Gagner la bataille contre le boycott

Antisionisme ambiant aidant, le mouvement BDS a le vent en poupe. Quelle doit être la réponse israélienne ?

By JONATHAN RYNHOLD
January 28, 2014 16:34
Manifestation antisioniste

P12 JFR 370. (photo credit: REUTERS)

L’antisionisme progresse. Le tout récent boycott d’Israël par l’American Studies Association (ASA, une association d’étudiants américains) est le dernier volet en date d’une campagne générale de boycott menée sous la houlette du mouvement Boycott Désinvestissement Sanctions (BDS) contre l’Etat d’Israël. Pour comprendre ce phénomène de BDS, il convient de répondre à trois questions clés : Qui et qu’est-ce qui se cache derrière ces actions ? Quelle est l’ampleur de la menace ? Et comment Israël doit-il y répondre ?

La menace que représente ce mouvement BDS est bien réelle. Le noyau dur des membres à l’origine de cette campagne émane de la gauche radicale et antisioniste opposée à l’existence même d’Israël en tant qu’Etat juif et démocratique. La bonne nouvelle, c’est que l’écrasante majorité de la population occidentale s’oppose à ces manœuvres. La mauvaise nouvelle, c’est que les membres du noyau dur de BDS concentrent leurs actions principalement sur la question des « colonies » et l’utilisation « disproportionnée » de la force par Israël afin d’élargir le champ et le nombre de leurs supporters. En effet, leurs campagnes fortement médiatisées contre les implantations ont connu un certain succès : depuis, les puissances occidentales estiment majoritairement que les implantations sont illégales ou tout au moins contre-productives.
Il ne faut pas toutefois, exagérer l’importance du boycott de l’ASA. A l’exception de l’Eglise protestante d’Amérique, favorable au boycott, l’opinion publique américaine, composée de libéraux américains pour la plupart, soutient majoritairement Israël plutôt que les Palestiniens. Mais le vrai champ de bataille du mouvement BDS, son terrain de prédilection, se trouve en Europe occidentale.

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Il faut bien comprendre que le but principal du mouvement est de créer un environnement politique hostile à Israël sur la scène internationale et que des retombées économiques négatives ne sont qu’on objectif accessoire. La lutte se situe donc sur le plan politique et symbolique. BDS ne mettra pas Israël à genoux, mais il a le potentiel de lui causer des dommages économiques voire militaires substantiels, qui avec le temps, finiraient par nuire à son image internationale.

Si les pourparlers de paix en cours échouent, les Palestiniens se tourneront vers l’ONU et d’autres organismes internationaux, pour obtenir des sanctions contre Israël. En outre, ils feront tout leur possible pour faire comparaître des officiers de Tsahal devant la Cour pénale internationale, une menace qui pourrait avoir des conséquences négatives pour la dissuasion israélienne. Les initiatives de boycott, issus de ce mouvement, alimentent cette stratégie, et permettent aux Palestiniens de prétendre qu’ils bénéficient d’un large soutien des opinions publiques occidentales, favorables aux sanctions.


Un seul mot d’ordre : démocratie

Face à cette menace, quelle doit donc être la réaction de l’Etat hébreu ? Tout d’abord, il est difficile de faire cavalier seul. Les autorités israéliennes doivent agir en synergie avec les gouvernements étrangers et les organisations internationales comme l’ONU. Ces derniers peuvent beaucoup délégitimer le mouvement BDS et le gouvernement israélien est le mieux placé pour le leur demander.

En termes de symbolisme politique en revanche, il est crucial que le gouvernement ait à l’esprit deux choses. Tout d’abord, et ce surtout en cas de nouvel échec des pourparlers en cours, il est capital qu’Israël soit considéré comme favorable à une solution à deux Etats et parvienne à convaincre la communauté internationale qu’il est prêt à faire des concessions territoriales douloureuses en échange de la paix et de sa sécurité. Il est non moins important de ne pas laisser le BDS peser sur la façon dont seront traitées les questions qui portent sur les réfugiés et la sécurité. Toute faille de crédibilité israélienne sur cette question permettrait au mouvement d’élargir le champ de ses soutiens à la périphérie de la gauche, au courant libéral dominant, voire plus largement encore.

