L’horizon pour limite

Les stars paralympiques israéliennes Moran Samuel et Pascale Berkowitz sont un modèle de courage et une source d’inspiration

By PATRICIA GOLAN
January 21, 2018 16:45
L’horizon pour limite

Moran Samuel aux Jeux paralympiques de Rio en 2016. (photo credit: DETLEV SEYEB / KEREN ISAACSON)

 
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«Les deux choses auxquelles chaque personne en fauteuil roulant pense en sortant de chez elle le matin sont : vais-je trouver à me garer facilement, et les toilettes seront-elles accessibles aux handicapés ? » La championne israélienne paralympique, Moran Samuel, ne plaisante qu’à moitié en disant cela, alors qu’elle est en route pour l’une de ses conférences. Ce jour-là, elle doit s’adresser à des enseignants du primaire à Petah Tikva.
La jeune femme de 35 ans, championne d’aviron monoplace adapté, s’est levée à 5 heures du matin et s’est entraînée durant deux heures sur le Yarkon à Tel-Aviv. Elle reprendra sa musculation plus tard dans la journée, en soulevant des poids à la salle de gym.

Israël est l’un des premiers pays au monde à avoir développé les sports paralympiques, et reste leader dans ce domaine. Si les athlètes, en particulier les athlètes olympiques, apparaissent comme surhumains aux yeux du commun des mortels, ceci est encore plus vrai concernant les participants aux Jeux paralympiques, qui semblent animés de forces surnaturelles.

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L’art du rebond

A l’âge de 24 ans, Moran, joueuse de basket-ball accomplie avec une brillante carrière devant elle, subit un accident vasculaire cérébro-spinal très rare, qui la laisse paralysée à 70 %. « Pour n’importe qui, cela aurait été un choc dévastateur, mais je ne suis pas une femme comme les autres », raconte-t-elle. « Je suis une athlète professionnelle depuis l’âge de 15 ans, joueuse de basket et coach. Je poursuivais des études de physiothérapie au moment de l’accident. Du jour au lendemain, je me suis retrouvée dans un monde complètement différent : mon corps n’existait plus. »

Sportive depuis l’âge de 9 ans, la jeune femme sert dans l’armée de l’air israélienne, grâce à un curriculum spécial pour les athlètes de première division, qui lui permet de jouer au basket dans l’équipe nationale sans quitter l’armée. Elle travaille également comme prof de sport, notamment auprès d’enfants aux besoins spéciaux. « Cela exige une patience infinie. On est entraîneur ou on ne l’est pas ! C’est une question de disposition naturelle, il faut aimer le métier », affirme-t-elle. « A la suite de ma paralysie, j’ai renoncé à tout, sauf à mes études. J’ai obtenu une maîtrise en physiothérapie, et travaillé avec des enfants handicapés. Je ne pensais pas me remettre au sport, mais le basket m’a rappelée. »

La communauté paralympique souhaitait remettre sur pied l’équipe féminine de basket-ball en fauteuil roulant et recherchait des joueuses. « Il m’a fallu un temps de réflexion », se souvient Moran. « Je ne voulais pas avoir de nouveau affaire au monde qui avait été le mien et que j’avais perdu. Psychologiquement, c’était aussi très dur de penser que j’allais jouer en fauteuil roulant. Mais dès le premier entraînement, je suis de nouveau tombée amoureuse de cet univers : le parquet, le ballon, le panier, c’était ce dont j’avais besoin. J’étais de nouveau dans mon élément ! »

Ceux qui n’ont jamais assisté à un match de basket en fauteuil roulant n’ont aucune idée de ce que cela représente. C’est un sport féroce et palpitant. Le jeu est du même niveau que le basket-ball ordinaire. Les joueurs utilisent des chaises légères spécialement conçues pour pouvoir tourner sur place. « Je suis une sportive dans l’âme. Je savais que je devais m’accrocher et ne pas baisser les bras. »
Très vite, Moran est nommée capitaine : elle mènera l’équipe en championnat d’Europe à deux reprises, jouera avec l’équipe masculine en première division et sera élue, par deux fois, l’une des cinq meilleures joueuses israéliennes de basket en fauteuil roulant.

