Le lot de consolation d’Abbas

Les Palestiniens célèbrent l’accord d’Israël de libérer 104 de leurs prisonniers.

By JIHAN ABDALLA
August 13, 2013 13:37
Une habitante du camp de Gaza tenant une affiche de son fils purgeant une peine de prison de 22 ans.

P10 JFR 370. (photo credit: Suhaib Salem/Reuters)

 
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Passé les ruelles étroites et encombrées du camp de réfugiés de Dehaishe, à Bethléem, en Judée-Samarie, Amoun Abed Rabbo, 81 ans, vide lentement un sac de draps – la touche finale à l’appartement tout neuf qu’elle finit de préparer pour son fils qui devrait bientôt être libéré de prison. Issa Abed Rabbo, 51 ans, purge une peine de 99 ans pour avoir assassiné un couple d’Israéliens en 1984. Il a déjà passé 29 ans derrière les barreaux. C’est le plus ancien prisonnier palestinien de Judée-Samarie.


Le « doyen des détenus » pourrait rentrer chez lui dès le 13 août. Sous l’impulsion américaine, le cabinet israélien a approuvé, le 28 juillet dernier, la libération de 104 incarcérés de longue date, pour aider à la relance des négociations avec les Palestiniens.




Vêtue d’une longue robe noire traditionnelle et coiffée d’un foulard blanc, Abed Rabbo se dit soulagée, après près de trois décennies de visites dans les prisons et d’inquiétude constante, à l’idée que son fils, qui a vu tant de prisonniers aller et venir, pourrait être enfin libéré. « Il a déjà passé les deux tiers de sa vie en prison », déclare Abed Rabbo. « Il a le droit de vivre les années qui lui restent chez lui. » Les murs de sa salle de séjour sont couverts de photos de son fils prises au fil des ans. La dernière montre un homme mince, chauve et rasé de près, dans un uniforme de prisonnier brun, souriant légèrement.

« Tout le camp de réfugiés va fêter l’événement, danser et chanter dans les rues le jour où Issa va rentrer à la maison », indique Majed Hamad, un voisin. « Ce sera comme un grand mariage. » Les Palestiniens considèrent les détenus dans les geôles israéliennes comme des héros, symboles de la lutte pour l’indépendance. Et la libération de chacun d’entre eux est cause de réjouissances publiques.

Israël, qui compte quelque 4 800 incarcérés dans ses prisons, affirme que la majorité sont des terroristes qui ont du sang sur les mains.

Une seule demande validée

Le chef de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, a longtemps exigé la libération des prisonniers détenus par Israël antérieurement à la signature des accords d’Oslo, en 1993, l’accord de paix intérimaire qui a conduit à la création de l’Autorité palestinienne.


Le principal négociateur palestinien Saeb Erekat a salué l’initiative, qui, selon lui, arrive avec 14 ans de retard. « Cette décision du cabinet israélien est une mesure que l’on attendait depuis longtemps, en application de l’accord de Charm el-Cheikh de 1999, par lequel Israël s’est engagé à libérer tous les prisonniers d’avant Oslo », souligne-t-il dans un communiqué.

De leur côté, les Etats-Unis cherchent à négocier un accord pour une solution à deux Etats, qui passe par l’établissement d’un Etat palestinien indépendant en Judée-Samarie, Jérusalem-Est et dans la bande de Gaza, capable de coexister pacifiquement aux côtés d’Israël. Le secrétaire d’Etat John Kerry a ainsi effectué six voyages au Moyen-Orient en moins de six mois depuis sa prise de fonctions. Et réussi à amadouer Palestiniens et Israéliens pour les amener à reprendre les négociations le 30 juillet, après presque trois ans d’impasse politique. Kerry a surtout exhorté les deux parties à faire des « compromis raisonnables » dans l’objectif de parvenir à un accord sur le statut final d’ici neuf mois.

Au menu des exigences palestiniennes préalables à la reprise des pourparlers : la libération des anciens prisonniers, un gel des constructions dans les implantations de Judée-Samarie et une garantie que les négociations sur les frontières seront basées sur les lignes d’avant la guerre des Six Jours de 1967.

Israël n’a accédé qu’à une seule demande, celle de relaxer les détenus en gage de bonne volonté, relaxe qui se déroulera en quatre étapes, en fonction des progrès des négociations.

Rien n’a changé

Cela peut certes apparaître comme une victoire pour Abbas. Mais les analystes estiment, au contraire, qu’une libération des prisonniers permettra à Netanyahou de contourner les autres demandes palestiniennes. « C’est en fait un lot de consolation pour Abbas », affirme George Giacaman, professeur à l’université de Birzeit. « Après les pressions exercées par les Etats-Unis pour retourner à la table des négociations, et renoncer à la position qu’il maintient depuis longtemps concernant les implantations et les frontières, une libération de prisonniers, c’est tout ce qu’il devrait obtenir. » Et comme la plupart des Palestiniens soutiennent la libération de prisonniers, cela va donner à Abbas un coup de pouce plus que nécessaire à sa cote de popularité, même s’il est de courte durée, ajoute Giacaman. « Car le lendemain de toutes les réjouissances, les Palestiniens se rendront compte qu’en fait, rien n’a changé », conclut-il.



