soros. L’objectif est de ne plus leur permettre d’intervenir sur le sol hongrois, a admis récemment et sans état d’âme, un député du parti d’Orbán.

S’adressant à la radio nationale fin mars, Orbán a accusé l’université de « tricher » et d’enfreindre la loi en délivrant des diplômes acceptés à la fois en Hongrie et aux Etats-Unis – alors que dans les autres facultés hongroises les diplômes sont uniquement locaux. « Pourquoi devrions-nous accepter que nos propres universités soient désavantagées, et permettre à un établissement étranger de profiter d’acquis injustifiés ? », a-t-il déclaré.

En réalité, l’UEC est un prétexte pour mener la guerre contre Soros, sa bête noire. Orbán l’accuse notamment de fomenter une opposition contre lui et dénonce son rôle actif, à travers ses ONG, dans l’installation de migrants en Europe, une entreprise qui, selon lui, accroît la menace terroriste. Remettre en cause l’existence de l’UEC est donc un moyen d’attaquer le milliardaire et ses conceptions politiques. Fin décembre 2016, dans un entretien avec un site en ligne de droite, le Premier ministre avait d’ailleurs été très explicite sur l’avenir de cet établissement, et sur ses intentions vis-à-vis de Soros, et ce bien avant le vote de la loi sur l’enseignement supérieur. « L’année prochaine sera consacrée à exclure Soros et toutes les organisations qui le représentent de la société civile hongroise », avait-il prévenu. Peu de temps après, quand la Cour européenne des droits de l’homme a dénoncé le gouvernement hongrois pour avoir détenu illégalement deux demandeurs d’asile du Bangladesh en 2015 au moment de la crise des migrants, le Premier ministre a, comme prévu, accusé Soros d’être à l’origine de cette décision.

Depuis le début de la crise des migrants, le Premier ministre hongrois a adopté une position ouvertement hostile au droit d’asile, fermant les frontières du pays et n’acceptant les réfugiés qu’au compte-gouttes. A l’opposé, l’Open Society Foundations, un réseau d’ONG financé par Soros, milite pour leur intégration en Europe et s’est érigé comme leur porte-parole. « La crise résulte d’une collusion entre des trafiquants d’êtres humains, des bureaucrates à Bruxelles et des organisations qui travaillent en Hongrie, financées par de l’argent étranger », a dénoncé à plusieurs reprises Viktor Orbán, brossant dans le sens du poil une opinion publique qui considère l’afflux de migrants en Europe comme faisant partie d’un complot mondial fomenté par des gens riches, dont certains banquiers juifs tirent les ficelles.

« Appelons un chat un chat : George Soros finance ces migrants et les organisations qui les soutiennent », a affirmé Orbán. Au cas où quelqu’un n’aurait pas bien compris le message, le Premier ministre a s’est montré encore plus explicite : « Ne sous-estimons pas George Soros, un milliardaire puissant et sans scrupules qui serait prêt à tuer père et mère quand il s’agit de protéger ses propres intérêts. »

Ces diatribes populistes, ces remarques sur la puissance des riches banquiers et ces sous-entendus sur la judéité de Soros trouvent un écho favorable parmi la population hongroise qui reste très méfiante vis-à-vis des juifs, et qui se montre toujours réceptive aux vieilles antiennes antisémites. A une certaine époque, les financiers juifs étaient assimilés à la dynastie des banquiers Rothschild dans l’imaginaire collectif ; maintenant, ils sont associés à Soros. « C’est l’antisémitisme qui motive la loi contre l’UEC », assure Attila Mesterházy, un député de l’opposition. « Quand Orbán et les membres de son parti se déchaînent contre George Soros, il est clair que sa judéité n’est pas étrangère à leurs réactions, et c’est également vrai dans l’esprit de nombreux Hongrois. »

Relents d’antisémitisme


Ses activités philanthropiques consacrées notamment à la défense des droits de l’homme, à la lutte contre la discrimination, ses idées politiques de gauche et son rapide enrichissement, font de Soros une caricature du banquier juif magouilleur et alimentent les mythes du complot. Sa vie personnelle et ses succès sont constamment dénoncés par ses détracteurs en Hongrie et ailleurs.

