Seconde chance ?

En 2012, la première campagne pour la 8e circonscription des Français de l’étranger n’avait pas mobilisé les électeurs israéliens. Valérie Hoffenberg décide de retenter sa chance.

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March 27, 2013 13:51
Valerie Hoffenberg

Valerie Hoffenberg 370. (photo credit: Courtesy valeriehoffenberg.com)

La campagne n’est pas encore ouverte.
Mais plusieurs candidats se sont d’ores et déjà déclarés. Parmi les premiers à se jeter dans la bataille : Jonathan- Simon Sellem. Ce jeune trentenaire de Tel- Aviv, fondateur du site d’infos JSS News, a frappé fort médiatiquement avec le choix de sa suppléante, Véronique Genest.

L’actrice chouchoute des Français, pour son personnage de femme flic télévisé Julie Lescaut, a fait une entrée fracassante en politique, dans le brouhaha des questions acerbes d’interviewers toujours prêts à dégainer sur les défenseurs d’Israël. Car l’engagement auprès de l’Etat juif de Madame Bokobza à la ville n’est un secret pour personne. Ce qui lui a valu quelques coups d’essais en matière de confrontation avec les médias. Directe et franche, elle ne cache pas son manque d’expérience pour la chose politique et se décrit, lucidement, comme le « porte-voix du message de Jonathan-Simon Sellem ». Message que nous nous proposerons de développer prochainement avec le principal intéressé, dans les colonnes du Jerusalem Post.

Face à ce tourbillon médiatique, Albert Fratty, célébrité des Français de Netanya où il réside depuis 1984, gère une campagne un brin en retrait. Sa cible ? Les retraités d’Israël, dont lui-même à 67 ans fait partie, et qu’il considère, à juste titre, comme le principal réservoir de votants. L’heure est à la préparation des fêtes de Pessah pour Monsieur Fratty. Ce Likoudnik dans l’âme « depuis toujours » a fait le choix du local en la personne de son suppléant, Claude Levy, « qui connaît très bien le nord du pays que, moi, je connais mal ». Son modèle en politique ? « Yaïr Lapid », rien de moins, pour son utilisation massive des nouvelles technologies lors des récentes élections israéliennes. Lui-même « ouvrira donc une page Facebook après les fêtes ». « Oui, la campagne est bien lancée », affirme Fratty qui estime être le seul à vraiment connaître les Français d’Israël.

Autre indépendant, autre style, David Shapira, historien et juriste qui, pour l’heure, entreprend un véritable travail de terrain.

Rencontres avec les responsables associatifs, les leaders d’opinion, les représentants des jeunes et des anciens, Shapira veut prendre le temps de poser ses assises. Les soutiens s’accumulent et les outils de communication se mettent habilement en place, affirme son directeur de campagne, Bernard Zanzouri, qui gère la course de son candidat comme celle de la tortue et non du lièvre. Mais est-il possible de se faire re-connaître en quelques semaines à peine ? Zanzouri est confiant : « Absolument, Israël est un petit pays et l’information circule vite. Au vu des réactions et des appels que nous engrangeons, la candidature de David est considérée comme une valeur sûre ». Côté suppléant, Shapira a voulu s’associer à l’expérience de Claude Frankforter, ancien président du Bnai Brith et membre du conseil d’administration du centre qui porte son nom – pour avoir été créé par ses parents – seule structure d’accueil pour les personnes âgées francophones de Jérusalem.

Pour l’heure, d’autres noms circulent. Il est question par exemple de Meyer Habib, viceprésident du Crif ou d’Alexandre Bezardin, ancien suppléant de Valérie Hoffenberg, basé en Italie, qui a lui aussi fait part de son désir de se lancer dans la bataille.

Mais la campagne n’est pas officiellement ouverte, les prétendants à la représentation des Français de la 8e circonscription de l’étranger n’ont donc pas encore pu déposer leur candidature. Flou également autour de la date des élections que le ministère de l’Intérieur n’a toujours pas fixée. Il est question du 12 ou du 26 mai, mais rien n’est joué.

