Des cyclistes valides et handicapés de guerre ont traversé le pays de Jérusalem à Eilat

Les vélos du courage : un événement placé sous le signe de la solidarité

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November 27, 2016 15:16
Sur la route de la randonnée cycliste caritative

Sur la route de la randonnée cycliste caritative. (photo credit: ISRAEL ON BIKE LTD)

Toutes sortes de raisons poussent les visiteurs vers notre belle région quelque peu agitée. Certains viennent pour le soleil et la plage, d’autres sont attirés par la variété surprenante des paysages naturels et des lieux chargés d’histoire. D’autres enfin, affichent des motifs idéologiques.
Les 110 touristes qui ont participé, la semaine dernière, à la randonnée cycliste caritative entre Jérusalem et Eilat, relèvent sans doute des trois catégories à la fois. L’événement était organisé au profit de l’Association des vétérans handicapés de Tsahal, qui gère une demi-douzaine de centres à travers le pays, à Jérusalem, Tel-Aviv, Haïfa, Beersheva, Ashdod et Nahariya. Par le biais d’activités sportives et sociales, ces infrastructures, connues sous le nom de Beit Halohem, aident à la réinsertion de quelque 50 000 anciens combattants de Tsahal, blessés lors des campagnes militaires qu’a connu le pays depuis sa création.
L’organisation a été fondée en 1949, dans le sillage de la guerre d’Indépendance, pour répondre aux besoins des 6 000 anciens combattants handicapés d’alors, et favoriser leur rétablissement et leur réhabilitation. La plupart des participants à la randonnée cycliste en question sont venus du Canada, sous l’égide de la section locale du Beit Halohem à Toronto dénommée Aide aux anciens combattants handicapés d’Israël.

A bicyclette


Moshe Shema, directeur du fonds des anciens combattants handicapés de Tsahal, se réjouit de la tenue de cet événement : « Cette course, organisée depuis maintenant neuf ans, est une merveilleuse initiative du Beit Halohem Canada. L’engagement des supporters canadiens envers les anciens combattants de Tsahal nous émeut chaque fois un peu plus », déclare-t-il. Ces sportifs étrangers physiquement aptes ont fait route aux côtés d’une centaine de cyclistes israéliens handicapés : beaucoup d’entre eux sont incapables d’utiliser des vélos normaux, et se servent de modèles actionnés à la main ou en position couchée.
C’est une expérience unique, un voyage vraiment magique », s’enthousiasme Lisa Levy, peu après l’arrivée des coureurs à la pointe sud du pays. Directrice exécutive du Beit Halohem Canada depuis de nombreuses années, cette femme de 51 ans née en Afrique du Sud, est fortement impliquée dans cette aventure, tant sur le plan de son organisation que dans la pratique, puisqu’elle participe elle-même à la course. Les coureurs ont entamé leur périple à Jérusalem, empruntant des chemins différents selon le degré de difficulté et parcourant quotidiennement entre 37 et 55 km. On trouvait également une catégorie tout terrain « extrême » avec un parcours de 93 à 131 km par jour fait d’une succession impressionnante de côtes.

Tradition familiale


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Cette randonnée ne manque jamais de marquer profondément et durablement les participants canadiens. « Parcourir 400 km aux côtés de ces hommes et femmes courageux est une source d’inspiration inépuisable. Forcément, on ne peut pas se plaindre de mal aux cuisses quand on pédale à côté d’un homme amputé des jambes », observe gravement Syd Hazan. Pour David Spiegel, la course s’est avérée bénéfique à plus d’un titre. « Ce voyage m’a permis de m’investir autrement que lors de mes précédentes visites en Israël. »

Barry Jacobs se montre également très enthousiaste, peu après son arrivée à Eilat. « Cela a été une expérience extraordinaire », raconte-t-il. « Chaque jour était un peu différent. Nous avons découvert plusieurs coins d’Israël, à un rythme qui permet de ralentir, de s’arrêter pour admirer les paysages et d’aller à la rencontre des habitants. » Ce Canadien de 45 ans fait du vélo depuis sa plus tendre enfance. De par ses antécédents familiaux, il a en quelque sorte une réputation à défendre au bout de ses pédales. « Le grand-père de ma femme, Bernie Weinstein, est celui qui a implanté Beit Halohem au Canada. Il était en Israël dans les années 1970 et a rencontré des vétérans par le biais d’un des organisateurs du Beit Halohem en Israël. Ces derniers souhaitaient ouvrir une antenne au Canada ». Weinstein a immédiatement retroussé ses manches.