Vaincre le fauteuil symbolique


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Pour passer du ballon à l’aviron, il lui faudra un petit coup de pouce de Cupidon. Le skiff exige du rameur qu’il propulse le bateau vers l’arrière à l’aide de deux rames. Moran Samuel se met à ce sport sur l’impulsion de Limor Goldberg, membre du comité paralympique, mais également rameuse, qui pense que la championne de basket a une carrière prometteuse en sport individuel. « Je me suis dit : “pas de problème, si m’asseoir dans un bateau peut me faire marquer des points.” »

Son amour naissant pour Limor Goldberg lui a insufflé encore plus de motivation. Un an après, les deux jeunes femmes se sont mariées à New York. Deux ans plus tard, Moran Samuel représentait Israël aux Jeux paralympiques de Londres, frôlant d’une seconde la médaille de bronze. En 2014, elle remporte une médaille d’argent aux Championnats du monde d’aviron ; 2015 sera incontestablement son année : elle décroche la médaille d’or aux Championnats du monde et se voit élue athlète paralympique de l’année en Israël et athlète paralympique de l’année au sein de la Fédération mondiale d’aviron. Suivront les Jeux paralympiques de Rio en 2016 où elle gagne le bronze ; c’est aussi l’année de la naissance de son fils, justement nommé Arad (bronze, en hébreu). « Je ne pleure jamais, mais quand j’ai reçu ma médaille et assis mon fils sur mes genoux, je n’ai pas pu retenir mes larmes. »

Aujourd’hui, à côté de son entraînement quotidien rigoureux pour les Jeux paralympiques d’aviron, elle trouve encore le temps de jouer au basket et travaille à temps partiel comme physiothérapeute pédiatrique. Elle aide notamment les jeunes enfants qui rencontrent des problèmes de développement.
« Ce n’est pas l’aspect extérieur qui définit la personne. Il faut que les enfants sachent quels sont leurs points forts », conseille Moran à son auditoire d’enseignants. La sportive est en effet membre d’une élite d’athlètes paralympiques qui parcourent les routes, tant en Israël qu’à l’étranger, et parfois à titre bénévole, pour donner des conférences visant à motiver le public. « Quand j’ai commencé à raconter mon histoire, j’ai réalisé que cela dépassait le cadre de ma vie personnelle. J’ai décidé d’analyser ce qui m’avait permis de surmonter l’épreuve, de revenir au sport, et j’ai choisi de verbaliser mon expérience individuelle pour en faire quelque chose d’universel. Nous sommes tous confrontés à un fauteuil « métaphorique ». Je détiens en moi les clés de ma propre force », conclut Moran Samuel.

Contre vents et marées

Pascale Berkowitz est une autre star paralympique israélienne notoire. Ancienne gymnaste, Pascale, âgée de 17 ans, perd ses deux jambes après avoir glissé sur les rails à l’arrivée d’un train qui lui roule dessus, en Picardie, dans le Nord de la France. Dès sa sortie de l’hôpital, elle fait son aliya. Arrivée en Israël, elle se porte volontaire pour servir dans Tsahal, devenant ainsi la première femme soldat en fauteuil roulant.

L’expression « contre vents et marées » semble presque un euphémisme la concernant. « Je sais que pour certains, le handicap peut représenter la fin du monde », déclare la sportive aujourd’hui âgée de 50 ans. « Il y a beaucoup de choses que je ne peux pas réaliser, mais je fais de mon mieux. Avoir pris la décision consciente de transformer l’accident qui m’a privée de mes jambes en source de motivation intérieure, voilà ce qui me donne la force de continuer. Aller de l’avant, toujours plus haut, toujours plus loin, c’est ma devise. Rien n’est impossible. »

Pascale est la première personne au monde à avoir participé à trois Jeux paralympiques dans trois sports différents : Pékin 2008 en aviron, Londres 2012 en cyclisme manuel, et Rio 2016, en kayak. Elle remporte ensuite une médaille d’argent lors de la Coupe du monde de kayak, en Hongrie, en 2017. Autant d’exploits qui lui valent d’être l’une des 14 femmes à avoir été choisie pour allumer une torche lors de la cérémonie du Jour de l’Indépendance d’Israël, en 2014. Maman comblée de deux petites filles, Pascale est journaliste et réalisatrice. Dans ses moments de libre, elle pratique également l’escalade, le surf et la danse.
Militante pour la défense des droits des handicapés en Israël, la sportive est bénévole au sein de l’association Access Israël et rend visite aux grands blessés hospitalisés. « Je me rends à l’hôpital entourée de mes deux filles pour prouver que même en fauteuil roulant, on peut accomplir beaucoup, comme être mère, par exemple. »