György Schwartz est né en 1930 dans une famille juive assimilée. Au moment des déportations massives de juifs hongrois, le jeune garçon, alors âgé de 14 ans, a échappé aux arrestations grâce à de faux papiers. Pour survivre pendant la guerre, il a admis avoir aidé un fasciste à confisquer des biens pris aux juifs alors qu’ils avaient été déportés à Auschwitz. Un passé qui lui est revenu comme un boomerang, donnant lieu à des accusations à son encontre, selon lesquelles il aurait collaboré avec les nazis. Mais cela n’a jamais été prouvé. Par la suite, Soros s’est installé à Londres où il a étudié la philosophie. Il a travaillé dans plusieurs banques mais sans grand succès, avant de créer son propre fonds d’investissement. Profitant des spéculations sur les taux de change, il a gagné un milliard de dollars en un seul jour en 1992, en s’engageant dans un pari à haut risque contre la Banque d’Angleterre. Reconnu par ses pairs après ce coup de maître, il est ensuite devenu un personnage central dans le monde de la finance mondiale. Installé depuis à New York, il fait aujourd’hui partie des hommes les plus riches du monde et des donateurs les plus généreux. Sa fortune est estimée à 25 milliards de dollars.

Son réseau caritatif Open Society Foundations, dispose d’un budget annuel considérable. Il a distribué au cours des années quelque 12 milliards de dollars, pour soutenir, dans plus de 100 pays, de nombreuses causes ; plusieurs millions de personnes ont bénéficié de sa générosité. Ironie de l’histoire, son principal détracteur, Viktor Orbán, lui doit aussi beaucoup : en 1989, quand il n’était qu’un jeune politicien libéral peu connu, ce dernier a reçu une bourse du milliardaire pour étudier à l’université d’Oxford en Angleterre. De nombreux autres proches d’Orbán ont également profité des largesses de Soros dans leur jeunesse.

A travers ses diverses ONG, George Soros promeut les valeurs qui lui ont été inspirées par le penseur autrichien Karl Popper, dans son ouvrage La société ouverte et ses ennemis, dénonçant l’intolérance et la dérive totalitaire. Les idées véhiculées par les organisations caritatives de Soros hérissent Viktor Orbán. Le Premier ministre se présente ainsi comme un « ennemi » de cette philosophie occidentale qui prône l’ouverture de la société. Grâce à une large majorité au parlement, Orbán s’oriente vers un Etat autoritaire, et s’inspire du modèle créé par son allié Vladimir Poutine. Il gère son pays d’une main de fer, n’hésitant pas à modifier la législation en vigueur, à faire taire les organismes de contrôle démocratiques et à réécrire en partie la Constitution nationale.

Avec Orbán, les actes suivent toujours les paroles. Récemment, à l’initiative du pouvoir en place, les établissements scolaires publics ont adopté dans leur cursus une histoire révisionniste du pays lors de la Deuxième Guerre mondiale, qui réécrit le rôle des Hongrois dans la déportation des juifs. La Hongrie, qui était un allié de l’Allemagne nazie, est désormais décrite comme victime de l’agression allemande et de l’occupation soviétique, et s’absout de toute responsabilité dans la déportation massive et la mort de 600 000 juifs hongrois pendant la Shoah. « Les Hongrois n’ont pas encore digéré et accepté l’histoire de leur pays au XXe siècle », explique un professeur américain spécialiste de l’histoire des juifs d’Europe centrale, qui enseigne à l’UEC dans le cadre d’un programme universitaire sur l’histoire des nationalismes et les études juives. « Aux yeux des Hongrois, c’est le communisme qui est le crime du XXe siècle. » Une position adoucie toutefois par les propos du Premier ministre au cours de la récente visite dans le pays de Benjamin Netanyahou. A cette occasion, Orbán a eu des mots très forts, et encore jamais entendus dans la bouche d’un dirigeant hongrois, pour dénoncer la collaboration de son pays dans l’extermination des juifs.

« La Hongrie s’est fourvoyée et a péché », a-t-il déclaré le 18 juillet. Le chef du gouvernement s’est ensuite engagé à combattre sans relâche toutes les formes d’antisémitisme. Des mots visant en premier lieu à apaiser la communauté juive locale, particulièrement inquiète de la campagne anti-Soros menée par Orbán. Celle-ci a pris une tournure extrêmement violente ces dernières semaines à travers une campagne d’affichage particulièrement odieuse, visant à dénoncer les positions pro-migratoires du philanthrope. Le portrait du milliardaire en train de rire a été collé à même le plancher des trains, de façon à ce qu’il soit consciencieusement piétiné par chaque voyageur. Sous la photo, un slogan : « Ne laissons pas le dernier rire à Soros. » Si les affiches ont été retirées juste avant la venue de Netanyahou, les juifs du pays se sont dits déçus du peu de véhémence d’Israël sur la question. Après une première condamnation de l’ambassade de l’Etat juif à Budapest, le ministère des Affaires étrangères israélien a publié un communiqué affirmant le droit du gouvernement hongrois à critiquer Soros, et soulignant l’opposition du ministère face à l’activisme anti-israélien du milliardaire.

