Retour sur le parcours politique de Binyamin Ben-Eliezer

Une carrière brillante, une chute douloureuse. Hommage à une grande figure de la politique israélienne

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September 1, 2016 16:11
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Rencontre avec le président Moubarak en 2005

Rencontre avec le président Moubarak en 2005. (photo credit: REUTERS)

Son histoire aurait pu mieux se terminer. Mais la vie de Binyamin Ben-Eliezer a connu des hauts et des bas, depuis son parcours militaire brillant et son ascension politique, jusqu’aux affaires de corruption qui ont entaché la fin de sa carrière.

Entré par la petite porte


D’origine irakienne, « Fouad » fait partie de cette génération de commandants de l’armée israélienne issus de l’immigration juive orientale qui ont su tracer leur chemin vers les hautes sphères politiques par leur courage sur le champ de bataille. Mais contrairement aux anciens ministres de la Défense également d’origine mizrahi comme Shaul Mofaz ou Yitzhak Mordekhai, Ben-Eliezer n’est pas entré en politique par la grande porte, mais via un petit parti nommé Tam, qui s’était donné pour but de réduire les inégalités entre Israéliens d’origine européenne et moyen-orientale.

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Lorsque ce mouvement laïque est dépassé sur ce créneau par le parti religieux séfarade Shas, Ben-Eliezer rejoint l’ancien ministre de la Défense et alors futur président de l’Etat d’Israël Ezer Weizman au sein du parti Yahad. Il le suit à nouveau quand il rallie les rangs du Parti travailliste, rejoignant ainsi son troisième mouvement politique en deux ans. A cette époque où Avoda désespère de se voir accorder les faveurs d’autres électeurs que ceux de son électorat traditionnellement ashkénaze, Ben-Eliezer est perçu comme indispensable. Il est la preuve vivante qu’un Israélien avec un surnom arabe et un fort accent irakien ne se retrouve pas forcément au sein du Likoud.

Mais « Fouad » saura se rendre autrement plus utile, notamment à Yitzhak Rabin. Soutenant ce dernier face à Shimon Peres lors de la primaire travailliste, il se voit remercier par le portefeuille du Logement et de la Construction. A ce poste il réalisera la promesse de Rabin de révolutionner les infrastructures du pays. Ben-Eliezer prouve alors que bien que n’étant pas un homme de discours, il sait obtenir des résultats.
Dans le même temps, grâce à sa maîtrise de la langue arabe et son expérience militaire de commandant de l’unité de coordination des activités gouvernementales dans les territoires (COGAT), Ben-Eliezer est le principal soutien de Rabin dans ses désaccords avec Peres sur la façon de gérer le conflit avec les Palestiniens. « Fouad » sera même le premier haut responsable israélien à rencontrer Yasser Arafat.

Faucon de la gauche


Pourtant, l’empreinte la plus importante laissée par Ben-Eliezer dans l’histoire récente d’Israël date du début de la dernière décennie. Après la défaite d’Ehoud Barak face à Ariel Sharon aux législatives de 2001, l’ancien général d’origine irakienne émerge comme chef du Parti travailliste. Au début de la seconde Intifada, il rejoint Sharon pour former un gouvernement d’union nationale et obtient alors le poste de ministre de la Défense.

Les deux hommes se connaissent bien depuis les années soixante-dix. « Arik », alors général de division, était à la tête du commandement sud de Tsahal, alors que « Fouad », lieutenant-colonel, dirigeait la Sayeret Shaked, un commando des forces spéciales de l’infanterie. Les futurs chefs de la droite et de la gauche israélienne ont combattu côte à côte. L’amitié scellée sur le champ de bataille a survécu à l’usure du temps et aux luttes politiques. Ainsi, lorsque trois décennies plus tard, il faut faire l’union nationale face à la pire vague de terreur de l’histoire du pays, les deux hommes n’hésitent pas. Respectivement âgés de 65 et 72 ans, Ben-Eliezer et Sharon gagneront alors le respect au public israélien et incarneront le sens du devoir au sein de la classe politique. « Fouad », symbole de la gauche pragmatique, fera aussi pencher la balance en faveur de la construction du « Mur de sécurité », une idée à laquelle Sharon et Peres étaient de prime abord réticents.

Plus dure sera la chute

C’est en se basant sur ce passé d’accomplissements et de pragmatisme politique que Ben-Eliezer, qui a aussi servi sous Olmert et Netanyahou, a pensé être un candidat légitime à la présidence de l’Etat. Il ne le sera pas. Certains lui reprochaient de ne pas être à la hauteur des illustres prédécesseurs, comme Chaim Weizmann, Yitzhak Navon ou plus récemment Shimon Peres. Mais c’est au niveau légal que la question a été tranchée. Embourbé dans une affaire de corruption et de blanchiment d’argent, il a dû dire adieu à sa candidature et même à sa carrière politique alors déclinante.
Après que son ancien mentor Ezer Weizman a quitté la présidence en 2000 à la suite d’accusations du même acabit, et après que le président suivant, Moshé Katsav, a été inculpé, condamné et emprisonné, Ben-Eliezer pouvait penser que la triste fin de sa vie politique ne serait qu’un détail de son histoire. Mais malheureusement pour lui, sa longue carrière restera entachée. Les historiens se poseront sans nul doute la question de sa culpabilité, particulièrement en sachant qu’il est mort avant même d’avoir pu être jugé.
Mais même ceux qui le condamneront a posteriori conviendront qu’il n’est né ni escroc ni héros. En fin de compte, son brillant parcours aura été le fruit de l’histoire unique d’Israël, et sa chute, celui de la tentation inhérente au monde politique.

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