Transfert dans la Ville sainte

Le déménagement de l’ambassade américaine concourra au renouveau de la capitale

By GOL KALEV
December 17, 2017 15:08
Transfert dans la Ville sainte

Consulat américain rue Agron à Jérusalem.. (photo credit: MARC ISRAEL SELLEM/THE JERUSALEM POST)

Une onde de choc. L’annonce par le président américain d’un prochain transfert de l’ambassade américaine vers Jérusalem et la reconnaissance de la Ville sainte comme la capitale de l’Etat juif a suscité une vague de réactions et de critiques, tout en faisant craindre une flambée de violence.
Mais au-delà de ces commentaires et des réactions négatives, il n’en demeure pas moins qu’un tel déménagement aura un impact largement positif sur la ville de Jérusalem et sur ses habitants. La capitale israélienne en tirerait d’amples bénéfices sur le plan économique tout d’abord. Ce transfert devrait en effet créer de nouveaux emplois aussi bien pour la population juive qu’arabe, engendrant davantage de cohésion sociale et un rapprochement entre les deux communautés.

Une nouvelle Jérusalem ?

Un transfert de l’ambassade américaine à Jérusalem pourrait aussi faire des émules. D’autres pays pourraient être tentés, vu l’importance stratégique des Etats-Unis, de suivre cet exemple. On peut ainsi imaginer que de très nombreuses instances diplomatiques s’installent progressivement dans la Ville sainte, entraînant celle-ci dans une nouvelle dynamique. Outre la multiplication des offres d’emploi, certains quartiers se développeront également comme ceux de Talpiot et des alentours, susceptibles d’accueillir ces nouvelles ambassades. Ces zones, actuellement plutôt résidentielles, ne manqueront pas non plus de s’enrichir de restaurants, bars, cafés, devenant un pôle d’attraction pour une population plus jeune. Une aubaine pour Jérusalem qui cherche à se débarrasser de son image de cité endormie, vieillissante, pauvre, divisée… Adulée, convoitée et mondialement connue, Jérusalem n’en reste pas moins une ville qui pâtit en effet d’une image peu flatteuse chez la majorité des Israéliens. Dans l’inconscient collectif national, cette cité reste la cible privilégiée d’actes terroristes, perpétuellement sous tension, paralysée par son carcan religieux… En un mot, pesante et difficile à vivre.

Au cours de son premier millénaire d’existence, Jérusalem, dont le nom signifie ville de la paix, a été intrinsèquement liée à l’histoire du peuple juif, abritant à l’intérieur de ses remparts le Premier Temple construit sous le règne du roi Salomon avant d’être détruit. Au Ier siècle de l’ère chrétienne, le Second Temple a lui aussi été détruit et la ville incendiée. Condamnés à l’exil, les juifs n’ont jamais oublié leur Ville sainte et ont continué à prier pour leur retour à Jérusalem, se tournant pour chacune de leur prière vers celle-ci et formulant le vœu rituel lors de la Pâque juive : « L’an prochain à Jérusalem. »

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La mal-aimée

Pendant les deux mille années d’exil du peuple juif, la ville est tombée dans l’oubli et a joué un rôle mineur au fil de ses conquêtes. Sous la domination des Ottomans, juste avant le mandat britannique, les Turcs avaient même négligé la ville, n’y accordant aucune importance particulière et la laissant quasiment à l’abandon. Jérusalem est redevenue un enjeu avec la naissance de l’Etat d’Israël, quand elle a été revendiquée comme capitale à la fois par les Israéliens et les Palestiniens, au milieu du XXe siècle.

Si aux XVIIIe et XIXe siècles, les Juifs et les Arabes choisissaient de s’établir en priorité dans la Ville saint, l’immigration massive de la fin du XIXe et début du XXe siècle a marqué un changement de cap. Les nouveaux arrivants ont privilégié Jaffa et Tel-Aviv, au détriment de Jérusalem, considérée comme peu dynamique économiquement, et trop religieuse.
Malgré sa réunification en 1967, Jérusalem a continué à traîner sa réputation de ville pauvre, écrasée par son histoire, fief d’une communauté ultraorthodoxe qui y freine la modernité. Longtemps, on a préféré aimer Jérusalem à distance plutôt qu’y vivre. Un paradoxe, car cette ville est un symbole du peuple juif et aussi le centre du judaïsme mondial. Parallèlement, Tel-Aviv gagnait les faveurs des nouveaux arrivants. Même les natifs de la capitale choisissaient de vivre dans la Ville blanche, incarnation à leurs yeux de la modernité du pays, du nouvel Israélien, d’une représentation plus dynamique du sionisme. Le fossé entre les deux villes s’est alors creusé.

Une vraie capitale

Au cours de ces dernières années, Jérusalem est toutefois parvenue à se présenter sous un jour plus favorable. Elle s’est rajeunie et modernisée grâce notamment au développement de centres universitaires comme l’Université hébraïque, l’Académie des beaux-arts de Bezalel, et d’autres institutions qui attirent les étudiants. La ville s’est également enrichie sur le plan culturel : elle accueille de plus en plus d’expositions de premier plan, les musées font peau neuve, tandis que festivals, foires et salons s’y multiplient. Pour finir, les infrastructures de transports se sont nettement améliorées avec la mise en service du tramway, et la ville a multiplié son offre d’hébergement touristique, ambitionnant de devenir une destination haut de gamme. Le transfert de l’ambassade américaine accompagnerait donc favorablement cette évolution.
Le maire adjoint de Jérusalem, Ofer Berkovitch, en est intimement persuadé. Selon lui, le développement de la capitale serait dopé par ce prochain déménagement. « La Jérusalem d’aujourd’hui est à même d’accueillir des diplomates du monde entier. Le souffle de modernité qui s’est emparé de la ville contredit peu à peu le vieil adage selon lequel “Jérusalem prie et Tel-Aviv s’amuse” », note Berkovitch avec fierté. « La présence de nouvelles ambassades modifiera la configuration de la ville et son image dans l’esprit des Israéliens. Ceux-ci vont être encouragés à revoir leur jugement sur leur capitale, à se la réapproprier en tant que centre du judaïsme mondial », assure-t-il.