Comme tous les dirigeants autoritaires qui se respectent, Orbán est adepte du népotisme. Il a tissé un réseau lui permettant d’enrichir ses proches, et de leur accorder des positions privilégiées au niveau politique et dans les milieux économiques. Il s’emploie aussi à faire taire toute opposition, dont Soros apparaît comme le chef de file.

« Je ne pense pas qu’Orbán soit antisémite, mais nombre de ses partisans le sont. Orbán ne combat pas Soros parce qu’il est juif, mais parce que c’est un milliardaire qui cherche à influencer la politique hongroise à travers ses œuvres caritatives », précise le professeur d’histoire à l’UEC. « Bien sûr, le fait qu’il soit juif permet d’alimenter l’antisémitisme latent des Hongrois et encourage les préjugés sur les banquiers juifs. Orbán est un populiste qui cherche à puiser dans les instincts les plus bas des Hongrois. Il a donc trouvé en Soros le parfait croque-mitaine, et utilise l’UEC comme un moyen d’affaiblir le milliardaire », poursuit-il. En agitant l’épouvantail des banquiers juifs, de nombreuses théories relatives à une prétendue « mafia sioniste mondiale » se sont récemment développées en Hongrie, certaines prenant des tournures carrément dramatiques. L’une d’elle, actuellement très en vogue en Hongrie, fait courir le bruit que les Israéliens seraient en train de pomper clandestinement l’eau des sources minérales hongroises pour l’exporter vers l’Etat hébreu. Les juifs seraient aussi en train de faire monter artificiellement les prix de l’immobilier à Budapest, pour chasser ses actuels habitants et la repeupler avec des juifs.

Le bras d’Israël ?

Dans les médias locaux et les cercles privés, Soros est également accusé de chercher à affaiblir les intérêts de la Hongrie au profit d’Israël, notamment par l’intermédiaire de son université.
« C’est absurde. Si quelqu’un est bien antisioniste, c’est Soros, qui passe son temps à critiquer Israël. Seulement il représente des valeurs de libéralisme, de démocratie, d’ouverture, de défense des droits de l’homme qui font de lui la cible de campagnes de dénigrement dans les milieux de droite », souligne András Kovács, professeur de sociologie à l’UEC, spécialiste de l’antisémitisme en Hongrie. La fondation de Soros a ainsi donné des millions de dollars à des lobbies qui dénoncent ouvertement l’Etat juif et mettent même en cause sa légitimité, tandis que ses œuvres caritatives militent pour les « droits des Palestiniens ».

Pour autant, l’UEC n’est pas une institution qui s’affiche contre Israël. Pour preuve, pendant dix ans – jusqu’en 2009 – elle a été dirigée par un recteur israélien, l’historien juif hongrois Yehuda Elkana, rescapé d’Auschwitz, et de nombreux professeurs israéliens y enseignent. Parmi eux, Shlomo Avineri, professeur de sciences politiques à l’Université hébraïque de Jérusalem, et ancien directeur général du ministère des Affaires étrangères au sein du gouvernement d’Yitzhak Rabin au milieu des années 1970. Il enseigne à Budapest l’histoire juive moderne, le sionisme et les conflits au Moyen-Orient, dans le cadre du programme sur le nationalisme et les études juives. Comme nombre de ses collègues et d’autres éminents universitaires, Avineri a appelé à dénoncer les mesures prises par le gouvernement hongrois et sa nouvelle loi contre l’UEC.

« Au cours des dernières années, des universitaires de renom et de grands esprits d’Europe centrale ont enseigné à l’UEC », souligne Avineri, 84 ans, très attaché à la Hongrie, pays de natal de sa mère. « L’université a joué un rôle central dans la démocratisation de l’Europe centrale et de l’Est après des dizaines d’années de fascisme et d’oppression communiste », fait-il remarquer.

Mais Orbán fait feu de tout bois dans sa lutte contre Soros, et espère notamment que Donald Trump, l’aidera dans sa bataille contre le milliardaire. George Soros, qui a soutenu financièrement Hillary Clinton durant la dernière campagne électorale américaine, est en effet un ennemi déclaré du nouveau locataire de la Maison-Blanche, qu’il a qualifié « d’imposteur, d’escroc et de dictateur en devenir ». Le magnat américano-hongrois finance des causes caritatives qui soutiennent les droits des homosexuels, ainsi que le mouvement Black Lives Matter contre les violences policières dont les Noirs sont victimes, afin de s’opposer au programme de Donald Trump et à sa « politique de haine », comme l’appelle Soros.

