André Djaoui, ou la maturation d’un juif

By
May 13, 2013 12:40

Un homme qui a passé 40 ans à errer entre paillettes et show-biz, avant de retrouver la route qui l’a conduit jusqu’à Israël.




La Force.

JFR P20 370. (photo credit: DR)


Cet homme, c’est André Djaoui, célèbre producteur de films, exmari de la chanteuse Jane Manson et père de Shirel. Né dans une famille modeste de juifs tunisiens, il débarque en France à l’âge de 5 ans. Son premier métier : la publicité. Il travaille pour l’agence Havas pendant 10 ans, jusqu’à ce qu’un ami le présente à Martin Gray. Coup de foudre amical et professionnel, il abandonne alors les slogans publicitaires pour la production cinématographique.

Pour Au Nom de tous les miens, en 1981, le premier d’une longue série d’opus coproduits, Djaoui risque une partie de ses économies. « C’est le jeu, en général quand on travaille sur le montage financier d’un film, il manque toujours 15 à 20 % que l’on risque », explique celui qui s’est retrouvé à plusieurs reprises avec des pertes sèches de plusieurs millions d’euros. Une vie jalonnée de hauts et de bas, « beaucoup de bas », précise-t-il, mais de beaux succès aussi.

Au total, un quart de siècle de productions plurielles et variées comme Liberté, égalité, choucroute de Jean Yanne, « qui n’a pas marché » ou sa fructueuse période italienne qui lui permettra de devenir le spécialiste de la coproduction française des grands films italiens de Scola ou Fellini. Et en point final, en 2006, le long-métrage d’Elie Chouraqui, O Jérusalem, d’après le roman de Lapierre et Collins, qui ne rencontrera pas le public français et lui vaudra une querelle avec le réalisateur, aujourd’hui oubliée.

C’est donc l’histoire d’un homme « qui a été producteur pendant 25 ans, mais ne voulait pas l’être. Un homme qui s’est mis en danger, régulièrement, a rebondi ». Mais tout cela, explique Djaoui, « ce n’est autre que le chemin d’Israël ».

« Ce qu’il y a en Israël : “moi” » 

Car c’est bien en Terre promise qu’il a élu domicile depuis 5 ans. Dans une des pittoresques allées de Neve Tsedek, au sud de Tel-Aviv. A quelques encablures de sa fille, la chanteuse Shirel, et de ses deux petits-enfants. Israélien depuis février 2008, il décrit l’aliya comme « une libération de l’exil ». Exit les strass et les paillettes, André Djaoui a eu besoin de changer de vie. Ne plus produire la créativité des autres, mais laisser libre cours à celle qui, depuis toujours, est en lui. Quelle qu’elle soit, sous toutes ses formes. Aujourd’hui, cet artiste réconcilié avec lui-même, peint, filme, joue, écrit.

Avec Israël ou le monde juif pour source d’inspiration.

A son actif : expositions de ses tableaux, dont la prochaine prévue en décembre ; une pièce de théâtre Le Retour, qu’il a co-écrite avec Philippe Grimberg qui vient d’être interprétée à Bruxelles par Jean-Pierre Benaym et Gabriel Villa avant d’aller à la rencontre du public français, et qui devrait bientôt être portée à l’écran par le réalisateur John Voigt. Mais aussi un livrefilm, Israel My Home, coffret d’art qui parle de la terre et du peuple d’Israël, sur fond de photographies aériennes de l’Etat hébreu.

Aujourd’hui, André Djaoui est arrivé « à la maison, sur sa terre, dans sa tête et sur le plan professionnel ». Il lui a juste fallu le temps de prendre conscience qu’il n’était pas chez lui en France. « On se justifie de vivre en diaspora », explique-t-il, « mais comment peut-on se sentir chez soi dans un endroit où, gentiment ou pas, les gens vous font sentir que vous n’êtes pas égaux. » Il faut le temps se débarrasser de la klipa, de l’écorce, ajoute-t-il, « à l’instar d’Abraham qui s’est séparé de Lot, d’Isaac qui s’est séparé d’Ismaël et de Jacob qui s’est séparé d’Esaü pour pouvoir s’appeler Israël ».

Dans l’exil diasporique, on accumule tous des couches d’imposture, estime Djaoui.

Et l’aliya, « c’est être confronté à la réalité, s’accepter tel qu’on est. Je me suis donné des rendez-vous auxquels je ne suis pas allé et où j’ai envoyé un autre pendant 40 ans.

Puis quand je suis venu, je me suis retrouvé en face de quelqu’un qui n’était pas celui que je croyais. Mais c’était moi. Je me suis évité pendant 40 ans, je me suis raconté des histoires pendant 40 ans, j’ai fait le people et le show-biz pendant 40 ans. Et quand les gens me demandent aujourd’hui ce qu’il y a en Israël, je leur réponds tout simplement : “moi” ».

