La passion pour les vélos s'est emparée des hiérosolymitains

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les vélos électriques sans jamais oser le demander : décryptage de la nouvelle tendance qui envahit les rues de la capitale

By YAKIR FELDMAN
December 4, 2016 15:14
200 000 VAE ont été vendus en Israël ces dernières années, ils sont devenus omniprésents à Jérusalem

200 000 VAE ont été vendus en Israël ces dernières années, ils sont devenus omniprésents à Jérusalem. (photo credit: MARC ISRAEL SELLEM)

Quel a été le premier savant fou à établir l’axiome qui veut que le plus court chemin entre deux points soit une ligne droite ? Archimède, Pythagore ou Euclide ? Les opinions divergent sur le sujet. Quant à savoir quel est le moyen le plus efficace pour parcourir la distance qui sépare deux points à Jérusalem, la question est encore plus ardue. La capitale offre toute une gamme de moyens de transport pour arriver à destination : la voiture, le bus, le tramway, le taxi et, de plus en plus, les vélos électriques, désormais omniprésents dans la ville d’or. On estime à près de 200 000 le nombre de vélos à assistance électrique (VAE) achetés en Israël ces dernières années.

On les voit partout, mais doit-on pour autant envisager d’en faire l’acquisition ? Quelle est la nature de cette nouvelle folie de l’e-bike (prononcez ibaïke) ? Voici un bref tour d’horizon de la question.

Qu’est-ce qu’un VAE ?


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Un VAE (ou e-bike) est une bicyclette équipée d’un moteur électrique placé dans le moyeu arrière, qui aide à propulser le cycliste. Les e-bikes ressemblent plus à des vélos qu’à des motos. Pédaler reste nécessaire, mais le moteur – alimenté par une batterie amovible, que l’on recharge en la branchant sur une prise secteur – facilite grandement le processus.
On peut régler le niveau d’assistance désiré : la plupart des modèles offrent cinq niveaux de puissance du moteur, visant à optimiser la force donnée à hauteur de 10 % à 90 %. On peut également utiliser le VAE comme une bicyclette ordinaire, en se servant uniquement du pédalier, sans faire appel au moteur. Cela prolonge la durée de vie de la batterie et sa plage d’autonomie, en tirant parti des descentes et des zones de plat. L’effort supplémentaire fourni par le cycliste améliore ainsi sa condition physique. Une idée fausse assez répandue laisse entendre que le pédalage ou le freinage par récupération permet de recharger la batterie du VAE, ce qui n’est pas le cas.

Pourquoi tant de Hiérosolymitains optent-ils pour le vélo électrique ? Beaucoup considèrent les VAE comme une sorte de voiture du pauvre. Tandis que la possession d’une auto ou d’une moto peut représenter une perte de temps et d’argent considérable entre l’achat, l’entretien, le coût des leçons et du permis de conduire, l’assurance et la consommation d’essence, les VAE ne nécessitent rien de tout cela et offrent une certaine forme de liberté et de mobilité. Rien d’étonnant donc à ce que les acquéreurs se multiplient.

Auto, vélo ou VAE ?


De toute évidence, pour de longs trajets ou par mauvais temps, la voiture sera préférable. Mais pour un court déplacement, par une belle journée en centre-ville, la bicyclette à assistance électrique permet d’éviter les embouteillages et offre une alternative non seulement agréable mais souvent plus rapide que la voiture. Les e-bikes coûtent également beaucoup moins cher, à l’achat comme à l’entretien, que les automobiles et permettent de circuler dans des endroits inaccessibles en voiture. En outre, les vélos électriques sont bons pour la santé et pour le moral grâce à l’exercice physique qu’ils procurent, sans compter qu’ils sont aussi « écolos » de par leur empreinte carbone relativement réduite : rouler en VAE améliore la qualité de l’air urbain intra-muros, réduit les embouteillages et diminue la pollution sonore. Selon les rapports du ministère israélien de la Protection de l’environnement, les stations de surveillance de la qualité de l’air révèlent ainsi une forte chute de la pollution atmosphérique à Yom Kippour, la fête des vélos. « Cette baisse montre l’impact des véhicules sur la pollution dans les grandes villes, puisque la plupart des Israéliens ne conduisent pas en ce jour de fête », lit-on notamment.

