La droite israélienne et sa solution à un Etat

Des alternatives au paradigme de deux Etats pour deux peuples font des émules.

By LESLY SUSSER
August 6, 2013 12:05
Selon le bureau central des statistiques, le ratio est de 6 Juifs pour 4 Palestiniens.

P11 JFR 370. (photo credit: Reuters)

 
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Maintenant que John Kerry a annoncé victorieusement la reprise des négociations israélo-palestiniennes, l’aile droite du Likoud revient en force avec sa proposition originale d’un seul Etat, comme pour contredire Shimon Peres qui affirme qu’il n’y a pas d’alternative à une solution à deux Etats pour deux peuples et que toute autre proposition serait un non-sens et déclare : « Il est impossible d’avoir la paix dans un pays avec des individus aussi dissemblables. Cela ne servirait qu’à perpétuer le conflit, pas à construire la paix. » 


Le fait que Peres se soit senti contraint de faire cette déclaration prouve à quel point les arguments de l’aile droite en faveur d’un seul Etat ont le vent en poupe et gagnent du terrain. Et plus Kerry va marquer des points en faveur de la solution à deux Etats, et plus l’aile droite va intensifier la promotion de sa proposition en vue de lui faire obstacle, prête à investir le vide laissé par un possible nouvel échec des négociations, à l’exploiter en sa faveur. Et ce, surtout si les jeunes faucons du Likoud continuent leur ascension au sein du parti et pour le cas où le Likoud demeurerait le parti majoritaire au pouvoir.



Cette puissante combinaison d’une idéologie radicale repose sur l’idée maîtresse que les Palestiniens vont très certainement résister à toute avancée vers la paix.

Cette fameuse alternative émane de la droite de la droite et prône un seul Etat. Elle propose ainsi d’annexer la Judée-Samarie à l’Etat d’Israël et d’octroyer aux Palestiniens une pleine citoyenneté israélienne, y compris le droit de vote pour élire les députés à la Knesset.

Suggérée il y a cinq ans par le journaliste Ouri Elitzour (chef du cabinet de Binyamin Netanyahou à la fin des années 1990), elle est aujourd’hui largement soutenue par la ministre des Transports Tzipi Hotovely qui en fait une promotion active. Et l’idée gagne du terrain auprès des ministres du Likoud et parmi ses électeurs, avec une influence qui va croissant, au-delà même du parti.

Pour les ténors de la droite, les avantages sont évidents : Israël garderait les implantations érigées sur les sites bibliques, assurerait la sécurité de toute la Judée-Samarie et tout cela sous une bannière démocratique afin de recueillir les suffrages de la communauté internationale qui n’aurait plus qu’à applaudir.

La bataille démographique

D’un point de vue démographique, ce plan B a gagné en faisabilité depuis deux événements majeurs : le retrait unilatéral de Gaza d’une part, qui a exclu 1,5 million de Palestiniens de cette équation, et un recensement de la population palestinienne, mené par le groupe de recherche américano-israélien de démographie, un organisme qui penche à droite et a revu les taux de croissance de la population arabe à la baisse, en comptabilisant 1 million de Palestiniens de moins qu’initialement prévu. Autrement dit, des statistiques qui semblent teintées d’opportunisme politique.


Pour Hotovely, cela signifie qu’une fois la Judée-Samarie annexée, les Juifs seraient majoritaires à raison de 7 pour 3 Palestiniens, et qu’il n’y a aucun risque pour la communauté juive d’être dépassée par la natalité des Arabes palestiniens.

Mais selon la Haute Administration des territoires de Judée-Samarie et le bureau central des statistiques, le ratio est plus près des 6 pour 4. Et si Gaza était inclus dans cette partition, ce qui serait probablement le cas à la demande même des Palestiniens, une parité virtuelle serait acquise d’emblée.

Ces conclusions sont confirmées par des experts notoires comme Sergio Della Pergola de l’Université hébraïque et Arnon Sofer de l’Université de Haïfa, qui ne relèvent pas moins de 21 affirmations erronées dans le rapport de la commission américano-israélienne.

Une démocratie à deux vitesses

Mis à part ces considérations démographiques, cette solution soulève aussi des questions sur le plan démocratique. Par exemple Hotovely voudrait que la législation entérine le statut juif de l’Etat, alors même que la majorité juive au sein de l’Etat ne serait pas assurée. Israël assurerait la sécurité dans les villes à majorité palestiniennes et superviserait les cursus éducatifs des Palestiniens.

