Quand les deux extrêmes, de droite comme de gauche, déforment l’Histoire

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October 30, 2017 11:41

Il est inquiétant que Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, qui représentent 40 % des Français, nient le rôle de la France dans la déportation des juifs

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Quand les deux extrêmes, de droite comme de gauche, déforment l’Histoire

Marine Le Pen, élue députée du Pas-de-Calais. (photo credit:REUTERS)

La reconnaissance par la France de sa responsabilité dans la Shoah, qui a émergé un demi-siècle trop tard, est à présent remise en cause par des politiciens français de premier  plan. Cette année, deux candidats à l’élection présidentielle, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, ont nié le fait que la France actuelle est le successeur légal du régime de Vichy. A l’extrême droite, Marine Le Pen a obtenu 21,3 % des voix au premier tour et près de 34 % au second. A l’autre extrémité du spectre politique, Jean-Luc Mélenchon, qui a rassemblé 19,6 % des suffrages au premier tour, a tenu après le scrutin des propos encore plus fallacieux.


Reconnaissance tardive

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Il a fallu attendre 1995 pour que le président Jacques Chirac admette que le régime collaborateur de Vichy était parvenu au pouvoir par une voie légitime. Il l’a dit lors de la commémoration annuelle de la rafle du Vel d’Hiv, à l’endroit même où des milliers de juifs avaient été parqués en juillet 1942 avant d’être déportés.
Chirac avait présenté le concours apporté par la France aux nazis dans l’arrestation des juifs comme une étape vers leur extermination : « La France, patrie des Lumières et des droits de l’homme, terre d’accueil et d’asile, la France, ce jour-là, accomplissait l’irréparable. Manquant à sa parole, elle livrait ses protégés à leurs bourreaux », avant d’ajouter : « Nous conservons à leur égard une dette imprescriptible. »
Sa reconnaissance signifiait que la France contemporaine devait assumer la responsabilité des mesures antisémites extrêmes du régime de Vichy, dont certaines précédaient même les actions de l’Allemagne. La déclaration de Chirac était d’autant plus importante que son prédécesseur, le socialiste François Mitterrand, avait refusé d’admettre cette vérité. Ce dernier avait été un fonctionnaire de Vichy avant de rejoindre les rangs de la Résistance en 1943. Dans les années qui ont suivi, la responsabilité de la France pour les crimes de Vichy a été aussi admise par le Premier ministre socialiste Lionel Jospin, puis par le Premier ministre de centre droit Dominique de Villepin. Des déclarations analogues à celles de Chirac ont été prononcées par son successeur Nicolas Sarkozy, puis par le président socialiste François Hollande.

En avril 2017, Marine Le Pen a dit : « Je pense que la France n’est pas responsable du Vél’ d’Hiv. Je pense que de manière générale, s’il y a des responsables, c’est ceux qui étaient au pouvoir à l’époque, ce n’est pas la France. » Et d’ajouter : « On a appris à nos enfants qu’ils avaient toutes les raisons de la critiquer, de n’en voir peut-être que les aspects historiques les plus sombres… Donc, je veux qu’ils soient à nouveau fiers d’être Français. » Pour résumer ses propos, pour que les enfants de France soient fiers de leur pays, il faut leur mentir sur son passé antisémite et sur sa responsabilité. Le candidat de centre droit à l’élection présidentielle, François Fillon a réagi en déclarant : « La vérité, c’est que le Vél’ d’Hiv’ a été un crime commis par l’Etat français », avant de rappeler que « le Front national compte encore dans ses rangs beaucoup de nostalgiques du régime de Vichy. » Pour lever toute ambiguïté, Fillon a précisé que « Vichy représentait la France officielle, même s’il y avait une autre France, (celle) de de Gaulle, à Londres ».

Le revirement de Mélenchon


Cette année le président Emmanuel Macron a convié le Premier ministre israélien à participer à la commémoration du 75e anniversaire de la rafle du Vélodrome d’Hiver. Le discours de l’actuel locataire de l’Elysée était en phase avec celui de ses prédécesseurs.
Jean-Luc Mélenchon, aujourd’hui leader du parti d’extrême gauche La France insoumise a été trotskiste dans sa jeunesse. Il a ensuite rejoint le parti socialiste et a été ministre. Immédiatement après les propos fallacieux de Le Pen, Mélenchon a affirmé que c’est la police française qui avait organisé la rafle, avant de conclure : « La République française n’est pas coupable, parce qu’elle avait été abolie en 1940, mais la France l’est. »
Après le discours de Macron, Mélenchon a changé radicalement d’attitude. Il a alors écrit : « La France n’est rien d’autre que sa République, qui avait été abolie par la révolution nationale du maréchal Pétain ». Ajoutant que la France, à cette époque, était à Londres avec le général de Gaulle pour organiser la résistance à l’occupant nazi, le leader de La France insoumise affirme : « Non, non, Vichy ce n’est pas la France ! »

Cette dernière prise de position est une déformation très grave de l’Histoire. Les Etats-Unis qui à l’époque étaient neutres, avaient reconnu Vichy comme le gouvernement légitime de la France et y avaient dépêché un ambassadeur. Dès sa création, le régime de Pétain a aussi été reconnu par de nombreux pays tels que l’Union soviétique, le Canada et l’Australie. C’est Vichy qui a rompu ses relations avec le Royaume-Uni et non l’inverse.

On ne peut pas considérer comme marginales ces révisions historiques sur le rôle de la France dans la Shoah puisqu’à eux deux, Le Pen et Mélenchon ont obtenu plus de 40 % des voix au premier tour de la présidentielle. Le leader de l’extrême gauche a même trahi l’Histoire de manière encore plus violente que sa collègue du FN. Pour compléter le tableau, Mélenchon est aussi un farouche opposant au gouvernement israélien, opinion qu’il exprime en de nombreuses occasions. Cela a été le cas par exemple début octobre lorsqu’il a démissionné d’une commission parlementaire sur l’avenir de la Nouvelle-Calédonie, collectivité française située dans l’océan Pacifique, en raison de la personnalité controversée du président de la commission, l’ancien Premier ministre Manuel Valls. Mélenchon a cru bon d’ajouter un motif supplémentaire : la proximité supposée de Valls avec les leaders de l’extrême droite israélienne.

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