Un Sefer Torah sur le toit du monde

Des francophones ont réalisé un vieux rêve : passer chabbat dans le massif de l’Everest

By MICHEL KOGINSKY
December 25, 2016 17:04
Le drapeau israélien au sommet de l'Everest

Le drapeau israélien au sommet de l'Everest. (photo credit: DR)

 
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C’était au beau milieu de novembre. Nous étions une vingtaine de francophones venus de Paris, Londres et surtout Israël, à nous retrouver à Katmandou, capitale du Népal, pour un trek vers « l’Island Peak », un sommet situé sur le flanc de l’Everest qui culmine à 6 200 mètres d’altitude.

Le groupe était composé d’hommes – à l’exception de la fille de l’un des membres – presque tous juifs et pratiquants, avec un tiers de médecins, des spécialistes du high-tech et des hommes d’affaires. Ce petit monde, d’une moyenne d’âge supérieure à 50 ans, était encadré par un guide de montagne venu des Alpes.
Nous entendions bien maintenir pleinement notre rythme de vie juive, malgré un environnement peu propice et totalement inconnu. Ce projet, malgré ses difficultés apparentes, nous faisait rêver depuis longtemps ; comme l’a dit Sénèque : « Ce n’est pas parce que les choses sont difficiles que nous n’osons pas, mais parce que nous n’osons pas qu’elles sont difficiles. »

Marche, paysages et traditions


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Après un premier chabbat passé au Beth Habad dirigé par le Rav Hezki et la Rabbanite Hanna, le couple ange gardien des trekkeurs, nous embarquons dimanche dès l’aube dans un petit avion à hélices qui nous conduit à Lukla (2 860 m), après un vol de 40 minutes au-dessus de l’Himalaya. Ce seul altiport de l’Everest est le plus dangereux au monde car il ne dispose pas d’aide à l’atterrissage, et que sa courte piste est en pente. Il va sans dire que nous récitons la Tefilat haderekh (prière du voyage) avec une conviction renouvelée…

Outre nos bagages ordinaires, nous avons emporté un téléphone satellite, de l’oxygène et un caisson hyperbare. Nous n’avons pas non plus oublié notre « matériel juif », à commencer par de la nourriture et de la vaisselle cachères, mais aussi nos talith, tefiline, livres de prières, et même un petit Sefer Torah qui tient dans un sac à dos. Une quinzaine de porteurs avec des yaks se chargent de tout transporter. Après une première prière avec minyan (quorum de 10 hommes) face aux sommets enneigés, nous commençons notre marche. Le temps est magnifique, l’air pur, la verdure encore partout présente et les forêts immenses. Le chemin étroit que nous empruntons serpente dans des collines qui se succèdent sans fin ; les rivières majestueuses et les torrents scintillants coulent le long des vallées escarpées. Nous croisons des porteurs chargés de lourds paniers, des enfants en chemin vers l’école vêtus d’uniformes à l’anglaise, et des caravanes de mules chargées de marchandises. Les Népalais sont aimables et les gens nous sourient régulièrement (« Namaste »). En fin de journée, nous arrivons au petit village de Phakding. Près du seul poêle de la salle commune du lodge (résidence pour touristes) où nous nous trouvons, nous étudions le Daf yomi (portion du Talmud lue à la même date dans le monde entier). Nous ne sommes pas peu fiers de faire ainsi résonner les éclats de la discussion talmudique du jour dans le pays des sherpas ! Le lundi matin, nous prions et lisons dans notre Sefer Torah : les paroles bibliques prennent ici une signification et une résonance encore plus forte.

Une difficile ascension

Nous poursuivons notre ascension dans une végétation qui s’appauvrit et un air de moins en moins riche en oxygène, ce qui rend notre respiration plus difficile. Les mules laissent alors place aux yaks, seuls animaux aptes à survivre sur ces hauteurs. La piste se fait de plus en plus escarpée sur le flanc de la montagne. Au-dessus de torrents que nous entendons rugir, nous hésitons à franchir plusieurs ponts suspendus, peu rassurants du fait de leur balancement. C’est alors que la mélodie de guecher tsar meod (« le monde entier est un pont étroit que l’on peut franchir ») nous revient à l’esprit et nous donne du courage : l’essentiel est de ne pas avoir peur ! Soudain, nous voilà face au sommet de l’Everest, à la fois si proche et si inaccessible. Nous prononçons alors avec émotion la bénédiction ossé maassé bereshit (béni sois-Tu, qui renouvelle Ta Création comme au Commencement).

Le guide nous montre comment épargner au mieux nos forces tandis que nous nous encourageons les uns les autres. Enfin, nous arrivons à « Namche Bazaar », la « capitale » du pays Sherpa, un grand village situé sur les pentes raides d’une vallée entourée d’immenses sommets. Avec une température extérieure de -15°, l’unique petit poêle aux bouses de yaks séchées ne suffit pas à lutter contre le froid qui nous envahit dans cette grande salle qui nous accueille : la température affiche -7°, à tel point que les bouteilles d’eau se transforment vite en glace !
Les étapes, ensuite, se succèdent (Tengbosche, Dingbosche), chacune parée de gigantesques sommets (Thamserkil à 6 608 mètres, Lhotse, Ama-Dablan) et de rivières gelées. Notre volonté de continuer est sans cesse mise à l’épreuve, mais nous dépassons bientôt la barre des 4 000 mètres : la beauté sauvage et grandiose de la nature nous coupe le souffle – au sens simple comme au figuré ! – et nous ramène instantanément au Créateur.



Un chabbat unique

Vendredi, nous arrivons tous à Chhunkung (4 730 m), dernier hameau avant le sommet. Chacun participe à la préparation du chabbat, avec le sentiment que, pour la première fois dans l’histoire, la sainteté de ce jour serait pleinement vécue à une telle altitude ! Certains préparent le couscous et les halot, d’autres dressent de somptueuses tables parées de nappes blanches et de vaisselle de fête. Elégamment vêtus, les convives sont prêts à recevoir la « fiancée » en accueillant le chabbat en pleine nature. Face aux immenses glaciers et aux pics enneigés, nous chantons la liturgie du Lekha dodi et, malgré notre souffle court, nous dansons. Nous prions certes devant l’Himalaya, mais tournés vers Jérusalem ; les sherpas, qui ont reçu l’ordre de ne plus travailler, nous regardent interloqués. Notre plantureux repas arrosé de vin du Hermon est accompagné de commentaires de Torah, de chants et de rires. L’émotion et la joie se lisent sur les visages : nous ressentons tous la force infinie du chabbat dans de telles conditions extrêmes, et nos efforts physiques s’associent à l’élévation spirituelle de ce jour sacré.

Le lendemain matin, dix membres de notre groupe tentent d’atteindre le sommet de l’Island Peak équipés de lampes frontales, de crampons et de cordes. Deux seulement parviendront à braver la neige glacée et à planter le drapeau israélien tout en haut du fameux pic ! Mission accomplie donc pour cette folle équipée, qui aura puisé force et inspiration dans son immense volonté, sa fraternité, son audace, et l’amour de la Torah !


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