Soigner l’homosexualité ?

Quand d’aucuns crient à l’impolitiquement correct, d’autres continuent de chercher le salut auprès des thérapies de conversion… Orthodoxes et homosexuels, ils témoignent.

By ANDREW FRIEDMAN
December 31, 2013 17:45
Dessin d'un Juif religieux qui tente d'effacer les plis de sa vie

P13 JFR 370. (photo credit: Avi Katz)

Dès l’âge 13 ans, Avi Cohen* sait qu’il est gay. Il a toujours préféré jouer avec les filles. Avec la puberté, il devient évident qu’il est attiré par les garçons. A 15 ans, il a une « vie sexuelle très active » avec d’autres ados de son âge.


Pour Cohen, cependant, la question de l’homosexualité est loin d’être simple. Etudiant dans une yeshiva orthodoxe à São Paulo, au Brésil, il sait que la Torah condamne l’homosexualité. L’aîné de trois enfants dans une famille pratiquante, il est conscient de ce que l’on attend de lui : suivre le chemin tout tracé de la tradition ancestrale. Rester vierge jusqu’au mariage, de préférence à l’orée de la vingtaine, avec une jeune fille orthodoxe, et fonder un foyer avec des enfants.


En regardant en arrière sur toutes ces années, Cohen, aujourd’hui âgé de 32 ans, reconnaît que son attirance sexuelle envers d’autres hommes lui posait un sérieux problème intellectuellement. Il sait alors qu’il doit résoudre ce conflit entre ses convictions religieuses et son moi intérieur, entre les mœurs de la société dans laquelle il a grandi et son penchant personnel.


« J’ai toujours su que je voulais épouser une femme », avoue Cohen. « Mais comment faire ? Je n’étais en rien attiré par les femmes, ni physiquement ni émotionnellement. J’aurais pu rester célibataire, mais ce n’est pas non plus ce que Dieu veut de nous. Je me sentais complètement coincé. »


Vers la fin de ses études secondaires, alors qu’il s’engage pour une année de congé pré-universitaire dans une yeshiva à Jérusalem, Cohen prend la décision de cesser toute activité sexuelle. Il souhaite se concentrer sur les réponses religieuses traditionnelles à ses problèmes personnels : la prière, l’étude de la Torah et l’introspection.


« J’étais soi-disant trop “froum” (trop religieux) pour m’intéresser aux femmes », se souvient-il. « Je passais le plus clair de mon temps plongé dans les livres, dans la salle d’étude de la yeshiva. Je consacrais des heures entières à la prière. Et je ne parlais pas aux filles, parce qu’apparemment j’étais trop pieux pour ça. Mais ce n’était qu’une apparence. Je restais loin des filles parce que je n’avais aucune attirance pour elles, et je ne pouvais pas supporter l’idée d’être poussé à me marier. »



« Je suis vraiment reconnaissant »


Mais ce célibat qu’il s’est imposé n’aide pas Avi à réprimer son désir pour les hommes, ni à stimuler son manque d’intérêt sexuel envers les femmes.


Frustré et inquiet de son avenir, il va chercher en ligne à entrer en contact avec d’autres juifs orthodoxes homosexuels. Au lieu de cela, il tombe sur JONAH « Juifs offrant de nouvelles alternatives à la guérison », un groupe orthodoxe qui affirme que « tout le monde a la capacité de changer ». L’association offre un soutien à « ceux qui luttent contre une attirance indésirable pour les personnes du même sexe afin de se sortir de l’homosexualité ».


JONAH l’adresse à un thérapeute privé, qui va guider Cohen à travers un voyage émotionnel dans ses souvenirs d’enfance, sa relation avec ses parents, et surtout l’aide à déchiffrer les messages qu’il a intériorisés sur sa propre masculinité.


Au cours de ses quatre années de traitement, Cohen apprend à identifier les éléments qui provoquent son penchant homosexuel, à créer des relations saines et non sexuelles avec d’autres hommes et obtenir différemment la satisfaction de ses besoins. « En fait, j’ai appris à satisfaire mes propres besoins d’une manière non sexuelle », explique-t-il.


Au bout de deux ans de thérapie, Cohen commence à faire attention aux femmes. Mais de manière complètement différente de ce qu’il ressent envers les hommes. Il décrit son attirance pour les hommes comme « de la luxure pure et simple, comme s’il s’agissait d’un morceau de viande », tandis que son désir pour les femmes découle d’un changement dans son attitude à leur égard.