« Il en a parlé à des amis dans plusieurs synagogues au Canada et a fait venir des anciens combattants israéliens outre-Atlantique. Il a également sollicité l’aide de nombreux philanthropes. » Pour Jacobs, participer à l’événement cycliste semblait  donc couler de source. « Bernie – qui a aujourd’hui 96 ans – m’a parlé de la course. Je me suis dit que cela lui ferait chaud au cœur de savoir qu’un membre de sa famille s’y impliquerait. » « Nombreux sont ceux qui veulent faire d’Israël un endroit où il fait bon vivre, qui veulent aider ses habitants », note-t-il. « La majorité des soldats blessés sont très jeunes, ils sont au tout début de leur vie. Si nous pouvons améliorer leurs conditions de vie, cela n’a pas de prix. Nous avons l’impression de faire partie d’une seule famille. C’est une vraie source de joie pour tous ceux qui s’engagent dans ce projet. »

Du Golan à Eilat


Yitzhak (Tsahi) Sarig s’est joint à l’aventure depuis plusieurs années. Agé de 64 ans et partenaire d’une entreprise de high-tech, il a été grièvement blessé il y a 43 ans, à la veille de la guerre de Kippour. « Nous étions sur le front, sur le plateau du Golan, juste avant la guerre », se souvient-il. Beaucoup étaient conscients, au sein de Tsahal, que l’affrontement militaire était imminent. »
« Le 13 septembre 1973, une bataille aérienne de grande envergure a opposé nos avions à ceux de l’armée syrienne. Bilan : 12 à 1 : nous avons descendu 12 Mig syriens et un jet israélien a été touché. A partir de là, le niveau d’alerte militaire a été relevé. »
Pourtant, personne ne réalisait vraiment ce qui se tramait. « Bien sûr, on nous avait prévenus de la possibilité d’altercations, mais certainement pas d’une guerre à grande échelle », poursuit Sarig. Pour lui et ses camarades, ce nouvel état d’alerte allait surtout réduire les moments de détente qu’ils pouvaient s’offrir. « A partir de ce moment, nous devions être sur le qui-vive même durant nos temps de pause. Nous avions l’interdiction d’enlever nos bottes sauf pour prendre une douche, et l’obligation de dormir dans le tank ou à proximité. »

L’unité de Sarig avait entre autres pour mission d’effectuer des patrouilles. Au cours de l’une d’elles, cinq jours après le duel aérien avec la Syrie, le chauffeur de la voiture à bord de laquelle se trouvait Sarig a perdu le contrôle du véhicule. « Elle s’est retournée et j’ai été éjecté », se souvient Sarig. « Deux des soldats présents ont été tués sur le coup. Quant à moi, je suis resté inconscient pendant trois semaines. »

Lorsqu’il reprend ses esprits, la guerre de Kippour fait rage, mais il doit se contenter de rester sur la touche. Un de ses frères est tué au combat, mais Sarig n’apprendra la triste nouvelle que plus tard.  Il a eu l’honneur de faire la guerre. Moi pas », soupire Sarig. Nul besoin d’un doctorat en psychologie pour comprendre le sentiment de culpabilité qui l’habite depuis plus de 40 ans. D’autant plus qu’il vient d’une famille de militaires illustres.Son père était un commandant du Palmah, et un autre de ses frères était officier de haut rang au sein de Tsahal. Bien que Sarig ait subi toutes sortes de blessures physiques en plus du traumatisme émotionnel, la vie a fini par reprendre le dessus. Il a lancé avec succès une entreprise de high-tech qui développe des logiciels pour les établissements scolaires. Par ailleurs, il s’est porté volontaire pour être réserviste au sein de l’armée, malgré un profil médical bas et son invalidité. Il a même suivi une formation d’officier.