Szilárd Németh, le numéro deux du parti Fidesz, estime qu’il y a désormais une « opportunité internationale » pour mettre fin une bonne fois pour toutes aux fonctionnements des organisations et des projets financés par Soros. Mais jusqu’ici ces vœux sont restés pieux, et il semblerait que le gouvernement hongrois ait mal évalué le paysage politique américain. L’ambassade américaine à Budapest a ainsi critiqué la politique d’Orbán et la tentative de son parti de restreindre les libertés d’enseignement en voulant fermer l’UEC. Le département d’Etat et certains sénateurs américains lui ont emboîté le pas.

L’Europe inquiète

De nombreuses voix se sont également élevées en Europe pour défendre l’existence de l’UEC, dont celles de la chancelière allemande Angela Merkel, et du président allemand Frank-Walter Steinmeier qui a appelé l’Europe « à ne pas rester silencieuse quand la société civile et même l’enseignement supérieur comme l’UEC sont privés de liberté ».
A cet appel, le porte-parole du gouvernement hongrois Zoltán Kovács a répliqué en soulignant que « les mensonges de George Soros parviennent même à créer la confusion parmi le gouvernement allemand. Il est utile de rappeler que ce même Kovàcs a étudié à l’UEC dans les années 1990, grâce à une bourse accordée par Soros. Mais il semble qu’une telle ingratitude soit monnaie courante au sein du monde politique hongrois, qui est avant concerné par son propre intérêt, et néglige les règles de décence les plus élémentaires.

Dans une lettre ouverte à Orbán, György Konrád, un auteur juif hongrois survivant de l’Holocauste, a fait le parallèle entre la campagne gouvernementale orchestrée contre Soros et la propagande antijuive des nazis. « Dans le seul but de vous maintenir au pouvoir, vous avez encouragé les sentiments antisémites avec vos insinuations, et ciblé un homme qui a fait davantage pour la jeunesse hongroise que vous et tous vos proches réunis », a-t-il écrit. Des dizaines de milliers d’universitaires hongrois, d’intellectuels, de professeurs et d’étudiants ont eux aussi crié à l’injustice après les lois votées par le parlement hongrois contre l’UEC.

Des manifestations massives dans les rues de Budapest ont également eu lieu pour dénoncer la politique ultra-conservatrice et répressive du gouvernement. Plus de 100 000 personnes se sont réunies pour réclamer le départ d’Orbán et le maintien de l’UEC. Face à ces protestations, la télévision publique a réagi en utilisant les théories du complot. Elle a accusé l’empire de Soros « de chercher à déstabiliser le parti politique au pouvoir », et a affirmé, sans aucune preuve, que le milliardaire se trouvait parmi les milliers de manifestants étrangers arrivés à Budapest pour affaiblir le gouvernement.

Impassible face à ces attaques, le philanthrope a promis que l’UEC demeurerait en Hongrie et a reçu le soutien d’une grande partie de l’élite intellectuelle. « La première qualité de l’UEC est son indépendance. Elle représente le dernier bastion de libre-pensée en Hongrie », a déclaré István Földes, un physicien juif hongrois membre de l’Académie hongroise des sciences, qui a pris part aux manifestations. « Il n’y a plus de presse libre en Hongrie, et avec l’UEC, le gouvernement veut maintenant fermer le dernier endroit de libre opinion », a-t-il regretté.

Mais ces soutiens seront-ils suffisants ? Daniel Berg, un étudiant à l’UEC dans le programme de politique publique, s’interroge. Sa mère a fui la Hongrie communiste en 1977, en traversant l’Autriche cachée dans le coffre d’une Trabant, la célèbre voiture de fabrication est-allemande à deux cylindres.
Né à New York, l’étudiant considère la Hongrie comme son deuxième pays et y étudie depuis l’an dernier. Mais il est déçu. « Je suis venu parce que j’aime la Hongrie », a-t-il expliqué lors d’une manifestation devant l’UEC, le jour de l’adoption de la loi sur l’enseignement supérieur début avril. « Mais aujourd’hui, avec cette législation qui est une sentence de mort à l’encontre de mon université, j’ai le sentiment que je me suis trompé en voulant rentrer chez moi », dit-il avec tristesse. « Ce qui est en jeu », conclut-il, « c’est le sort de la jeunesse et l’avenir de ce pays. »

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