Ensuite, il faut constamment rappeler et mettre en avant qu’Israël est une démocratie, soit un Etat où sont respectées la liberté d’expression et la liberté de se constituer en association. Il s’agit d’un argument capital pour les amis du pays en Occident qu’il faut utiliser à bon escient contre le BDS. Mais dont il faut déduire aussi que tenter de lutter contre le phénomène en faisant adopter des lois coercitives est contre-productif dans la mesure où elles sont perçues comme justement une entorse à ces libertés démocratiques. Dernière initiative en ce sens : un projet de loi approuvé par le gouvernement en vue de limiter le financement des ONG qui soutiennent BDS, projet contesté par le Procureur général au motif que cela infirmerait la liberté d’expression.

Ces ONG antisionistes doivent être combattues, mais dans un cadre démocratique. Freiner leurs actions en leur imposant des sanctions financières n’est rien d’autre que céder au populisme, lequel par un effet boomerang, menacerait de ternir l’atout majeur que possède Israël dans la guerre médiatique qu’il doit mener sur la scène du symbolisme politique. Le remède supposé pourrait s’avérer plus nocif que le mal lui-même.


La balle est entre les mains des Israéliens


En réalité, la lutte quotidienne contre les émules de BDS et leurs apôtres ne doit pas émaner du gouvernement, qui n’a pas vocation de contrôler une organisation étrangère. Le combat doit être mené par la société israélienne elle-même en synergie avec ses amis occidentaux. Le gouvernement peut œuvrer pour faciliter la coopération entre les défenseurs d’Israël de tous horizons, mais pas la diriger. Pour l’Etat juif, mener un combat de front avec diverses organisations pro-boycott à l’étranger se heurtera tout simplement à la question de leur statut. Toute ingérence gouvernementale sera considérée comme malvenue, même par les membres d’organisations hostiles à BDS. Les universitaires israéliens, les syndicalistes et les représentants des instances religieuses devraient plutôt mobiliser leurs homologues à l’étranger. Mais pour être écoutés et avoir les mains libres pour agir, il leur faut disposer de la légitimité requise, et pour ce faire, il est essentiel de disposer des soutiens appropriés et d’un contexte favorable.

De plus, il est essentiel de reconnaître que les activistes locaux qui s’opposent au mouvement BDS sont les mieux placés pour prendre les initiatives, car ils sont sur le terrain et connaissent le contexte et l’environnement dans lequel elles se produisent, et de fait, sont plus aptes à statuer sur le type d’action qu’il faut mener à bien. Ils bénéficient aussi de l’avantage de ne pas être associés à la politique du gouvernement israélien. Cette indépendance leur permet d’être des acteurs efficaces dans la promotion de la légitimité de l’Etat d’Israël et la défense de son droit à l’existence, tout en se démarquant de la politique de tel ou tel gouvernement israélien ce qui est essentiel pour contrer la propagande de BDS et contrer ce mouvement. D’ailleurs, depuis que le combat contre la déligitimation de l’Etat a pris ses distances avec la politique israélienne, le phénomène BDS, en hausse constante entre les années 2005-2009, a été freiné. Seule une action civile, de plus en plus ciblée et sophistiquée, pourrait avoir raison du mouvement de boycott. La balle est dans le camp des Israéliens. 

Le Dr Jonathan Rynhold, est maître de recherche associé au Centre Begin-Sadate d’études stratégiques (BESA) et maître de conférences en études politiques à l’université Bar-Ilan. Il est aussi directeur du Centre Argov pour l’étude d’Israël et du peuple juif qui est affilié à Bar-Ilan.

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