Autre point qui fait débat : la nationalité israélienne ne serait pas automatiquement accordée à tous les Palestiniens. Selon les différentes versions de cette approche, il y aurait un processus de 5 ans avant qu’ils puissent bénéficier de la nationalité, assorti d’une étude de la langue hébraïque, de la culture israélienne, après quoi les postulants devraient jurer loyauté et fidélité à l’Etat. Une procédure qui ressemble en tout point à celle en vigueur aux Etats-Unis et s’applique aux postulants à la naturalisation, mais les candidats à l’immigration aux USA le sont de leur plein gré, alors que les Palestiniens nés dans les territoires disputés ne voudront peut-être pas faire partie du Grand Israël.

Certains défenseurs de ce plan – ceux qui semblent moins sûrs des statistiques — prévoiraient aussi quelques restrictions au droit de vote des Palestiniens pour élire les membres de la Knesset. Le ministre du Logement, Ouri Ariel, du parti HaBayit HaYehoudi, suggère ainsi une transition qui irait de la proportionnelle à une représentativité directe pour les élections municipales d’abord, suggérant un charcutage savant des circonscriptions, afin d’assurer une majorité juive écrasante. Par exemple en incorporant des régions à forte majorité palestiniennes avec des zones à majorité juive, c’est-à-dire en faisant fusionner Djénine avec Afoula, Naplouse avec la plaine côtière du Goush Dan, Ramallah avec la Jérusalem unifiée etc.

Une solution à problèmes

Hotovely qui semble aussi quelque peu douter de cette suprématie démographique juive propose de booster la population juive par une aliya massive. Le but étant d’accueillir un million d’immigrants en une décennie. Mais d’où viendraient-ils ? Et que faire de l’immigration palestinienne concomitante ? D’autres contradictions internes viennent encore corser le problème. Par exemple après avoir réussi leur processus de naturalisation puis promis fidélité à l’Etat, les Palestiniens devraient-ils servir sous les drapeaux et, quand bien même ils le souhaiteraient, cela leur serait-il permis ? Il est au contraire plus probable qu’ils rejettent le processus de naturalisation en bloc, préférant continuer leurs pressions séparatistes, très vraisemblablement avec violence.

De plus, ils clameraient dans l’arène internationale qu’Israël ne ferait que perpétuer son occupation sous une autre forme.

Israël serait alors inévitablement blâmé pour ce conflit récurrent, et plus que jamais exposé aux campagnes de dé légitimation. L’Etat pourrait se retrouver confronté à des sanctions économiques et contraint par la communauté nationale d’accepter le ratio d’un vote par individu sans restriction, ce qui conduirait à terme à une très possible majorité arabe aux commandes du pays. Un scénario cauchemardesque pour beaucoup.

La partition à 3 Etats et autres initiatives

D’autres leaders de droite sont plus circonspects. Alléguant que la solution d’un seul Etat menacerait la majorité juive et les normes humanitaires internationales, le ministre de l’Economie Naftali Bennett, propose un plan en 7 points pour gérer la situation à un seul Etat, mais pas pour solder le conflit.



Sous l’appellation d’« Initiative pour une stabilité israélienne », le gouvernement annexerait la zone C, qui correspond à 61 % de la Judée-Samarie où résident la majorité des 300 000 habitants des implantations et seulement 50 000 à 100 000 Palestiniens. Les Palestiniens en nombre relativement faible en zone C obtiendraient alors la pleine nationalité israélienne sans que cela ne pèse de manière significative dans la balance démographique. Et les 2,5 millions restant, installés sur 39 % des terres seraient pleinement autonomes sous administration palestinienne.

La libre circulation des biens et des personnes serait assurée dans toute la Judée-Samarie et des investissements massifs seraient déployés pour promouvoir cette coexistence et assurer sa viabilité. Israël continuerait d’assurer sa sécurité dans toute la zone et aucun droit au retour dans ces territoires ne serait accepté.