Le cyclisme est arrivé plus tard, il y a sept ans pour être précis. « Je me suis mis au vélo après une rencontre avec Ofer Eisenberg qui dirige aujourd’hui les activités cyclistes du Beit Halohem de Tel-Aviv. Ma rencontre avec Anat Yahalom a également été importante. » Grièvement blessée à la guerre de Kippour, elle participe chaque année à la course des vétérans de Tsahal sur un vélo à main. « Ma vie a complètement changé », explique Sarig. « Je voyage souvent en avion pour affaires et j’ai toujours besoin d’un véhicule d’assistance dans les aéroports. Avant je ne pouvais même pas me tenir une seconde debout au contrôle des passeports. Ma santé s’est considérablement améliorée avec le cyclisme : je n’ai pas eu une seule journée de congé maladie depuis. Auparavant  je me sentais invalide. Aujourd’hui, je me lève à 5 h 30 trois fois par semaine pour pédaler. » C’est comme ça qu’il a pris part à la deuxième édition de la course des vétérans et qu’il est devenu fidèle au rendez-vous. L’interaction avec les concurrents étrangers lui apporte beaucoup.

« Nous ne roulons pas toujours avec eux, mais nous nous retrouvons le soir et nous passons quelque temps avec eux le matin avant de partir. Ils écoutent attentivement les histoires de chacun, comment nous avons été blessés, etc. Nous entretenons d’excellentes relations les uns avec les autres. Leur amour d’Israël est tangible, de même que leur appréciation pour ce que nous faisons ici. »

Les bonnes erreurs


Pilier de la course depuis son lancement, Anat Yahalom, comme Sarig, est une source d’inspiration. Alors qu’elle a subi d’horribles blessures pendant la guerre de 1973, perdant un pied et l’usage d’une jambe, elle n’a jamais sombré dans la dépression et a toujours conservé une vision positive de la vie. Elle passe ainsi des heures entières à diffuser des messages d’espoir, notamment via une présentation qu’elle a intitulée Les bonnes erreurs.
« Je suis une optimiste invétérée », déclare-t-elle. « Un des messages que j’essaie de faire passer est qu’il faut vivre ici et maintenant. Il faut laisser le passé là où il est et cesser de penser à l’avenir. Ce qui compte, c’est l’instant présent. Vous avez amélioré quelque chose aujourd’hui ? Génial. Vous venez de parcourir 500 mètres à vélo ? Excellent. L’important est de s’efforcer, chacun à son niveau, d’évoluer chaque jour un peu plus. »

Le tournant dans la vie d’Anat Yahalom a eu lieu il y a 12 ans. « A l’époque, les premiers vélos à main ont fait leur apparition en Israël. J’ai soudain réalisé que je pouvais me déplacer en vélo ce qui m’était impossible depuis 30 ans. » Un agréable retour en arrière pour elle. « Je viens d’un kibboutz et nous nous déplacions constamment à vélo. Je me souviens d’une randonnée depuis la rivière Dan, en Haute-Galilée, jusqu’à Eilat. Bien sûr, c’était sur des deux-roues normaux actionnés avec les pieds. » Tout cela avait été relégué aux oubliettes depuis la guerre. « Le vélo me manquait énormément », raconte-t-elle. « Je ne pouvais me livrer à aucune activité physique depuis mon accident. Je ne pouvais plus danser, ce que pourtant j’adorais faire, ni nager, ni partir en randonnée. »
Le cyclisme lui a redonné tout cela, et plus encore. « Il n’existe pas vraiment de réinsertion sociale pour les personnes handicapées », explique-t-elle. « Mais le vélo nous donne aussi l’occasion de nous réunir avec d’autres. Il n’y a pas mieux que ce sport. »

Des liens solides

Yéhouda Cohen, 50 ans, était aussi féru de cyclisme avant d’être grièvement blessé, en 1985, au cours de la première guerre du Liban. Il a été victime d’un attentat suicide au Sud Liban, qui a fait 12 morts parmi les soldats de Tsahal et l’a cloué à l’hôpital pendant 18 mois. Il est membre du club cycliste du Beit Halohem de Tel Aviv depuis sept ans et a adapté son vélo couché à ses besoins. « Le sport m’apporte tellement sur le plan physique et psychologique que je consacre en moyenne 20 % de ma vie à mon travail et 50 % à pédaler. »

Cohen, qui  a également participé à la course des vétérans, ne cache pas son admiration pour ses coéquipiers cyclistes canadiens qui, dit-il, « viennent ici en partie pour en apprendre davantage sur Israël. » « Nous passons beaucoup de temps ensemble. Ils me demandent comment j’ai été blessé, et nous forgeons des liens solides. On sent vraiment leur empathie. » C’est un fait : bien au-delà du plaisir de cette randonnée de cinq jours à travers le pays, le sentiment qui domine est celui d’appartenir à une famille exceptionnelle. 

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