Alors que le Parti socialiste n’a toujours pas désigné de candidat, dans les rangs de l’UMP c’est finalement Valérie Hoffenberg qui a reçu l’investiture de son parti, au terme d’une course très serrée contre l’avocat William Goldnadel (11 voix contre 9). Seule apte à se représenter parmi les 4 candidats dits d’Israël de la précédente campagne – Daphna Poznanski, Gil Taïeb et Philippe Karsenty ont été déclarés inéligibles – Valérie Hoffenberg se laisse encore quelques jours pour choisir son suppléant. Celle qui considère l’Iran comme la principale menace pour Israël et la visite d’Obama comme un événement très important, se refuse à toute précipitation.

Entretien.

Avez-vous hésité à soumettre à nouveau votre candidature au vote des Français de la 8e circonscription ? 
Oui, pour plusieurs raisons. La première, c’est que j’ai commencé une activité professionnelle de consulting, dans laquelle je continue à mettre au coeur de mon engagement Israël, la récente venue de la délégation Lagardère en est la preuve.
J’ai hésité aussi pour des raisons personnelles.
Une élection n’est pas un jeu, j’ai beaucoup de respect pour la démocratie et je voulais prendre le temps de réfléchir pour être sûre d’être toujours la mieux placée pour répondre aux besoins des Français de la 8e circonscription.

La campagne précédente a été assez houleuse, comment l’avez-vous vécu ? 
Cette campagne a été une première expérience, j’ai rencontré énormément de gens, j’en suis sortie plus forte que quand j’y suis entrée, avec une meilleure connaissance du terrain. C’était aussi une formidable aventure humaine. Et je considère que chaque échec est une marche vers le succès.

Justement, comment réagit-on après la défaite du 2nd tour ? 
Quand on entre en politique il faut obligatoirement accepter l’idée de l’échec.
Bien sûr, c’était un moment difficile, c’était une campagne difficile. A partir du moment où le président français est devenu socialiste, il y a eu cette vague rose. Cela fait 6 ans que j’ai une expérience politique réelle qui m’a permis de savoir qu’il y a très peu d’élus qui n’ont jamais connu de défaites électorales.
Que ce soit Nicolas Sarkozy, Jean-François Coppé, François Fillon, tous ont connu des échecs électoraux pour ensuite avoir des victoires. C’est la règle en politique, et c’est le risque à prendre.

Vous êtes à l’origine de la décision du Conseil constitutionnel qui a conduit à l’invalidité de Daphna Poznanski. Pourquoi une telle démarche ? 
Il y a deux choses, j’ai déposé un recours, car j’ai considéré que des irrégularités avaient entaché l’élection. En revanche, la demande d’inéligibilité ne vient pas de moi, mais de la Cour des comptes, qui en vérifiant les comptes de campagne, a relevé des manquements à la règle. L’annulation vient donc de la demande d’inéligibilité de la Cour des comptes.

Mais cette demande aurait-elle pu avoir lieu sans votre recours ? 
Bien sûr, elle n’a rien à voir avec mon recours.

Les faits reprochés étaient assez mineurs… 
Non, je ne suis pas d’accord. Nous sommes dans une période où les Français doutent de leurs politiques. Si le Conseil constitutionnel a été aussi ferme, c’est parce qu’il a considéré qu’on ne peut pas solliciter les suffrages des électeurs pour être en capacité d’élaborer et de voter des lois, quand on n’est pas capable de les respecter. C’est loin d’être mineur et nous avions tous à notre disposition le manuel de la campagne. Si des candidats décident délibérément de ne pas suivre les codes électoraux, comment ensuite considérer qu’ils seront à-même de voter des lois.

