Ed Koch et l’Irgoun
By DANIEL GORDIS ET RAFAEL MEDOFF
02/12/2013 13:58
Disparu à 88 ans, Ed Koch a non seulement été un brillant avocat, maire de New York et homme politique américain. Il a surtout oeuvré à réhabiliter ses mythes : Ben Gourion et l’Irgoun.
Former New York mayor Ed Koch. Photo: Jeff Zelevansky / Reuters
Depuis le décès d’Ed Koch, beaucoup de
choses ont été dites et écrites sur l’ancien maire de New York et ancien membre
du Congrès américain, mais un aspect de sa vie a été éludé par les
commentateurs. Koch a mis en valeur devant les Juifs américains le rôle de
Menahem Begin et de l’Irgoun dans la création de l’Etat d’Israël.
Quand, à l’automne 1948, Begin, chef de l’Irgoun devenu chef de l’opposition à
la Knesset, vient en visite aux Etats- Unis pour la première fois, il est
complètement inconnu.
La majorité des représentants du judaïsme américain est alors plus proche de
David Ben Gourion et des dirigeants du parti travailliste. Ils suivent donc
l’attitude de Ben Gourion à l’égard de Begin et le traitent, comme lui, de
paria.
Aucun d’eux ne vient au dîner offert en son honneur à Manhattan. Quelques-uns,
même, font pression sur des dignitaires comme Oscar Chapman, sous-secrétaire de
l’Intérieur, pour qu’il se retire du comité de soutien.
D’autres comme Hannah Arendt joignent un groupe de Juifs importants, dont
Albert Einstein et Irma Lindheim de Hadassah, et traitent publiquement Begin de
« fasciste ».
Il est vrai que dans les années 1950 et 1960, les livres scolaires dans les
écoles p u b l i q u e s américaines et les écoles juives mentionnent rarement
le combat de l’Irgoun contre l’armée britannique. L’idée dominante est
qu’Israël a été créé grâce aux Nations unies. Ainsi, quand Begin arrive au
pouvoir, en 1977, il est inconnu pour la grande majorité de la communauté juive
américaine. Pour ceux qui l’ont déjà entendu, son nom est associé à quelque
chose de négatif. Quant à ceux qui le connaissent, ils le considèrent comme un
« terroriste ».
Le Time magazine titre même : « Begin rime avec Fagin » (stéréotype du Juif
dans Oliver Twist de Charles Dickens).
C’est donc Ed Koch qui fait connaître et reconnaître Begin et l’Irgoun en 1978,
alors qu’il est maire de New York. En lui offrant le titre de citoyen d’honneur
de sa ville, Ed Koch, l’une des figures de proue de la communauté juive
américaine de l’époque, fait valoir le rôle joué par Begin et l’Irgoun dans la
création de l’Etat Juif.
Deux ans plus tard, il enfonce le clou et proclame le « Jour de Jabotinsky »
dans la Grosse Pomme. L’occasion de présenter ce fondateur du mouvement
révisionniste et père spirituel de l’Irgoun, comme « une figure légendaire,
soldat, poète et architecte de l’Etat d’Israël ».
Begin avait raison
Cette année-là, le dîner offert pour le centième
anniversaire de la naissance de Jabotinsky rassemble tout le gratin de la
communauté juive américaine, dont les dirigeants de la Conférence des
Présidents des plus grandes organisations juives américaines, comme le Bnai
Brith et Hadassah. De son côté et à peu près en même temps, Yeshiva University
inaugure un nouveau département d’Etudes Juives, du nom de Begin.
Les temps ont donc changé. Et grâce à Koch.
Plus important pourtant que cette reconnaissance de Begin et de l’Irgoun, Koch
veut transmettre un message. Pour lui, l’essentiel n’est pas d’honorer tel
dirigeant ou tel groupe, d’ailleurs il nomme également une des rue de Manhattan
du nom de Ben Gourion, mais plutôt de reconnaître le combat des Juifs pour leur
Etat. Un esprit combatif qu’il va manifester tout au long de sa carrière
politique haute en couleurs.
Koch incarne une attitude juive différente.
La nouvelle génération de Juifs américains fait fi des vieilles querelles entre
Travaillistes et Révisionnistes et n’a pas peur de se déclarer fière des
combattants juifs, quelles que soient leurs orientations politiques.
Trente ans après leurs coreligionnaires israéliens, ces Juifs américains
perçoivent de plus en plus le monde comme hostile. Moins naïfs qu’auparavant,
ils savent que les Juifs n’auraient rien s’ils ne se battaient pour l’obtenir.
Cette lutte peut prendre la forme d’appels en cour de justice, ou d’un
véritable combat armé. De fil en aiguille, un nombre grandissant de Juifs
américains se rend compte que les actions de l’Irgoun étaient justifiées. Ils
reconnaissent que Begin avait raison quand il avait écrit dans la Révolte : «
La tyrannie est armée. Autrement elle aurait été liquidée en une nuit. De même,
les combattants pour la liberté doivent s’armer, autrement ils seront liquidés
en une nuit. » Le travail de Koch reste néanmoins incomplet. Il reste encore
beaucoup à faire dans l’éducation de la communauté juive américaine. Le rôle
des organisations armées (Haganah, Irgoun et Stern) dans la création de l’Etat
d’Israël n’est pas encore totalement reconnu. Trop de livres négligent ce
point. Pour ne donner qu’un exemple, un livre intitulé « Israël la création
d’une nation moderne », inscrit sur la liste de la ligue anti-diffamation et
recommandé pour « jeunes lecteurs », note l’existence d’« un mouvement de
résistance juive qui a amené des réfugiés apatrides en Palestine défiant ainsi
les Britanniques ». L’Irgoun et la Haganah ne sont mentionnés qu’une seule
fois, et seulement en rapport avec les violences arabes de 1930. Le départ des
Anglais de la Palestine est décrit comme le résultat du vote des Nations unies
sur la partition et non comme la victoire de la guerre juive pour la liberté.
Si les Juifs américains veulent transmettre une fierté sioniste à leurs
enfants, ils doivent leur enseigner qu’Israël ne nous a pas été donné, mais que
nos pères ont combattu pour l’obtenir. Et c’est ce qu’Ed Koch, par son action
et sa vision, rappelle.