La mort de Fidel Castro : jusqu’à la victoire, finalement

Le soutien historique du Líder Máximo à certaines causes, notamment celle des Palestiniens, lui offre aujourd’hui une sorte de victoire posthume

By CAROLINE GLICK
December 4, 2016 13:27
Fidel Castro signe le registre de condoléances de Yass

Fidel Castro signe le registre de condoléances de Yasser Arafat. (photo credit: REUTERS)

Une des figures les plus marquantes du XXe siècle est décédée le 25 novembre. Fidel Castro, le révolutionnaire cubain qui a défié la puissance américaine pendant 50 ans, est mort à l’âge de 90 ans. En mauvaise santé depuis 2006, en raison notamment d’une infection intestinale qui a manqué de le tuer, il avait cédé le pouvoir à son frère Raul deux ans plus tard. C’est donc celui-ci qui est apparu à la télévision d’Etat au soir du décès du « Commandante » pour l’annoncer au peuple cubain. Si La Havane s’est drapée dans un douloureux deuil national, Miami, où vit l’essentiel des exilés cubains ayant fui le régime castriste, était en fête. Les hommages ont afflué de partout : alors que les pays d’Amérique latine, d’Afrique et ce qui reste du mouvement des non-alignés ont fait part de leur tristesse, celle-ci était moins évidente au sein des puisssances occidentales. Les chefs d’Etats se sont toutefois accordés pour saluer le décès d’une figure marquante. Le monde arabe, quant à lui, a perdu un allié historique. L’Algérie, que Castro avait surnommée la « Mecque des révolutionnaires », a décrété huit jours de deuil national. Mahmoud Abbas, de son côté, a ordonné la mise en berne des drapeaux palestiniens.

Castro, premier allié de l’OLP

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Les Palestiniens ont raison d’honorer la mémoire de Fidel Castro. Le dictateur communiste, responsable de la mort de dizaines de milliers de ses concitoyens, de l’emprisonnement de milliers d’autres et de l’exil d’un million de Cubains, a été un allié de poids dans la lutte palestinienne pour la destruction d’Israël.
Castro a ainsi soutenu l’OLP et son dirigeant historique Yasser Arafat pendant cinq décennies. Sa police secrète a largement contribué à l’entraînement des terroristes palestiniens à Cuba et au Moyen-Orient, mais aussi aux Caraïbes, à Alger, à Damas, puis au Liban dans les années soixante-dix. La formation paramilitaire et l’enseignement de la guérilla ne sont pas les seules aides apportées par Castro à Arafat. Il a aussi fourni aux Palestiniens une couverture diplomatique et des conseils politiques, amenant les membres du Fatah et des différentes organisations palestiniennes à fréquenter assidûment La Havane à partir des années soixante.

Une guerre diplomatique menée conjointement

Dix ans après sa création en 1964, l’OLP a adopté son « plan en dix étapes » avec pour objectif ultime la destruction d’Israël, programme qui offrait à Yasser Arafat une alternative à une alliance avec les Etats arabes afin de mener une guerre régionale contre l’Etat juif. Ce texte stipulant que l’OLP devait s’efforcer de prendre le contrôle de la plus grande part possible de territoire israélien, a d’ailleurs fait dire à Arafat, peu après avoir signé les premiers accords d’Oslo à la Maison-Blanche en 1993, que ceux-ci n’étaient que la première étape de la mise à exécution de ce plan.

L’Union soviétique et ses alliés, notamment Cuba, se sont ensuite débrouillés pour convaincre une partie de l’opinion internationale que l’adoption de ce texte par l’OLP était un signe de sa modération. A partir de ce moment, la cause palestinienne a commencé à engranger quelques victoires diplomatiques significatives contre Israël. Notamment en 1974 lorsqu’elle a obtenu le statut d’observateur à l’ONU. Soulignons qu’à cette occasion, Arafat avait eu le loisir de s’exprimer à la tribune de l’Assemblée générale des Nations unies, un pistolet accroché à la ceinture… Après cet épisode, le chef palestinien s’était offert une visite triomphale à La Havane, chaleureusement accueilli par Castro.

L’année suivante, l’Assemblée générale votait la fameuse résolution 3379 assimilant le sionisme à une forme de racisme. Cuba, seul Etat non arabe à voter en faveur de la résolution, a dès lors mis en place le décor des batailles diplomatiques les plus intenses contre l’Etat hébreu et le projet sioniste.



Une guerre idéologique

Le partenariat de Cuba avec l’OLP s’inscrivait dans une guerre politique plus large menée par le KGB, via le tiers-monde et le mouvement des non-alignés, contre les Etats-Unis et les nations occidentales. Une guerre dont la nature profonde a été démontrée par le biais des archives du KGB sorties d’URSS par Vasili Mitrochkin, et par les révélations du chef de l’espionnage du régime communiste roumain de Ceausescu, Ion Mihai Pacepa, passé à l’Ouest en 1978.
Le KGB utilisait ainsi les droits de l’homme et les idéaux de libération nationale comme moyen visant à empêcher l’Occident de s’attaquer à l’URSS et à ses pays satellites. Castro et Arafat étaient les pièces maîtresses de cette guerre des mots.

