Bronislaw Huberman est né
dans le sud de la Pologne, en 1882, au sein d’une famille juive très modeste.
Très tôt, son père, Jakob Huberman, lui découvre des facultés évidentes pour la
musique. Il prend alors en charge son éducation musicale. Et décide que
Bronislaw étudiera le violon.
A 6 ans, il commence à apprendre le violon au Conservatoire de Varsovie. Avec
pour professeurs des musiciens de renom comme Isisdor Lotto, célèbre
violoniste. Ses parents l’envoient, à l’âge de dix ans, à Berlin pour jouer et
se perfectionner aux côtés de Josef Joachim, un virtuose du 19e siècle. L’année
suivante, le jeune prodige se lance dans une tournée européenne. Dès lors, son
père quitte son travail et se décide à accompagner son fils lors de tous ses
déplacements.
Les critiques musicales sont unanimes : Bronislaw est un génie.
Mais Jakob va se révéler un père tyran : il oblige Bronislaw à se produire un
peu partout dans le monde, sans répit, et sans lui laisser le temps de
s’adonner à certains loisirs extérieurs. En 1896, à 14 ans seulement, le jeune
homme se produit aux Etats-Unis, dans le cadre d’une énième tournée.
En 1910, il épouse l’actrice Elsa Galafres qui donne naissance à leur fils,
Johannes. Le mariage ne dure cependant pas et le couple divorce.
A la mort de son père et après la première guerre mondiale, Huberman se rend à
Paris pour étudier les sciences politiques à la Sorbonne. Les conjonctures
politiques qui ont conduit au conflit le préoccupent et il désire s’instruire
sur le monde qui l’entoure.
Il ressent l’envie et le besoin de comprendre ce qui se passe en Europe.
Pour autant, il n’abandonne pas la musique et donne à nouveau des concerts. En
1923, il joue notamment aux côtés du compositeur Richard Strauss, en Amérique
du Sud et aux Etats-Unis où il connaît un franc succès.
Artiste internationalement reconnu, il peut se permettre de donner des concerts
gratuits pour soutenir les familles laissées dans le besoin par la guerre.
Ida Ibbeken devient alors sa secrétaire, mais aussi la femme dont il tombe
amoureux. Elle restera à ses côtés pendant 20 ans. A la mort d’Huberman, elle s’installe
en Israël.
L’Orchestre de Palestine est né
En 1929, Huberman se rend pour la première fois
en Palestine. Il se produit un peu partout. Il découvre alors le mouvement
sioniste et son intérêt pour celui-ci grandit de mois en mois.
En Europe, le nazisme s’installe et Huberman commence à percevoir la
catastrophe que sera la prochaine guerre. Très tôt, il refuse de jouer en
Allemagne et part personnellement en campagne contre les musiciens qui
continuent à s’y produire. En 1933, déjà, invité par son ami Wilhem Furtwangler
à jouer dans une série de concerts de l’Orchestre philharmonique de Berlin, il
adresse une fin de non-recevoir.
Comme s’il avait compris, avant qu’elle ne soit lancée, ce qu’allait mettre en
place l’infernale machinerie destructrice nazie.
« Il a eu comme un pressentiment. Il savait que quelque chose se préparait.
Grâce à ses études politiques à la Sorbonne, il avait compris comment
fonctionnait l’Europe », explique Josh Aronson, réalisateur d’un documentaire
sur la vie d’Huberman, l’Orchestre des Exilés. « Il avait grandi en Pologne, à
la fin du 19e siècle et ne connaissait que trop bien l’antisémitisme.
Très vite il a compris que les choses pourraient aller beaucoup plus loin ». Ce
pressentiment lui permettra de sauver des dizaines de vies.
En 1934, Huberman visite la Palestine pour la troisième fois. « C’est ma
troisième et plus longue visite ici. Elle a provoqué un changement profond dans
mon attitude et mon intérêt pour la région », avait-il déclaré à l’époque.
L’idée de créer un orchestre en Palestine lui trotte alors dans la tête et va
être renforcé par ce qui se passe à 4 000 km de là.
« Qu’est-ce qui motivait Huberman ? L’envie de créer un espace dédié à la
musique ou celle de sauver des vies ? Quelle part occupait le plus de place ?
», autant de questions que Josh Aronson reconnaît s’être posées avant de faire
son film.
En 1933, Hitler commence à chasser les musiciens juifs d’Allemagne. Il n’en
fallait pas plus pour qu’Huberman se lance dans la composition de son orchestre
en Palestine. Aronson précise : « Former un orchestre prend des années ! Il
faut trouver suffisamment de très bons musiciens.
Mais Huberman va profiter de cette fuite forcée des virtuoses allemands pour
les auditionner. » Au final, il en retiendra 80, dotés d’un jeu musical de haut
niveau. Et va ainsi créer son orchestre.
Sauvés par la musique
Il explique aux musiciens juifs qu’il leur faut quitter
au plus vite l’Allemagne pour la Palestine. Et arrache ainsi des familles
entières des griffes du nazisme.
En décembre 1936, le nouvel Orchestre philharmonique de Palestine donne son
premier concert, dirigé par Arturo Toscanini avec lequel Huberman commence une
longue collaboration et amitié. Le pays entier acclame la performance.
Après la première, Huberman continue à faire venir les musiciens d’Europe et
les aide à échapper aux SS d’Hitler. La preuve pour Aronson que le violoniste
n’est pas uniquement mû par des desseins musicaux, mais bien par des
considérations de solidarité avec ses frères juifs en danger.
On estime qu’il a pu sauver quelque 1 000 personnes de la barbarie nazie. A tel
point qu’en 1939, alors que la guerre éclate, Huberman reçoit la médaille
d’honneur de la mairie de Tel-Aviv.
Pendant la guerre, Huberman continue à jouer partout dans le monde. Il se
produit notamment en Pologne, lors d’un concert organisé par les Nations Unies.
En 1946, au terme d’une longue tournée exténuante, il retourne en Suisse, son
domicile européen, où il s’accorde un peu de repos. Il souhaite retourner en
Palestine, mais son état de santé ne le lui permet pas. Huberman s’éteint en
juin 1947, dans sa maison des environs du lac de Genève.
A la création de l’Etat d’Israël, l’Orchestre philharmonique de Palestine prend
le nom d’Orchestre philharmonique d’Israël.
Huberman est aujourd’hui reconnu comme un musicien exceptionnel. Avec la
réputation de jouer avec une rare intensité et et celle d’un homme de bien qui
a su s’élever contre le nazisme.
A l’occasion des 75 ans de l’Orchestre philharmonique d’Israël, cette année, le
centre et la bibliothèque musicale Felija Blumental de Tel-Aviv ont organisé
une fabuleuse exposition sur le violoniste. Ce lieu conserve de nombreuses
archives sur la musique et la vie d’Huberman. Grâce à un don de la dernière
compagne du violoniste, Ida Ibbeken, qui, en 1951, lors de la création de la
bibliothèque, lui a légué les archives sur Huberman dont elle disposait.