Une fois parvenu à destination, on peut sauter de son vélo et le garer n’importe où, sans frais et sans prise de tête, et observer avec pitié les conducteurs frustrés faire trois fois le tour du pâté de maisons à la recherche d’une place de parking. Autre avantage non négligeable : le VAE permet d’attaquer les nombreuses côtes de Jérusalem beaucoup plus facilement que sur un vélo ordinaire. Les bicyclettes ordinaires, en revanche, en plus d’être meilleures pour la santé, sont, en général, plus aisées à manœuvrer (leur rayon de braquage, par exemple, est plus étroit). Elles sont souvent plus confortables et ergonomiques, et bien plus légères (environ la moitié du poids de leur équivalent à assistance électrique) et donc plus faciles à transporter, notamment pour monter et descendre les escaliers.

Les vélos électriques présentent en outre un danger accru sur la route, car ils permettent de rouler plus vite. Une mise en garde supplémentaire pour les utilisateurs d’e-bike : préparez-vous à essuyer les moqueries des cyclistes invétérés aux muscles saillants qui ondulent sous leurs Speedos, incapables de cautionner l’usage de vélos à assistance motorisée. Ils ne perdent rien pour attendre : ne manquez pas de les saluer avec le sourire lorsque vous doublerez tranquillement ces tourmenteurs musclés en sueur à l’attaque d’une pente raide.

Rien ne sert de courir




Conformément à la loi, les vélos à assistance électrique en Israël sont configurés avec une vitesse d’assistance motorisée maximale d’environ 25 à 30 km/h. A puissance maximale, ils peuvent rouler jusqu’à deux heures et parcourir jusqu’à 50 km avec une seule charge, selon le modèle et son mode d’utilisation. Il faut environ quatre à six heures pour recharger complètement une batterie.
Le prix d’un VAE neuf varie entre 4 000 et 9 000 shekels. Plus le modèle est cher, meilleure est la qualité des pièces et plus grande en sera sa performance. On trouve également des vélos électriques d’occasion à des prix très intéressants sur des sites Internet comme yad2.co.il. Parmi les accessoires en option à envisager : un siège pour enfant, une sonnette pour avertir les piétons et autres cyclistes de votre approche (les e-bikes sont si silencieux qu’ils peuvent prendre les gens par surprise), et un panier pour transporter les courses.

Précisons que les usagers ne sont pas autorisés à transporter leurs vélos électriques à l’intérieur des tramways ou des bus urbains, mais peuvent ranger leurs engins dans le compartiment à bagages des autobus interurbains. Israel Railways interdit aux usagers de transporter tous types de vélos en train, aux heures de pointe, du dimanche au jeudi de 6 à 9 heures et de 15 à 19 heures. Toutefois, s’il s’agit d’un modèle pliable, il n’y a aucune limitation. De fait, la plupart des modèles de vélos électriques possèdent des charnières qui permettent de plier le vélo pour en faciliter le transport.

A toute allure


L’âge minimum requis pour la conduite d’un VAE est de 14 ans. Jusqu’à 16 ans, les utilisateurs de vélos électriques doivent emprunter uniquement les pistes cyclables et ne peuvent rouler ni sur route ni sur les trottoirs. Au-delà de cet âge, ils peuvent rouler sur les pistes cyclables et sur la route en l’absence de voie réservée à cet effet (mais il leur est défendu de rouler sur le trottoir). Réflecteurs et phares sont obligatoires, tandis que l’utilisation des portables pendant la conduite est interdite.

La puissance maximale du moteur électrique ne doit pas dépasser 250 W. Il doit être activé par pédalage et doit être coupé complètement lorsque le cycliste cesse de pédaler et/ou lorsque la vitesse du véhicule est supérieure à 25 km/h. Les cyclistes de VAE qui passent au rouge ou n’empruntent pas les pistes cyclables lorsque celles-ci sont disponibles, sont passibles d’amendes. Enfin, il est recommandé de porter un casque, de conduire prudemment et de respecter les piétons ou autres véhicules à proximité. Alors qu’il n’est pas rare d’apercevoir des cyclistes en VAE en train de dévaler la rue de Jaffa à toute allure le long des rails de tramway, il faut savoir que cela est absolument interdit. Ces cyclistes risquent une contravention.

On voit parfois des vélos à assistance électrique rouler à une vitesse particulièrement élevée sans que le cycliste n’ait besoin de pédaler. Modifient-ils illégalement leurs engins ? Certains réparateurs sans scrupule acceptent de modifier les VAE, moyennant finances, pour leur permettre de rouler sans l’aide des pédales à des vitesses qui dépassent considérablement les limitations autorisées. Sur demande, ces derniers peuvent même installer des moteurs plus puissants que ceux légalement permis, ainsi que des accélérateurs pour contrôler la vitesse comme sur les motos. Cela est tout à fait illégal et dangereux. C’est pourtant beaucoup plus fréquent qu’on ne l’imagine, et ces modifications ont fait de nombreux blessés, parfois même des morts en Israël et dans le monde entier.