Installé dans son appartement à Jérusalem avec sa femme et sa petite fille d’un an, il explique avoir suivi un processus thérapeutique qui implique un « changement de paradigme » et la création de relations équilibrées avec les hommes et les femmes.


« Une fois que j’ai changé mon attitude envers les hommes… j’ai appris que j’avais sexualisé mes sentiments d’insécurité et de non-acceptation parmi les autres garçons quand j’étais enfant », explique-t-il.



L’homosexualité n’est plus une maladie mentale depuis 1973


« J’avais aussi quelques problèmes avec mes parents sur lesquels j’ai dû travailler. Mais une fois que j’ai réalisé que j’étais tout aussi masculin que les autres gars, mon désir sexuel à leur égard a diminué. Cela m’a aussi aidé à créer des relations normales avec les femmes et m’a donné la liberté intérieure de pouvoir communiquer avec elles. Quand j’ai rencontré Shira, ma femme, nous sommes vite devenus très amis. Et cette relation profonde a fait que j’ai pu éprouver sexuellement de l’attirance pour elle. Nous sommes mariés depuis quatre ans et nous attendons notre troisième enfant. Je suis vraiment reconnaissant. » Il n’y a pas de domaine plus controversé dans le monde de la santé mentale que celui de l’effort de changement d’orientation sexuelle, ou thérapies réparatrices ou de conversion hétérosexuelle. Les partisans de ces thérapies affirment que dans de nombreux cas, voire même dans tous les cas, l’attirance homosexuelle est le résultat d’un traumatisme émotionnel subi dans l’enfance (parents absents ou à l’écart, intimidation, etc.). Ils avancent que la psychothérapie intensive peut aider les individus à réduire leur penchant pour les membres du même sexe, et finalement mener une vie « normale » d’hétérosexuels.


La grande majorité des professionnels de la santé mentale, en revanche, et presque tous les groupes de défense homosexuels, rejettent d’emblée l’idée de la conversion hétérosexuelle. Ils soulignent le fait que l’homosexualité a été retirée du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM), publié par l’American Psychiatric Association, en 1973. Cela a marqué une révolution dans l’approche psychologique offerte aux homosexuels à la recherche d’une thérapie. Avant cette date, ceux-ci étaient traités comme si leur état était un trouble déviant sexuel, qu’ils aient choisi eux-mêmes d’y trouver un remède ou qu’ils aient été contraints sous la pression de suivre une thérapie pour tenter de changer leur orientation.


Tout cela a changé une fois que le DSM a rayé l’homosexualité de ses tablettes.


Du jour au lendemain, les professionnels de la santé mentale ont commencé à conseiller aux gays d’assumer pleinement leur homosexualité, qui n’est ni une tare, ni un obstacle à une vie morale ou pleine de sens.


Comme le déclare un thérapeute de Jérusalem, « Il n’existe pas un seul cas d’inversion réussie d’orientation sexuelle. On ne peut ni diagnostiquer ni traiter l’homosexualité, car ce n’est pas une maladie mentale. Un point, c’est tout ! »


La plupart des partisans des thérapies de conversion hétérosexuelle admettent que l’homosexualité n’est pas une maladie et refusent de porter un jugement sur ceux qui ont choisi d’assumer leur identité gay. Mais ils affirment avec force que le rejet massif des thérapies réparatrices parmi les professionnels de la santé mentale est la preuve que ce domaine est régi aujourd’hui par le « politiquement correct » plutôt que par un engagement scientifique. Il est clair, selon eux, que certaines personnes ont réussi à réduire ou éliminer leur penchant pour le même sexe et continué à mener une vie épanouie d’hétérosexuels.



Des études réduites au silence


Les groupes de défense des droits gays et lesbiens et leurs partisans politiques ne sont cependant pas prêts à se pencher sur la question.


« Pour ma thèse de doctorat, j’ai étudié les caractéristiques psychologiques et religieuses d’homosexuels masculins mécontents de leur sort, qui suivent des thérapies de réorientation sexuelle », explique le Dr Y. Elan Karten, un psychologue clinicien ultra­orthodoxe de Jérusalem qui a beaucoup écrit sur le sujet.


« Mon étude a porté sur 117 hommes adultes qui ont suivi une forme de thérapie de conversion au moins six mois avant de participer à ce projet. L’âge moyen des participants était de 39 ans. Ils ont été recrutés par des psychothérapeutes privés (41 %), des organisations laïques (38,5 %) et religieuses (20,5 %). Dans l’ensemble, les résultats montrent une réduction significative des sentiments et comportements homosexuels et une augmentation des sentiments et comportements hétérosexuels.


