La vérité.... où est l’âme soeur ?

Laïcs ou religieux, les Juifs se marient traditionnellement entre eux. Mais comment faire en Diaspora ?

By MYRIAM KALFON
August 1, 2012 15:13
4 minute read.
Photo illustrative

Corbeau sur banc. (photo credit: Radu Sigheti / Reuters)

 
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Taux de divorce exponentiel, familles recomposées... Le monde occidental a fait voler en éclats les traditions qui régissaient la vie familiale jusqu’à il y a peu. Pourtant, même chez les plus libéraux, un de ces principes semble avoir la vie dure chez les Juifs : trouver un partenaire de la même religion. De l’attachement à la tradition, au désir de bâtir un foyer religieux, en passant par faire plaisir aux parents ou éprouver un sentiment d’appartenance... les arguments ne manquent pas pour chercher l’âme soeur du côté de “chez nous”.




Or, si en Israël la chose peut sembler simple, quid des millions de jeunes gens en Diaspora ? Des communautés de petite taille, une mobilité géographique de plus en plus nécessaire dans le monde de l’emploi, mais aussi le phénomène d’assimilation compliquent la tâche. Dans la foulée du boom des rencontres en ligne, un site au label “100 % Juif” naît aux Etats-Unis : Jdate. Il est fondé par des Israéliens de New York qui comprennent le besoin d’adapter à la vie moderne le désir ancestral de “fonder un foyer en Israel”. Petit site est devenu grand, avec aujourd’hui plus de 750 000 utilisateurs dans le monde. Aux Etats-Unis, le phénomène est énorme avec plus de la moitié des unions de confession juive ayant débuté sur Jdate au cours des dix dernières années.

En 2008, le site débarque en France. 60 000 internautes y sont inscrits depuis dans la langue de Molière. Céline Zaoui, responsable de la branche française, explique qu’on se méfie en général des sites de rencontres dans l’Hexagone. Mais que Jdate répond à un besoin, surtout en province, où les communautés se comptent en quelques milliers d’âmes seulement, voire moins. Autre avantage : alors qu’en France, l’appartenance religieuse est souvent considérée comme privée, en témoignent l’embarras et les périphrases sur lesquels butent parfois les politiques à ce sujet, avec Jdate les choses sont claires. On peut s’y lancer à la recherche de partenaire par niveau de religiosité, mais aussi par origine communautaire, ashkénaze ou sépharade.

Se faire un réseau... et plus si affinités


En fonction des âges, note Céline, les comportements ne sont pas les mêmes. Ainsi, jusqu’à 35 ans, les utilisateurs s’inscrivent souvent pour un mois seulement, à la saison estivale. “Au pire, si je n’y rencontre personne, je me ferai des amis”, s’était dit Karine, Française installée en Israël. La démarche sociale n’est en effet pas étrangère chez certains, notamment chez les nouveaux olim, sûrs de rencontrer des personnes avec qui ils auront des affinités. Conscients de ce besoin dans la communauté française en Israël, les responsables du site ont décidé de lancer une série de soirées au mois d’août, à l’occasion de Tou Beav.

“Bien sûr, on y va pour rencontrer l’amour, mais pas seulement !”, sourit Céline. Sivan Lazar, bénévole dans le cadre du projet de l’Agence juive, Connect TLV, confirme : le réseau social est d’une importance primordiale pour l’intégration du olé hadash. L’association, installée près du boulevard Rothschild, mène une série d’activités pour les immigrants : cours de langue, échanges de bonnes adresses, aide aux démarches administratives, à l’emploi. Destinée aux jeunes qui arrivent souvent en Israël sans famille, ni même parfois avec l’intention définitive de rester, Connect TLV rencontre un tel succès qu’elle devrait bientôt s’étendre aux autres grandes villes du pays : Jérusalem, Haïfa, Beersheva.

L’activité la plus prisée ? “Sans hésiter, nos soirées Mix and Match”, explique Sivan, une énergique trentenaire. “Ce sont des soirées de rencontres où nous invitons des Israéliens pour permettre aux olim de les rencontrer”. Et d’ajouter : “Les Sabras adorent venir. Pour eux, les immigrants européens, américains ou hispaniques ont quelque chose d’attirant, d’exotique. Même si ce n’est pas forcément pour quelque chose de sérieux...”. De quoi s’amuser et profiter à fond de la Ville blanche, assurément. Mais pas seulement : Sivan le dit, l’intégration est loin d’aller de soi pour olim qui ont souvent vécu dans des conditions plus faciles dans leur pays d’origine. Beaucoup sont venus parce qu’ils ne “s’accomplissaient pas” dans les cercles sociaux qu’ils ont connus à l’étranger. Or si le lien à leur identité juive et la découverte d’une société juive et israélienne qu’ils idéalisaient souvent sont primordiaux dans leur expérience en Terre sainte, certains finissent par repartir, faute de s’être bâti une situation stable. En définitive, deux facteurs sont susceptibles de les retenir sur le long terme, juge Sivan : un bon emploi et une relation sérieuse. Question de maturité ? Céline Zaoui note aussi que les 35-42 sont les plus nombreux sur Jdate et ils y passent plus de temps, signe peut-être d’une recherche plus approfondie. A 34 ans, Karine est catégorique : “J’ai fait mon aliya pour rencontrer l’homme de ma vie. J’ai vécu un peu partout, dont à Pékin. Je voulais épouser un Juif et je savais que, statistiquement, j’aurais plus de chances de le trouver ici”. Arrivée en janvier 2011, la jeune femme, réticente, s’inscrit sur le site sur les conseils d’un ami à New York, dont la soeur “impossible à marier”, venait enfin de convoler grâce à Jdate. En quatre rendez-vous, Karine rencontre David, un Israélien, le 26 février 2011. Et l’épouse un an plus tard.

Une aliya jugée donc “réussie” et un succès pour le site, qui a d’autres mariages à son actif cette année. Deux au moins ont suscité l’aliya d’un des partenaires, vivant à l’origine en France. Judaïsme, sionisme, tradition... Ebranlé par ailleurs, le mariage reste donc souvent chez les Juifs une valeur incontournable, profondément enracinée dans la culture et l’identité communautaires. Que les leaders religieux dorment sur leurs deux oreilles : tout comme l’aliya, la Houppa a encore de beaux jours devant elle.

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