Le nerf de la guerre


Les tournées de conférences pour lesquelles elles affichent complet permettent à Moran Samuel et Pascale Berkowitz d’améliorer sensiblement leurs revenus. Cela vient compenser le coût élevé de leurs entraînements. Malgré tout, les sponsors privés demeurent une nécessité : la modeste allocation que perçoit Pascale Berkowitz en tant que membre de l’équipe paralympique nationale, ne suffit même pas à couvrir ses dépenses en compléments alimentaires, et elle ne bénéficie d’aucune couverture sociale en cas de maladie ou de blessure.
A un moment où les handicapés en colère exigent que leurs prestations d’invalidité s’alignent sur le salaire minimum, les sportifs paralympiques israéliens sont constamment en recherche de financement adéquat. Jusqu’à présent, ils ne bénéficiaient que d’une portion congrue de fonds publics, mais cela devrait changer d’ici peu. « Nous faisons pression pour cela depuis des années », déclare Ron Bolotin, le directeur du Comité paralympique israélien et de l’Association sportive israélienne pour les personnes handicapées à Tel-Aviv. « Nous avons enfin obtenu la reconnaissance officielle du ministère des Sports, conscient de l’impact du sport paralympique sur l’image du pays. »

« Les Jeux paralympiques sont devenus totalement professionnels », explique Ron Bolotin. « Aujourd’hui, de nombreux pays ont saisi cette nouvelle opportunité et investi beaucoup d’argent dans ce domaine. Bien que le niveau des sportifs israéliens soit extrêmement élevé, nos victoires sont bien moins nombreuses que par le passé. Les athlètes internationaux commencent généralement à s’entraîner dès l’enfance, mais la plupart des athlètes israéliens ne démarrent leur carrière qu’une fois handicapés, à l’adolescence ou au début de leur vie d’adulte. De nos jours, la compétition internationale est telle que si l’on ne commence pas à travailler avec les enfants dès leur plus jeune âge, il est très difficile d’atteindre les premières marches du podium », assure le directeur du Comité paralympique.

« L’un de nos soucis majeurs est de nous faire connaître auprès du public », poursuit-il. « C’est l’avenir des Jeux paralympiques : nous n’avons pas encore touché la majorité des futurs athlètes handicapés. Pour cela, il nous faut avoir recours à la publicité. » A cette fin, le ministère de la Culture et des Sports a lancé une initiative il y a quatre ans afin de repérer et de promouvoir les futurs champions olympiques et paralympiques potentiels dès leur plus jeune âge.

« La professionnalisation des sports paralympiques nécessite des ressources supplémentaires et un dévouement accru de la part des athlètes », commente Boaz Kramer, le directeur exécutif du Centre sportif israélien pour handicapés. « Les athlètes doivent consacrer leur temps à s’entraîner, ce qui soulève de nombreuses questions déontologiques quant à la légitimité de telles pratiques : les personnes handicapées doivent-elles vraiment être soumises à de telles pressions ? »

Le centre sportif de Ramat Gan est le principal facilitateur des programmes sportifs pour les jeunes handicapés. Quelque 300 jeunes athlètes participent à ces programmes, qui dépendent dans une large mesure de dons privés. Amit Vigoda, 15 ans, est l’un des plus jeunes membres du réseau de conférenciers handicapés à se rendre en tournée à l’étranger, afin de recueillir des fonds au profit du centre. Il s’adresse aussi localement aux parents d’enfants handicapés pour leur parler des bienfaits du sport qu’il affectionne, le basket. Il est tombé amoureux du ballon orange lorsqu’il vivait avec sa famille en Californie. Aujourd’hui, il est l’un des plus jeunes athlètes de l’équipe de première division d’Ilan Ramat Gan. Il fait la navette pour venir s’entraîner presque tous les jours, depuis son domicile près de Beersheva. « Un jour, je serai le meilleur joueur de basket en fauteuil roulant au monde », déclare-t-il.

La championne Moran Samuel ne peut que l’encourager à poursuivre dans cette voie : « Depuis que je pratique le sport en fauteuil roulant, je me plais à répéter que si, selon l’expression anglaise, “the sky is the limit” (le ciel pour seule limite), de mon côté, à chaque défi relevé, je repousse l’horizon encore plus loin. »

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