Sur les 4 principaux candidats, 3 ont été invalidés, c’est un avantage pour vous dans cette nouvelle campagne ? 
Personne ne peut se satisfaire de ce résultat, car cela jette un voile sur la campagne de la 8e circonscription. Mais cela montre qu’il faut avoir un certain professionnalisme pour se lancer dans une campagne comme celleci.
Aujourd’hui, je suis la seule candidate qui ait une véritable expérience de terrain, qui ait fait une vingtaine de déplacements, qui s’est rendue dans tous les pays de la 8e circonscription, ce qui m’a permis de renforcer mes connaissances quant aux problématiques des Français établis hors de France. Personne ne peut se prévaloir d’avoir une connaissance comme la mienne.

Que pensez-vous des candidats actuels ? 
La campagne n’est toujours pas ouverte.
Pour l’instant, il y a des velléités, mais pas de candidature déposée. Donc j’appelle au rassemblement de toutes les candidatures derrière moi. Je crois que les Français attendent quelqu’un avec de l’expérience, il faut savoir mettre l’intérêt collectif avant l’intérêt personnel.

Comment prenez-vous le fait que votre ancien suppléant, Alexandre Bezardin, se présente de son côté ? 
Alexandre Bezardin se dit que les Français d’Italie ont plus voté, et qu’il n’y a donc pas de raison que ce soit un Français résident en Israël qui soit élu. Je comprends son raisonnement. Mais il y a des leçons à tirer des précédentes élections des Français de l’étranger : sur les 11 circonscriptions des Français de l’étranger, étant donné le faible taux de participation, seuls les candidats UMP et PS se sont retrouvés au 2e tour.
Je suis confiante qu’à un certain moment, Alexandre Bezardin saura mettre l’intérêt de son parti et de ses valeurs avant son intérêt personnel.

Vous avez reçu l’investiture de UMP, mais au terme d’un vote serré avec William Goldnadel… 
A partir du moment où j’avais laissé planer le doute quant à ma candidature, il était normal que d’autres candidats se présentent. Ce qui s’est passé avec la commission d’investiture n’a fait que renforcer ma position, car le fait est que je ne suis pas la candidate par défaut, mais la candidate par choix, et j’avais en face de moi des candidats de qualité. En me choisissant, la commission d’investiture a donc renforcé ma légitimité.

Est-ce que vos thèmes de campagne ont évolué par rapport à la campagne précédente ? 
Oui, il faut faire un vote sanction. Le gouvernement est en train d’établir une politique économique catastrophique pour la France et cela a un impact pour tous les Français hors de France. Quand un gouvernement n’a pas tenu ses promesses et décide de ponctionner les retraites, cela affecte tous les Français. Le gouvernement socialiste a menti, aujourd’hui il est en train d’appauvrir les Français de l’étranger par une fiscalité accrue. Il faut envoyer un message clair au gouvernement. Les Français de la 8e circonscription ont aujourd’hui la possibilité de faire part de leur colère et de dire qu’ils ne veulent plus de ce gouvernement. Aujourd’hui 70 % des Français ne veulent plus de François Hollande.

Vous proposez un vote sanction contre le PS, mais l’UMP a pu décevoir les Français d’Israël en votant pour l’adhésion de l’Autorité palestinienne à l’Unesco… 
Appartenir à un parti, cela ne signifie pas que l’on soit d’accord avec tout. Je l’ai d’ailleurs personnellement démontré, à la différence de Daphna Poznanski : lorsqu’il y a eu la reconnaissance de l’Etat palestinien à l’Unesco, je m’y suis opposée. Preuve en est qu’Alain Juppé n’était pas favorable à ma candidature lors de l’investiture pour la 8e circonscription.

Cela n’est pas difficile de travailler dans ces conditions ? 
Même si les choses ne seront pas simples, c’est encore au sein de l’UMP qu’il y a le plus d’amis d’Israël. On n’a pas le droit de se priver d’envoyer un ami d’Israël à l’Assemblée nationale. J’ai envie de dire aux Français d’Israël : voter UMP, c’est voter pour Israël.