« Mais je n’ai pas réussi à faire publier ma recherche. L’American Psychological Association (APA) n’a pas voulu y toucher. De même, aucun journal respectable, parce que cela aurait conduit à la censure et même à la mise en quarantaine par ses pairs dans la communauté psychologique. L’APA dénigre la thérapie réparatrice aux cris de « il n’existe aucune preuve scientifique de l’efficacité du traitement », mais je leur retourne l’accusation. Cherchent-ils seulement à savoir ? Seraient-ils prêts à publier des données précises en contradiction avec leur théorie ? En fin de compte le Journal of Men’s Studies a publié mon article en 2010, mais tout de même, il est difficile de faire confiance à la recherche traditionnelle », conclut Karten.


Selon d’autres, la volonté de marginaliser la recherche et les témoignages probants touchant aux thérapies réparatrices fait partie intégrante des programmes universitaires des futurs psychologues, travailleurs sociaux, thérapeutes familiaux, etc.


Aviva Pinchasi* raconte comment, au cours de ses études d’assistante sociale à la Yeshiva University, dans les années 2000, elle a tenté de faire part de son expérience personnelle de pensionnaire dans un séminaire ultraorthodoxe, Beis Yaakov, à Gateshead, en Angleterre. « J’ai vu de nombreux cas où se posaient des questions de relations de dépendance, pas de problèmes sexuels », note Pinchasi. « Une fois résolues ces questions, la plupart des femmes ont fondé un foyer sain et connu une vie hétérosexuelle satisfaisante. Mais quand j’ai essayé d’aborder le sujet, on m’a cloué le bec, ce qui est en totale contradiction avec les règles du débat académique et la norme en vigueur dans le milieu du travail social. C’est la seule fois où j’ai vu quelqu’un forcé au silence », s’étonne-t-elle.



Succès chez « certains individus très motivés »


Même lorsque l’on tombe sur des informations à ce sujet, cela reste une question si épineuse sur le plan politique qu’il est difficile de s’y retrouver. Par exemple dans le cas de la fameuse étude du Dr Robert L. Spitzer, « Homosexuels et lesbiennes peuvent-ils changer leur orientation sexuelle ? », présentée à la réunion annuelle de l’APA en 2001, et publiée en octobre 2003 dans les Archives of Sexual Behavior, un journal professionnel réputé pour son sérieux.


Professeur de psychiatrie et de psychologie à Columbia University, Spitzer est un des acteurs essentiels de la radiation de l’homosexualité comme maladie mentale en 1973. Son étude porte sur 200 personnes des deux sexes (143 hommes et 57 femmes). Toutes font part d’une réduction significative de leur attirance pour des personnes du même sexe et d’une augmentation de leur désir hétérosexuel, suite à la psychothérapie.


Selon l’article de Wikipedia sur l’étude de Spitzer, 66 % des hommes et 44 % des femmes ont atteint un « bon fonctionnement hétérosexuel… Contrairement aux idées reçues, certaines personnes très motivées, qui ont recours à différentes techniques de conversion, peuvent altérer de façon substantielle les multiples indicateurs de l’orientation sexuelle… Certaines personnes peuvent changer et changent effectivement », écrit Spitzer.


Mais il se rétracte en 2012 et va jusqu’à présenter des excuses aux homosexuels pour avoir défendu, sans preuves, l’efficacité de la thérapie réparatrice « chez certains individus très motivés ».


Cela n’empêche pas les défenseurs de ces thérapies de continuer à citer l’étude de Spitzer, en disant qu’il a été soumis à une intense pression politique dès la publication de l’étude de départ. Ils avancent également qu’il n’existe aucune base scientifique pour justifier l’annulation de l’étude.


« Rien n’a changé au sujet de cette étude », indique Shlomo Zalman Jessel, un thérapeute approuvé par JONAH. « Au mieux, on peut dire qu’il se sent mal à l’aise avec la façon dont ses recherches ont été utilisées. Il s’inquiète de ce que certains ont été contraints à la thérapie, et que cela a pu leur causer un tort éventuel. Mais il s’agit là de scrupule moral ou philosophique. Cela ne contredit en rien ses conclusions. »



« Une guerre contre les homosexuels »


Les opposants aux thérapies de conversion, de leur côté, considèrent l’homosexualité comme un élément essentiel de la personnalité. Ils affirment que le traitement est, au mieux, inefficace et, au pire, extrêmement dangereux. Ils apportent comme preuve les scandales à répétition parmi les « ex-gays », qui ont craqué après des années de vie hétérosexuelle, pour ressortir du fameux placard et revendiquer leur homosexualité.