Nombre de fonctionnaires résidents de Jérusalem et qui effectuent quotidiennement le trajet vers Tel-Aviv ont choisi d’habiter dans le quartier de Guivat Ram qui abrite les principales institutions israéliennes comme la Knesset et la Cour suprême. Avec l’arrivée de nouvelles ambassades, le personnel diplomatique cessera de se concentrer dans ce quartier et participera au renouveau d’autres zones de la ville. Les fonctionnaires israéliens seront également amenés à se déplacer pour habiter dans d’autres quartiers.

Si les principales instances nationales siègent à Jérusalem, le maire adjoint souligne toutefois que 75 bureaux gouvernementaux censés être installés dans la capitale ne s’y trouvent pas encore, et ce malgré des décisions prises en 2007 et 2015. « Pour l’instant, il n’y a pas de plan pour organiser ces transferts », regrette Ofer Berkovitch, qui est également responsable du développement économique de la municipalité. « Si tous les bureaux du gouvernement déménageaient à Jérusalem, nous pourrions offrir 5 000 nouveaux emplois, ce qui rapporterait à la ville 40 millions de shekels de revenus annuels supplémentaires au titre des impôts fonciers, et 130 millions de shekels au titre des dépenses de consommation par an », souligne-t-il.

La clé d’une meilleure cohésion sociale


Le transfert des ambassades permettrait aussi d’œuvrer pour une meilleure cohésion entre les communautés juive et arabe, insiste Ofer Berkovitch. Aujourd’hui, Juifs et Arabes se rencontrent déjà sur leurs lieux de travail, dans les centres commerciaux, les institutions culturelles, mais ces interactions entre les deux populations sont malheureusement largement ignorées, car dans l’esprit de tous, Jérusalem reste une ville divisée. « En transférant les ambassades, les gouvernements étrangers comprendraient que cette vision d’une Jérusalem coupée en deux est éculée », poursuit-il.
Les Palestiniens pourront, en outre, se voir offrir de nouveaux emplois auxquels ils n’auraient jamais pu accéder si les représentations diplomatiques étaient restées à Tel-Aviv. L’arrivée de nouvelles ambassades encouragera également des entreprises et des sociétés de services à s’installer à Jérusalem, soit autant de nouvelles opportunités pour la population arabe.
Les aspects positifs de ces déménagements ne s’arrêteraient pas là selon le maire adjoint. « Si les ambassades étaient installées à Jérusalem, elles comprendraient enfin mieux la dynamique de la ville et pourraient nous aider à améliorer les conditions de vie dans les quartiers arabes de la périphérie, et faciliter la vie des résidents de Jérusalem-Est en développant les transports publics par exemple. Tout ceci contribuerait à une meilleure entente entre les deux communautés », souligne-t-il, convaincu que ces initiatives œuvreront, à terme, en faveur de la paix.

La voix des pessimistes

Ces perspectives de développement de Jérusalem ne sont pourtant pas du goût de tous ses habitants. Les détracteurs craignent une congestion de la ville, déjà saturée en termes de circulation, et une recrudescence d’actes terroristes avec l’arrivée de ces nouvelles cibles.
Michael Koplaw, responsable de la stratégie politique du think tank « Israel Policy Forum », est également prudent. Il rappelle que nombre de gouvernements de la région ont dénoncé le transfert de l’ambassade américaine, le qualifiant de ligne rouge. « Ceci ne doit pas être pris à la légère. Lorsque le déménagement de l’ambassade sera effectif, nous ne pouvons exclure qu’il y aura des violences et des manifestations de toutes sortes », prévient-il. « Les forces de sécurités israéliennes seront confrontées à des défis de taille. Il ne s’agit pas d’un acte anodin, ce n’est pas un simple déménagement sans conséquences. Une telle opération vaut-elle la peine d’être engagée, si elle coûte la vie d’un Israélien, d’un Palestinien, ou d’un autre ? », s’interroge-t-il.

Ceux qui font fi de ces inquiétudes insistent : le transfert aura également l’avantage de clarifier les choses. Il est plus que temps de mettre un terme à l’hypocrisie de la communauté internationale qui refuse de reconnaître Jérusalem comme la capitale d’Israël. Aux Etats-Unis, la décision de Donald Trump a également des incidences positives. Spectaculaire et inédite, cette annonce présidentielle est considérée comme une réaffirmation de la suprématie de l’Amérique. Nombreux sont ceux qui aux Etats-Unis regrettent le déclin de la puissance américaine dans le monde et sa perte d’influence au profit de la Russie, de la Chine ou encore de l’Union européenne. Avec cette annonce, Washington fait une démonstration de force, flatte l’ego des Américains et réjouit les chrétiens évangéliques qui sont très proches de la communauté juive et prônent le retour des juifs sur la terre de leurs ancêtres.

Le rabbin orthodoxe Marvin Hier, qui avait pris la parole publiquement lors de l’intronisation de Donald Trump le 20 janvier 2017, avait cité les Ecritures : « Si je t’oublie Jérusalem, que ma droite se paralyse », en bénissant le nouveau président des Etats-Unis, devant 30 millions d’Américains. Des paroles qui ont, semble-t-il, résonné aux oreilles du président.

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