Les Palestiniens estiment que les implantations juives réparties sur l’ensemble de la Judée-Samarie sont illégales. Selon eux, elles compromettent la possibilité d’un Etat palestinien contigu à Israël. Pour autant, le Premier ministre Binyamin Netanyahou refuse de mettre un terme à leur construction. Motif : il veut maintenir les plus grands blocs d’implantations comme partie intégrale du territoire israélien dans le cadre de tout accord de paix.

Pour l’heure, on ne sait pas comment les Etats-Unis, qui ont gardé secrets la plupart des détails concernant les négociations, comptent résoudre les questions clé au cœur du conflit : les implantations juives en Judée-Samarie, les frontières définitives, le sort des réfugiés palestiniens et le statut de Jérusalem.

Faible enthousiasme palestinien

A Ramallah, la capitale de facto de l’Autorité palestinienne, les Palestiniens se disent profondément déçus par plus de deux décennies de négociations intermittentes avec Israël, qui ont échoué à leur fournir un Etat. Ils doutent que la libération de prisonniers sera suffisante pour ouvrir la voie à un traité de paix qui mettrait fin à plus de soixante ans de conflit.



« Une libération de prisonniers est un geste considérable, mais à quel prix ? » s’interroge Samer Radwan, 56 ans, un chauffeur de taxi pris dans la circulation aux heures de pointe. « Les Palestiniens vont être forcés de faire davantage de concessions », souligne-t-il, tout en réduisant le volume de son autoradio.

De profondes divisions internes menacent encore davantage la réussite et la mise en œuvre de tout accord de paix. Des centaines de manifestants du Front populaire pour la libération de la Palestine avaient organisé un rassemblement à Ramallah, le 28 juillet dernier, contre la reprise des pourparlers de paix. Conséquences : des affrontements avec les forces de sécurité palestiniennes, qui ont essayé d’étouffer la contestation.

La reprise des pourparlers est également impopulaire parmi certains membres du Fatah, le propre parti de Mahmoud Abbas. Quant au mouvement islamiste du Hamas, qui contrôle la bande de Gaza, il est farouchement opposé à cette démarche.

Selon un sondage réalisé en juin dernier par le Centre palestinien de recherche et d’études politiques, 56 % des personnes interrogées sont opposées à une reprise des négociations sans conditions préalables. Par ailleurs, bien que 53 % soient favorables à la solution à deux Etats, 58 % estiment que ce n’est plus réalisable, en raison des implantations israéliennes.

Pour Bassem Zubeidi, professeur de sciences politiques à l’université de Birzeit, les Palestiniens sont de plus en plus opposés aux négociations parce qu’ils ne sont pas convaincus de la capacité de leurs dirigeants à négocier avec Israël. Ils jugent l’Autorité palestinienne trop faible et sans souveraineté politique, car elle fonctionne, selon eux, en définitive sous contrôle israélien.

« Tant que le rapport de forces est en faveur d’Israël », déclare Zubeidi, « les Palestiniens resteront dans une position de faiblesse et ne pourront, au final, qu’accepter les propositions édulcorées. »

Occuper le devant de la scène

En clair, selon les observateurs, si les dirigeants palestiniens retournent à la table des négociations c’est uniquement dans l’espoir de regagner l’attention du monde occidental. En effet, après presque trois ans de révolutions et de soulèvements politiques au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, la cause palestinienne aurait été mise sur la touche.


Pour le politologue Khalil Shaheen, la direction palestinienne espère que le nouveau cycle de négociations qui s’ouvre aujourd’hui va remettre leur cause au premier rang des préoccupations mondiales. « Les Palestiniens pensent que les négociations vont créer une dynamique en leur faveur », commente Shaheen.

Mais, finalement, Shaheen estime qu’ils ne parviendront qu’à marquer des « points tactiques mineurs ». Comme le programme de relance économique proposé par Kerry, un assouplissement des conditions de circulation des Palestiniens en Judée-Samarie et à Gaza, et la libération de prisonniers – ce qui n’apportera pas vraiment d’avantages à long terme.

« Si les Palestiniens poursuivent ces pourparlers, ils pourraient se retrouver dans une nouvelle situation provisoire pire qu’Oslo », conclut-il.

Et la comparaison n’est pas réjouissante. Car de nombreux Palestiniens se montrent profondément critiques vis-à-vis des accords d’Oslo signés il y a 20 ans. Selon eux, cela n’a fait que renforcer davantage le contrôle israélien sur les territoires palestiniens, l’économie et la liberté de mouvement.

Mais pour les familles de ceux qui sont susceptibles d’être libérés, dont de nombreux condamnés à perpétuité pour plusieurs attentats meurtriers, la libération des prisonniers imminente est source d’espoir.

Dans le camp de réfugiés de Dehaishe, Abed Rabbo marche lentement vers la cuisine, avec un déambulateur, pour surveiller ses filles qui se préparent pour l’iftar, le repas de rupture du jeûne de Ramadan.

Un chapelet à la main, elle confie son espoir de voir la libération des prisonniers créer l’atmosphère idéale pour parvenir à un règlement de paix avec Israël. Elle avoue que le long emprisonnement de son fils et la souffrance qu’il a apporté à sa famille l’ont convaincue de l’importance et de l’urgence de mettre fin au conflit.

« Si Dieu veut, nous allons apprendre à vivre les uns avec les autres », opine-t-elle. « Quiconque affirme le contraire se fait des illusions. »

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