Les concepts de base de cette propagande de guerre ont été développés juste après la Seconde Guerre mondiale. Dans les pays de l’Est, les Etats-Unis et leurs alliés étaient volontairement décrits comme colonialistes et impérialistes. Chaque groupe de libération ou chaque Etat soutenu par les Américains était considéré comme réactionnaire ; à l’opposé, chaque groupe terroriste ou régime jouissant du soutien soviétique était salué comme un véritable mouvement révolutionnaire et démocratique, visant à libérer les peuples opprimés par l’impérialisme américain. Cette guerre politique a piégé l’Amérique et ses alliés sur le plan intellectuel. Face à cette rhétorique affirmant que les soutiens de l’Union soviétique étaient les libérateurs, l’Ouest devenait nécessairement l’oppresseur. Dans cette logique, les Etats-Unis et les pays occidentaux ne pouvaient se défendre sans être accusés de verser dans la propagande impérialiste. Les succès politiques engrangés grâce à ce programme d’endoctrinement soviétique ont dépassé toutes les espérances. Comme par exemple en 1969 lors du quatrième sommet du mouvement des non-alignés, qui a vu ces Etats principalement issus de la décolonisation prendre parti pour le Nord Vietnam communiste contre les Etats-Unis. Or, la même organisation était restée silencieuse lors de l’invasion de la Tchécoslovaquie par les forces soviétiques un an auparavant lors du Printemps de Prague.

L’URSS a retourné sa veste

Diaboliser Israël faisait partie intégrante de la campagne politique de l’Union soviétique : l’Etat juif était alors perçu comme un ennemi. Cela n’avait pourtant pas toujours été le cas. Jusqu’en 1949, l’URSS a considéré le jeune Etat comme un satellite potentiel. Elle a ainsi rapidement reconnu ce dernier juste après sa création, et ce sont les Soviétiques via les Tchécoslovaques qui ont armé les Israéliens pendant la guerre d’Indépendance. Pas les Américains. Sans le soutien indirect de l’URSS, il est peu probable qu’Israël aurait survécu à sa première guerre.


Le changement d’attitude de Moscou s’explique par trois raisons. La première, par le choix du premier chef de gouvernement israélien, David Ben Gourion, de se ranger du côté des Etats-Unis dans le contexte de la guerre froide, et ce malgré l’hostilité du Département d’Etat américain envers l’Etat juif. La seconde est la purge menée par Ben Gourion, encore lui, contre les communistes au sein de Tsahal et dans les institutions du pays juste après la guerre de 1948. Enfin, la dernière raison, et peut-être la plus importante, est que la création d’Israël a donné des envies de départ à certains juifs d’Union soviétique. On se souvient ainsi de la foule immense composée de juifs qui avait accueilli la future Golda Meir, alors Meyerson, première ambassadrice d’Israël à Moscou lors sa visite de la grande synagogue de la ville en 1949, et de la vague de répression antisémite qui s’en était suivi. A partir de là, les Soviétiques ont commencé à assimiler le sionisme à une forme d’impérialisme et de racisme, le terme « sioniste » devenant une sorte de code pour le mot « juif », tandis que de nombreux juifs d’URSS et du bloc de l’Est étaient arrêtés et jugés pour « sympathie sioniste ».
Le camp soviétique voyait également sa guerre idéologique contre le sionisme comme un moyen indirect d’atteindre les Etats-Unis : le lien entre les juifs et la Terre d’Israël était connu de tous ; si la population occidentale pouvait être persuadée que les juifs étaient des colons usurpateurs, alors elle pourrait être convaincue de bien d’autres choses…

La victoire de Castro

Comme l’a expliqué le chef de l’espionnage sous Ceausescu, à partir de 1968, l’URSS a exercé un contrôle total sur l’OLP, utilisant Castro et ses services de sécurité pour soutenir la guerre politique des Palestiniens contre Israël. Voilà comment le régime cubain s’est affirmé comme un vecteur efficace de l’antisionisme, et du soutien à la cause palestinienne au sein des mouvements anarchistes et d’extrême gauche en Europe, aux Etats-Unis et au Japon.

Aujourd’hui, les honneurs rendus à Fidel Castro par les Palestiniens et les mouvements de gauche du monde entier montrent que, vingt-cinq ans après la chute du l’URSS, l’héritage de la propagande soviétique contre le bloc de l’Ouest est encore bien vivace.

Castro n’a jamais appris aux Palestiniens à vivre en paix. Il leur a appris à mourir et à souffrir ; il leur a enseigné comment endoctriner les foules pour leur faire avaler n’importe quels mensonges à propos d’eux-mêmes et de leurs ennemis.
Le fait qu’une grande partie de la gauche et de l’extrême gauche mondiale soit encore convaincue de ces boniments est une preuve de la victoire de Castro, tout comme le fait que les méthodes terroristes qu’il a développées avec Arafat et le soutien de Moscou soient toujours considérées par certains intellectuels occidentaux comme des « moyens de résistance ».

Si le monde occidental a gagné la guerre froide, vu l’Union soviétique s’effondrer, et imposé à Cuba des décennies d’embargo, les drapeaux mis en berne à Ramallah sont la preuve de la victoire finale de Castro sur la moralité et la vérité. 

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