Quels sont vos arguments pour convaincre ? 
Tout d’abord, il y a une remontée de l’antisémitisme, et pour les Français d’Israël qui ont encore de la famille en France, il est bon qu’ils aient un député qui sera un véritable interlocuteur et fera preuve de vigilance sur ce sujet-là.
Mais surtout je demande aux Français qui vivent en Israël de me juger sur ce que j’ai fait. Et j’ai fait tout ce que j’avais dit. Pendant plus de 6 mois je n’étais pas députée, pourtant, lorsqu’il y a eu la guerre avec Gaza, Claude Goasguen et moi sommes les deux seuls à être montés au créneau pour rappeler que des civils étaient touchés et la nécessite d’Israël à se défendre. Alors que Daphna Poznanski a été totalement inaudible sur ce sujet.
Et lorsque Shimon Peres a demandé l’inscription du Hezbollah sur la liste des organisations terroriste, les deux seuls à être intervenus et à avoir fait des communiqués de presse, c’est encore Claude Goasguen et moi.
J’ai renforcé des partenariats universitaires entre l’université de Netanya et des universités françaises et africaines. Je l’avais dit et je l’ai fait.
Sur la question de la lutte pour défendre l’image d’Israël, le plus grand succès a incontestablement été la délégation Lagardère, premier groupe de médias francophone, qui a pu comprendre à quel point Israël est le pays de l’innovation.
Cela a permis à ces leaders d’opinion d’avoir une autre vision de la structure géostratégique israélienne. Ils ont d’ailleurs reconnu devant la Chambre de commerce avoir pris une grande claque au niveau technologique.
J’ai donc fait tout ce que j’ai dit, et cela peut laisser penser aux électeurs que je ferai tout ce que je dis.

Quels seront vos premiers chevaux de bataille ? 
J’ai bien compris la difficulté du statut de Jérusalem. Mon premier engagement en tant que député français sera de tenir ma permanence à Jérusalem. C’est un message fort que je veux envoyer à la France. Mon second engagement sera de lutter coûte que coûte pour que, lors des prochaines élections, Jérusalem soit rentrée à nouveau en Israël. Je ne veux pas faire de fausses promesses et dire que je vais changer le statut de Jérusalem, mais je me battrai pour que tous les Français de Jérusalem ou de Judée-Samarie puissent obtenir sur leur certificat de naissance qu’ils sont nés en Israël. C’est un point fondamental, et c’est pour cela que j’ai commencé cette fois-ci ma campagne par Ofra. Les Français d’Ofra sont des Français comme les autres, et je les défendrai comme les autres.

Comment expliquez-vous la faible mobilisation lors de la campagne précédente ? 
La multiplicité des candidatures a fait passer l’intérêt des candidats avant l’intérêt des électeurs, c’est pourquoi j’espère qu’il y aura beaucoup moins de candidats cette fois-ci et que ceux qui ont mes valeurs et ont à coeur la représentation des Français d’Israël se rendront compte qu’il est préférable de travailler en commun autour d’une seule candidature. C’est comme cela que l’on mobilisera les électeurs.
Et si Daphna Poznanski a gagné, c’est aussi parce qu’elle était la seule candidate de gauche alors qu’il y avait plus candidats de droite. Je m’adresse à tous les candidats et s’ils adhèrent à mon programme, à mes valeurs, je leur demande d’être cohérents avec eux-mêmes et de me suivre. Notre histoire nous a montré que c’est quand nous sommes unis que nous sommes forts et respectés.

Ce n’est pas une caractéristique très française… 
Justement, je me suis entretenue avec nombre de députés israéliens et à chaque fois que je leur demande pourquoi les intérêts des Français sont moins bien défendus que ceux des Russes, ils me répondent : c’est très simple, les Russes se choisissent un champion qui représente l’ensemble des communautés russes. Alors que les Français sont incapables de se choisir un seul représentant.
Aujourd’hui, nous avons les possibilités de tirer les leçons de nos erreurs, d’avoir une seconde chance, c’est très rare. Alors je dis, rassemblons-nous.
En cette veille de Pessah, je souhaite à tous les lecteurs du Jerusalem Post, ainsi qu’à tous les Français d’Israël, d’excellentes fêtes.


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