Le détour, c’est la route 

Djaoui mettra pourtant du temps pour accepter de rencontrer Israël. Sa première visite date de 1979, quand son ex-femme, Jane Manson, est alors invitée à Jérusalem dans le cadre du concours Eurovision de la chanson. Le couple en profite pour visiter la Vieille Ville ou Massada. « A l’époque, je ne ressens rien », confie André Djaoui qui reviendra 11 ans plus tard, à l’occasion des fêtes de Pessah, « pour faire plaisir à ses parents ».

Le déclic se produit alors, mais très discrètement. Il faudra encore 20 ans à l’ancien producteur pour effectuer ce cheminement qui relève aujourd’hui de l’évidence. « La certitude c’est très mauvais, le doute est beaucoup plus fondateur », déclare-t-il, « mais le fait d’être chez soi en Israël, pour un juif, c’est la seule certitude qu’on puisse avoir. Pour le reste, on n’est sûr de rien. » « L’aliya, c’est une maturation », poursuitil, « chacun a son rythme qu’il ne faut pas accélérer, un rythme naturel. Comme une pomme qui mûrit, chaque juif effectue son parcours, vers son identité. Pour certains, à titre individuel, la prise de conscience est instantanée, pour d’autres, comme moi, cela peut prendre des décennies, ou parfois encore, toute une vie. Mais à titre collectif, le mouvement est irrémédiable, c’est un accomplissement messianique qui peut s’étaler sur des siècles. Une chose est sûre, tout le monde est en chemin. Il n’y a pas de détour ; le détour, c’est la route. » Dandy ténébreux, André Djaoui met aujourd’hui sa créativité artistique au service d’Israël. L’homme fourmille d’idées.

Comme par exemple créer une encyclopédie des 100 juifs qui ont changé le monde, vus par 100 témoins contemporains qui seront interrogés pour en parler. Roberto Benini racontera Groucho Marx, ou Woody Allen s ’ e x p r i m e r a sur Freud. Mais également un film sur un des fils de la dynastie Rothschild, Edmond à l’origine de la branche française, qui a investi toute sa fortune pour acheter la moitié des terres d’Israël, qui seront ensuite cédées à l’Etat. Aujourd’hui, les vignes fleurissent et les héritiers du baron n’ont gardé que la Fondation pour faire vivre la mémoire de feu leur père. Et enfin un livre-film sur les 7 chrétiens sionistes qui constituent les « piliers d’Israël ». Car derrière chaque étape de l’Etat, « se cache un chrétien évangéliste, comme Lord Balfour », explique-t-il.

Comprendre l’inexplicable 

Les évangélistes constituent un public non négligeable dans la mission que s’est fixée Djaoui : dire au monde tout le bien qu’il pense de son nouveau pays. « Les évangélistes constituent aujourd’hui les seuls vrais amis d’Israël », estime-til, « sur le milliard et demi de chrétiens, 600 millions sont évangélistes et considèrent Israël comme le lieu de l’accomplissement de la prophétie messianique. Ils veulent donc aider l’Etat juif. Ce sont des chrétiens sionistes ».

Une approche que partagent les autorités israéliennes qui, ces dernières années, s’emploient à séduire les masses évangélistes. Un projet de télévision à leur attention avait même été évoqué.

Tourbillon créatif, Djaoui a plus d’un tour dans son sac. Egalement à son ordre du jour : ressortir – tout spécialement à l’attention des évangélistes – un double album enregistré il y a 30 ans avec Jane Manson, sur la Bible.

L’opus n’avait pas marché à l’époque, « c’était trop en avance sur son temps », estime celui qui bouillonne de projets. Mais il va donner lieu aujourd’hui à une comédie musicale, basée sur l’Ancien et le Nouveau Testament qui paraîtra en CD et DVD, sur les images de Israel My Home et sera réenregistré avec l’orchestre symphonique de Jérusalem, des artistes évangélistes connus et des chanteurs israéliens. Première représentation prévue à Pessah 2014.

Aujourd’hui, l’homme a trouvé sa voix et son équilibre. Il n’a plus d’attaches en France et savoure chaque jour un peu plus les bienfaits de l’aliya « libératrice, fondatrice, régénératrice ». « L’aliya, c’est une route vers sa vérité », lance-t-il, « c’est la différence avec l’imposture, l’artificiel. On saisit mieux pourquoi le monde ne comprend pas Israël, car on ne peut pas comprendre quelque chose qui relève d’une autre dimension. C’est cette inexplicabilité-là qui fait le matériau d’Israël. On ne peut pas demander de comprendre quelque chose d’inexplicable. »


Related Content

January 16, 2018
Médecins israéliens sans frontières

By MAAYAN HOFFMAN

Israel Weather
  • 9 - 18
    Beer Sheva
    11 - 18
    Tel Aviv - Yafo
  • 4 - 12
    Jerusalem
    10 - 16
    Haifa
  • 11 - 22
    Elat
    10 - 18
    Tiberias