Le silence et l’oubli

La Shoah et la collaboration seront-ils bientôt des sujets tabous ?

By MICHELE MAZEL
February 4, 2018 15:44
2 minute read.
Le silence et l’oubli

Stèle dédiée au souvenir du pogrom de Jedwabne (Pologne) en 1941. (photo credit: WIKIPEDIA)

Les rescapés de l’Holocauste, ces survivants des camps de la mort, disparaissent les uns après les autres, tandis qu’un peu partout en Europe, on sent une sourde volonté de tourner la page, d’oublier la part prise par les populations dans le déroulement du drame, par action ou par omission. Comment ne pas penser à cette réflexion du grand penseur que fut Edmond Burke : « Pour que le mal triomphe, seule suffit l’inaction des hommes de bien. »

On entend trop souvent dire aujourd’hui : « Ce fut certes un épisode tragique, mais les Allemands en portent seuls la responsabilité. » On l’a vu lors de la commémoration de la rafle du Vel d’Hiv en juillet dernier, quand l’extrême gauche de Mélenchon et l’extrême droite de Marine Le Pen, ont proclamé, chacune de leur côté, que la France ne portait pas la responsabilité de ce crime exécuté il y a plus de trois quarts de siècle par des policiers français sur ordre de l’occupant allemand. Quand on évoque les mesures prises contre les juifs, les spoliations cautionnées par l’Etat, la réponse est trop souvent que « Vichy n’était pas la France. »

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Aujourd’hui, c’est au tour du gouvernement polonais, qui menace des foudres de la loi quiconque oserait accuser la Pologne d’avoir pris part à l’Holocauste. C’est tout juste s’il est prêt à admettre du bout des lèvres qu’ici et là, et à titre tout à fait individuel, un Polonais s’est peut-être livré à des actes contre les juifs. Bien sûr, les Polonais se sont battus courageusement contre les Allemands, faisant souvent preuve d’un héroïsme incontestable. Ils ont payé un lourd tribut pour leur résistance, et il n’y a pas eu de collaboration officielle entre Varsovie et Berlin, comme ce fut hélas le cas en France. Seulement la Pologne n’est toujours pas prête à regarder en face son passé d’antisémitisme virulent, et la longue suite d’atrocités commises par certains de ses citoyens. Si un grand nombre d’entre eux ont sauvé ou caché des juifs pendant la guerre, d’autres ont trouvé du travail dans les camps de concentration, dénoncé ou livré leurs voisins juifs aux nazis, quand ils ne les attaquaient pas eux-mêmes.

Qui se souvient du massacre de Jedwabne ? Dans cette petite ville où vivaient des juifs depuis des générations, le 10 juillet 1941 une quarantaine d’entre eux ont été pourchassés et enfermés dans une grange à laquelle leurs concitoyens et voisins ont mis le feu. Cinq ans plus tard, alors que la quasi-totalité des trois millions et demi de juifs de Pologne avait été exterminée, environ 150 rescapés juifs étaient rentrés chez eux dans la petite ville de Kielce. Il a suffi d’une accusation de crime rituel – les juifs auraient tué un enfant chrétien pour faire, avec son sang, des azymes pour la Pâque ! – pour que le 4 juillet 1946, la populace déclenche un véritable pogrom faisant 40 morts et 80 blessés.
Sera-t-il donc interdit désormais d’évoquer ces drames et tant d’autres ? Edmond Burke a également dit que ceux qui ne connaissent pas l’histoire sont condamnés à la répéter.

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