Ils citent Exodus International, un groupe chrétien évangélique qui a prôné la thérapie réparatrice pendant plus de 30 ans, avant de fermer ses portes en juin dernier, après que son fondateur ait été photographié dans un bar gay.


« Chercher à transformer les homos en hétéros, c’est une histoire vieille comme le monde. Mais finalement, tout se casse la figure », déclare Wayne Besen, le directeur de Truth Wins Out (la vérité l’emporte), une organisation de lutte contre l’homophobie.


Besen rejette les thérapies réparatrices qui, selon lui, ne sont rien de plus qu’une tentative homophobe pour susciter la haine de soi chez les homosexuels.


« Cela n’a rien à voir avec la thérapie », insiste-t-il. « Ce n’est rien de plus qu’une guerre contre les homosexuels, une tentative de nous détruire, de nous faire haïr ce que nous sommes, de nous persuader que nous ne sommes que des pécheurs. Ils attaquent, diabolisent et déshumanisent lesbiennes, gays et bisexuels. Ils les blessent, sans réparer quoi que ce soit. Ce n’est même pas de la science bidon. C’est l’adaptation de la terminologie médicale au service de la haine. »


Besen n’est pas seul dans sa démarche, et son message gagne du terrain aux des Etats-Unis. En 2013, les gouverneurs de Californie et du New Jersey ont signé des projets de loi visant à interdire les thérapies de conversion sur les mineurs. D’autres états suivent dans le même sens. Plusieurs personnes qui ont suivi des séances de thérapie réparatrice ont en outre déposé plainte, l’an dernier, dans le New Jersey, contre l’organisation JONAH. Ils accusent cette dernière de fraude à la consommation quand elle prétend pouvoir inverser les tendances homosexuelles.



Le chemin de la Torah


Arthur Goldberg, codirecteur de JONAH, s’abstient de commenter ces allégations. Mais il confirme que son organisation ne « certifie » pas les thérapeutes, qui, pour la plupart, ont reçu une certaine formation professionnelle et vécu personnellement avec succès une transformation de leur libido d’homo à hétérosexuelle.


En fin de compte, l’efficacité des thérapies réparatrices semble largement mise en doute. Assis dans un café de Jérusalem, Daniel Mizrahi*, 35 ans, reconnaît qu’il continue à lutter avec ses pulsions homos, malgré près de 15 ans de traitement en tous genres. Sur les six hommes interviewés pour ce reportage, tous sauf un ont rapporté être en butte à un combat similaire, quoique à un degré moindre.


Les thérapeutes comme Shlomo Zalman Jessel préviennent que l’on ne peut raisonnablement pas s’attendre à 100 % de résultats positifs. Il compare cela à la dépression, dont le traitement n’est pas considéré comme un échec si le patient a une rechute, ou s’il continue à lutter contre la dépression. La clé, dans ce cas, est d’aider celui-ci à développer des techniques pour combattre la dépression afin d’être en mesure de mener une vie saine et de fonctionner au quotidien.


C’est cet objectif – une vie de famille hétérosexuelle dans une communauté orthodoxe – qui fait courir Mizrahi.


« C’est un processus difficile, mais je pense en venir à bout », explique-t-il. « J’ai été attiré par les hommes toute ma vie, mais une vie d’homosexuel n’est tout simplement pas envisageable pour moi. Pour le meilleur ou le pire, je crois au chemin que nous montre la Torah : des relations humaines normatives, un mari et une femme, élever une famille. Si je devais me laisser aller à mes désirs homosexuels, ce serait tricher avec moi-même et m’empêcher de devenir la meilleure personne que je puisse être. »


« Certains affirment que la thérapie réparatrice rend suicidaire, mais pour moi, c’est le contraire », conclut Mizrahi. Si je pensais que mon attirance pour les hommes est un fait établi et immuable, cela m’ôterait tout espoir. Et ça oui, pourrait me rendre suicidaire. »


* Les noms ont été changés pour des raisons évidentes. Toute ressemblance avec des personnes existantes est absolument fortuite.



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