Symphonie du nouveau monde

Roch Hachana est une invitation à se remettre en question pour révéler le meilleur de soi-même

By RAV YAACOV SPITEZKI
September 29, 2016 16:56
La sonnerie du Chofar

La sonnerie du Chofar. (photo credit: DR)

 
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Le judaïsme n’est pas une religion particulariste. Ses valeurs, proclamées au mont Sinaï, sont universelles. Qu’il s’agisse de la dignité humaine, « de la liberté, de la justice et de la paix » (Charte de l’ONU), de la protection des enfants et de l’importance de l’éducation qui est « une considération primordiale » (Unicef), et d’une multitude d’autres principes fondamentaux. Oui, la Bible est le fondement de notre civilisation.

Roch Hachana est beaucoup plus qu’un simple début d’année, « un 1er janvier » marqué par une nuit de réveillon. C’est, selon la traduction littérale de ce terme, la « tête de l’année ». Avec le cœur et le foie, le cerveau est ce qu’il y a de plus important chez un être humain : c’est le centre nerveux du corps tout entier. A son niveau, le moindre accident a des effets désastreux sur le reste de l’organisme. L’année est semblable à un corps. Chaque jour, chaque instant, est une entité que nous devons apprécier pleinement et ne pas gâcher par des futilités.

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A Roch Hachana, chacun d’entre nous a le pouvoir d’insuffler de la « vitalité » et de la transcendance à tous les jours qui vont suivre. Nous sommes invités à « construire la nouvelle année », et à en faire un édifice de moralité et d’humanité. L’occasion nous est ainsi donnée de prendre les décisions qui s’imposent. Celles qui transformeront nos personnalités et rejailliront sur l’ensemble de la société pour faire un monde meilleur. Roch Hachana, donc, donne le ton. Contrairement à ce que l’on pense communément, cette fête n’est pas l’anniversaire de la création du monde, mais de celle de la création du premier homme, Adam harichon. Ceci vient nous enseigner que c’est l’être humain qui donne à l’ensemble de l’univers son sens ultime, sa finalité.

Tikoun HaOlam

Tandis que les autres religions fixent le début de leurs calendriers à partir d’un fait important de leur histoire (une naissance, l’Hégire…), le judaïsme voit dans Roch Hachana un événement universel. Les rabbins du Talmud relèvent le fait qu’Adam a été créé seul afin qu’il ne puisse pas dire « mon sang est plus rouge que le tien », et aussi pour nous enseigner qu’un individu, seul, peut changer le cours de l’histoire.

Le mois de Tichri est placé sous le signe de la balance. Maïmonide souligne que chaque être humain doit se considérer comme étant à moitié coupable, et à moitié innocent. De quoi donner matière à réflexion avant d’agir. A chaque instant, et particulièrement au seuil de la nouvelle année, nous sommes à la croisée des chemins. Nous pouvons continuer de végéter, de stagner, ou au contraire, progresser.

Chana vient de la racine « répéter » qui évoque le cycle routinier de l’année, le jour et la nuit, l’été et l’hiver. Mais chana, c’est aussi chinoui, le changement, le progrès, les jours et les mois (hodech) qui changent. A première vue, ce terme implique une contradiction. D’une part, il y a le flot continu de l’existence qui est stable. D’autre part, il y a des événements, voulus ou non, qui viennent modifier notre parcours en bien ou en mal. Dans certains cas, nous sommes conscients du sens de ce qui nous arrive. Mais trop souvent nous n’avons pas le recul nécessaire pour discerner ce qui est intrinsèquement positif. Nous devons briser la routine et nous renouveler, être vraiment nous-mêmes. Nous remettre en question, répondre aux interrogations existentielles. Le mot émouna veut dire beaucoup plus qu’« avoir la foi » ; il implique la réflexion et le « travail sur soi ». L’art, l’artisanat se disent en hébreu omanout. Ce terme a la même racine que le mot émouna. Les Psaumes (XXXIV, 9) nous recommandent : « Réfléchissez, sentez, goûtez et voyez combien l’Eternel est bon. » Ainsi nous parvenons, comme le dit la prière, à prendre pleinement conscience que Dieu est « notre Père, notre Roi ».



L’une des idées centrales de Roch Hachana est que le monde revient au point zéro. Les pendules sont remises à l’heure. Le temps ressemble aux battements du cœur : chaque pulsation constitue un phénomène à part qui permet au sang, à la vie, de jaillir à nouveau. Chaque instant est unique. Yom, qui signifie « jour », a la même racine que Yam, la mer. A chaque instant, en effet, nous avons comme un océan de possibilités qui s’ouvre à nous et nous donne la force de nous surpasser. Et les repères qui nous empêchent de nous noyer sont la Torah et les mitsvot.
Pour les Grecs, le temps est cyclique, alors que dans le judaïsme, le temps est+linéaire : il nous invite à progresser, à nous renouveler, à sortir de la routine, à préparer le kets hayamim, la venue du Messie. Les jours qui nous sont donnés ne doivent pas se limiter à un « copier-coller » par rapport au jour précédent.

La mélodie du chofar


La Torah décrit Roch Hachana comme étant le Yom teroua, le jour de la sonnerie du chofar. La Bible ne nous prescrit pas l’utilisation d’un ensemble d’instruments, mais uniquement celle d’une corne de bélier qui ne produit pas des compositions musicales sophistiquées. C’est en effet la simplicité, le retour vers la nature, et ainsi le retour vers notre propre nature, qu’il nous faut rechercher, pour faire le bilan en ce Jour du jugement. Un seul « instrument » est utilisé, cette symphonie n’est pas interprétée par un orchestre. Dans un premier temps, l’accent est mis sur l’individu, encouragé à se transformer. C’est comme cela qu’il pourra changer la société. Le son du chofar est semblable à un cri poussé du plus profond de notre être. Semblable aussi à l’alarme émise par une sirène. Les différentes sonneries évoquent les divers sentiments que nous éprouvons : des soupirs, des sanglots, l’expression de la crainte révérencielle, la proclamation de la Royauté divine. Elles nous invitent à la réflexion, à la sérénité de la méditation.

La tonalité du chofar est d’une grande simplicité. Effectivement, devant l’ineffable nous ne trouvons pas les mots pour exprimer tout ce que nous ressentons au plus profond de notre être. La pureté des notes émises par cette corne de bélier est, pour ainsi dire, la symphonie d’un nouveau monde. Une ère de justice et de paix pour l’ensemble de l’humanité, telle qu’elle a été annoncée par les Prophètes au son du chofar.

Paix, bonheur, santé et prospérité. C’est ce que nous nous souhaitons à l’occasion de Roch Hachana. Lechana tova oumetouka tikatévou ! 

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