Mais tout comme la solution à un Etat, il y a fort à parier que ce plan Bennett serait lui aussi désapprouvé par les Palestiniens et la communauté internationale. Après tous les événements qui ont marqué l’après-Oslo, aucun Palestinien n’accepterait de n’obtenir que 40 % des territoires disputés. De plus, en annexant irrémédiablement la zone C, le « plan de stabilité » infirme définitivement la viabilité d’un Etat palestinien vivant en paix à côté d’Israël.

Pour tenter de remédier à ces écueils, le ministre de la Défense, le député Danny Danon, nouvellement élu président du comité du Likoud, propose quant à lui ce qu’il appelle une solution à 3 Etats, qui impliquerait Israël, la Jordanie et l’Egypte.

Dans cette variation, Israël annexerait la zone C, les 40 % de la Judée-Samarie restants iraient à la Jordanie et Gaza serait rattachée à l’Egypte. Danon y voit l’avantage qu’il n’y aurait pas dans ce cas d’Etat palestinien proprement dit. Mais c’est justement le talon d’Achille de cette variation, qui ne trouverait preneur, ni chez les Palestiniens, ni chez les Jordaniens, ni chez les Égyptiens, et n’aurait pas non plus les faveurs de la communauté internationale.

Une confédération d’Etats

Une proposition beaucoup plus sophistiquée, qui impliquerait aussi la Jordanie et l’Egypte, est celle proposée par le général de réserve Giora Eiland, autrefois conseiller à la Sécurité nationale, et qu’il a exprimée pour la première fois à l’occasion du retrait unilatéral de Gaza en 2005.




Eiland avance de nombreuses raisons, pour affirmer que la solution à deux Etats est une chimère qui n’a aucune chance de fonctionner sur le terrain. D’une part parce que les deux populations sont trop différentes et que d’autre part, quand bien même ils tomberaient d’accord sur un certain nombre de points, les terres situées entre le Jourdain et la Méditerranée sont trop étroites pour permettre la viabilité de deux Etats côte à côte.

De plus Eiland maintient qu’une solution intérimaire comme celle de Bennett n’est pas envisageable, d’une part parce que les Palestiniens ne l’accepteraient jamais, et d’autre part parce que ce ne serait pas dans l’intérêt d’Israël qui connaîtrait des pressions internationales constantes pour effectuer d’autres retraits dans les lignes d’armistice du 4 juin 1967, pressions qui deviendraient vite intenables.

C’est pourquoi il envisagerait pour sa part une confédération d’Etats, ce qui permettrait d’augmenter les terres disponibles attribuées à chaque Etat. Une fédération jordano-palestinienne aurait son pouvoir central à Amman. La Judée-Samarie, Gaza et la Transjordanie seraient des Etats fédéraux en accord avec la partition américaine.

Un tel arrangement présenterait un double avantage, d’une part les Palestiniens alignés avec les Jordaniens, auraient une viabilité plus grande que dans la partition qui propose deux Etats, et Israël pourrait annexer une partie plus importante des territoires disputés sans que cela se fasse au détriment de la viabilité d’un état palestinien minuscule et isolé.

L’Egypte, Israël et la Palestine se verraient contraints à des échanges territoriaux. Dans cette variation, l’Egypte transférerait les 720 km2 du Sinaï à Gaza, triplant ainsi sa taille. La Palestine céderait 12 % (environ 720 km2) de la Cisjordanie à Israël. Israël céderait 720 km2 à l’Egypte dans la région du Paran au sud-ouest du Néguev et autoriserait la construction d’un tunnel dans le Néguev qui relierait l’Egypte à la Jordanie, offrant à l’Egypte un débouché sur la mer Rouge et une voie terrestre directe qui ouvrirait sur l’Arabie Saoudite et les pays du Golfe.

Le problème évident qui ressort de toutes ces réflexions, c’est qu’il est très peu probable que les Jordaniens, les Egyptiens ou les Palestiniens soient prêts à accepter l’une ou l’autre de ces partitions, même partiellement, ni même d’envisager quelque combinaison que ce soit aménagée à partir de ces options.

Tous les regards se tournent alors vers Kerry qui vient de parvenir à ramener les parties à la table des négociations, et Peres, qui exhorte les Israéliens à ne pas laisser passer cette chance d’en finir avec le conflit. Reste à voir si les sceptiques ont raison de ne pas y croire. Un échec des pourparlers ne manquerait pas de donner un coup de fouet aux différentes initiatives de la droite de la droite.

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