Prudence et longueur de temps

Les problèmes de sécurité relatifs aux VAE sont réels. Trop souvent, des adolescents avec une piètre expérience de la conduite sur route sont victimes ou causes d’accidents. D’autant plus s’ils roulent avec des écouteurs. Un tel comportement est à la fois dangereux et irresponsable et peut parfois avoir de graves conséquences.
L’an dernier, à Tel-Aviv, un octogénaire de Guivatayim a ainsi trouvé la mort après avoir été heurté par un cycliste. Les chiffres fournis par la police font état de 150 blessés dans des accidents impliquant des vélos électriques et des scooters en 2014. Selon Maya Siman-Tov de l’Institut Gertner d’épidémiologie et de recherche sur les politiques de la santé, au cours du premier semestre de l’an passé, plus de 10 personnes par mois ont été hospitalisées suite à de tels accidents, dont 10 % dans un état grave. Parmi les blessés, on compte 14 % de piétons, le reste étant les conducteurs de VAE eux-mêmes. Ces chiffres indiquent une hausse de 237 % sur la même période par rapport à l’année précédente.
Un autre problème lié à la sécurité des vélos électriques a trait aux brûlures et blessures causées par la surcharge ou la perforation de batteries puissantes. Un phénomène cependant assez rare, qui ne touche que les modèles bas de gamme de VAE.

Le problème des vols

L’autre problème lié aux vélos électriques est celui des vols. Leurs pièces détachées, notamment les batteries, ont une forte valeur marchande et représentent ainsi une cible lucrative pour les voleurs. Il est donc conseillé aux propriétaires de VAE de retirer la batterie lorsque le vélo est garé dans un lieu public non protégé.
Qu’en est-il de l’entretien ? Les VAE ne nécessitent généralement aucun entretien particulier. Ils se composent essentiellement de pièces de bicyclettes traditionnelles. Quant aux éléments électriques, bien protégés de la pluie, ils ne comptent que peu de pièces mobiles susceptibles de s’user. Les batteries de bonne qualité peuvent être rechargées fréquemment et servent des années durant sans nécessiter de remplacement. Quelles nouveautés se profilent à l’horizon dans ce domaine ? Les vélos électriques se sont considérablement perfectionnés depuis leur apparition sur le marché local il y a quelques années, et leur développement se poursuit.

Par exemple, les cadres deviennent plus solides tout en étant plus légers. La suspension s’améliore pour une conduite plus douce. Les nouvelles batteries sont conçues pour durer plus longtemps, tandis que les modèles sont de plus en plus attrayants et variés. Il existe également des applications innovantes connectées aux téléphones portables qui fournissent une gamme de données et de capacités technologiques sophistiquées.

Le peuple du cycle

Serions-nous devenus le peuple du cycle ? Si certains, parmi les acheteurs de vélos électriques, finissent par les trouver indispensables, d’autres en revanche se demandent quelle mouche les a piqués et délaissent rapidement leur VAE pour un moyen de locomotion plus classique. Le scénario idéal pourrait être de posséder un éventail d’options variées au choix : automobile, bicyclette et vélo à assistance électrique, ainsi qu’une carte de transport mensuel Rav-Kav pour bus et tramway, à utiliser au gré de ses humeurs ou suivant les circonstances.
Nous sommes loin d’être le peuple du cycle : Jérusalem n’est pas encore au niveau des métropoles où le deux-roues est roi. Les Hiérosolomytains en visite à Copenhague ou Amsterdam ne cessent d’ailleurs de s’extasier devant la prédominance des bicyclettes. La capitale hollandaise compte, par exemple, près de trois fois plus de vélos que d’automobiles.

Nul besoin d’être Archimède, Pythagore ou Euclide pour conclure que les deux-roues ont un effet bénéfique sur la santé, l’environnement, la mobilité urbaine et la qualité de vie. Pour améliorer l’infrastructure cycliste de la ville, la municipalité de Jérusalem se doit de prendre des mesures telles que celles qui ont fait leurs preuves dans d’autres grandes agglomérations du monde, comme la création d’un réseau de pistes cyclables protégées.
De quoi encourager le cyclisme et permettre de pédaler en toute sécurité d’un point A à un point B, afin de voyager – et de respirer – en toute liberté.

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