Le charme ladino

Le succès de la comédie musicale Bustan Sfardi, qui met en scène la vie séfarade des années 1920, ne s’est jamais démenti

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February 11, 2014 18:29
P 22 23 150

La comedie musicale Bustan Sfardi. (photo credit: THEATRE NATIONAL HABIMA)

 
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Deux mille représentations. C’est ce succès sans précédent que vient de fêter le Bustan Sfardi (le Jardin espagnol) au théâtre Habima de Tel-Aviv. Avec ce triomphe qui dépasse toutes les attentes, son metteur en scène Tzadi Tzarfati est entré dans l’histoire. C’est lui déjà qui était déjà aux commandes du théâtre en 1998, lors de la reprise de cette comédie musicale. Créé une première fois en 1969, cet opus revient sur le devant de la scène dans une nouvelle production avec une troupe de comédiens différente qui nous font partager les joies et les peines d’une famille typique d’un quartier singulier. Car, avec les Castel, leurs relations familiales houleuses et autres intrigues qui agitent les protagonistes de l’histoire sur fond de conflit de société et dilemmes religieux, c’est toute la vie d’un quartier séfarade de Jérusalem des années 1920 et 1930, que nous fait revivre l’auteur, l’ancien président israélien Itzhak Navon, aujourd’hui âgé de 92 ans.

Bien que la vie culturelle et religieuse, qui est au centre de la pièce, soit celle d’une région spécifique du monde, cet opus a une portée universelle, car il met en scène des événements qui parlent à tous et tout un chacun peut s’identifier avec les personnages et entrer en empathie avec leurs émotions.  « Je pense que le succès de cet opus tient en partie à l’universalité des thèmes abordés », note Tzarfati. « N’importe qui peut être ému par les personnages et l’intrigue. »

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La culture ladino à l’honneur

Attiré par les qualités évidentes du livret et de la partition musicale et, bien sûr, l’intemporalité du sujet, le directeur avoue que les vraies raisons qui l’ont poussé à remonter cette comédie musicale sont ailleurs. «Je n’avais jamais rien mis en scène à Habima avant. La dernière fois que j’y avais joué c’était il y a quarante ans, en 1998. J’étais alors un enfant de la balle d’à peine 16 ans. J’ai toujours rêvé de rejouer un jour sur la scène du théâtre Habima, mais ça ne s’est pas fait. Alors, quand son directeur, Yankélé Agmon, m’a proposé de faire cette mise en scène, j’ai sauté sur cette opportunité d’y revenir », explique-t-il. « C’était un vrai challenge pour moi, mais aussi une occasion unique qui s’offrait dans ma carrière professionnelle et ça m’a permis de boucler la boucle. »

En fait, Tzarfati connaît bien le milieu culturel et ethnique que dépeint la pièce, mais il a dû surmonter quelques réticences liées à son enfance pour arriver à aborder le sujet et connecter émotionnellement avec l’histoire. « Le héros est un espagnol ou ce qu’on appelait alors un Spaniol, un ladino », explique l’artiste. « Il se trouve que mes grands-parents étaient d’origine gréco-bulgare et parlaient ladino, mais j’avais refoulé ces racines-là. A la maison, avec mes parents, on parlait exclusivement hébreu, mais je comprends la langue parce que je la parlais avec mes grands-parents qui ne comprenaient que le ladino. » D’où son regard singulier et son attirance pour la narration et l’univers de Navon. « Enfant, j’avais honte de devoir parler ladino. Il faut se souvenir qu’à l’époque, c’était tout à fait incongru à Tel-Aviv et ses environs, surtout au nord, dans un environnement majoritairement ashkénaze. Personne dans ma classe, ou dans mon école, n’avait la moindre idée de ce qu’était le ladino. »

Tzarfati affirme qu’il n’a pas personnellement souffert de discrimination culturelle dans l’Israël des années 1950 et 1960, lorsque les Ashkénazes régnaient en maîtres dans le pays. Il n’en n’a pas moins perçu qu’au-delà de la qualité de la narration, la pièce présentait l’avantage de promouvoir la diversité culturelle en général et le patrimoine séfarade en particulier, auprès d’une plus large audience.

L’aristocratie de l’Orient

Pour écrire sa pièce, Navon avoue avoir été inspiré par l’œuvre de Yehoram et Benny Gaon appelée Romancero Sefaradi. Yehoram Gaon, qui a demandé à Navon d’écrire des textes pour une suite, raconte qu’à l’époque il était choqué par l’idée qu’on se faisait des Juifs d’origine orientale : des pauvres gens et incultes qui mangeaient épicé. Il a donc voulu restaurer l’image de cette communauté et faire connaître la richesse de la musique séfarade au grand public. Tzarfati approuve et soutient cette démarche. « A l’époque, la culture orientale était mise au ban », confie-t-il, Bustan Sefardi a remis le ladino à l’honneur. Il ne faut pas oublier qu’il y avait peu d’Israéliens d’origine grecque. Ils étaient à peine plus de 20 000, et les Bulgares entre 50 000 et 60 000 environ. Alors que les Marocains, qui sont montés en Israël, étaient près d’un demi-million. Par comparaison, ceux qui parlaient le ladino étaient donc peu nombreux. Quand j’ai mis la pièce en production, j’ai trouvé seulement deux ou trois acteurs ladinos, d’origine anglo-saxonne. »


Pourtant, ce spectacle est fédérateur et par son universalité il touche une corde sensible chez des spectateurs de tous horizons et dans toutes les couches de la population. « Toutes sortes de gens, de tous âges et de toutes origines culturelles, ont vu ce spectacle, aussi bien des ashkénazes que des séfarades. On ne peut pas jouer un spectacle 2000 fois s’il n’a pas le potentiel de franchir les frontières », fait remarquer le metteur en scène. « Je pense que c’était déjà le cas pour le premier spectacle, quand il a été créé en 1969, » affirme-t-il. « C’est ce qui est merveilleux avec Bustan Sefardi. Il s’agit d’une famille qui habite Jérusalem qu’on appelle les
« samechtettim », un acronyme en hébreu qui signifie « Sefardi Tahor », ou pur séfarade. Cette communauté est aujourd’hui considérée comme l’aristocratie de Jérusalem, » se réjouit-il.

Les ingrédients du succès

Le metteur en scène estime que l’intimité du spectacle contribue également à son succès. « L’histoire de cette famille est racontée avec une certaine naïveté, les différents qui peuvent régner entre les membres d’une même famille, le fossé entre les générations, la religion et ainsi de suite. »

L’interprétation et le jeu des acteurs sont aussi très différents de la version originale. C’est une lecture beaucoup plus ouverte du livret avec un casting de 14 interprètes, et de la partition dont les arrangements musicaux sont de l’auteur-compositeur Yehudit Ravitz, pour un quatuor instrumental. Et finalement, la mise en scène s’est imposée à Tzarfati comme une évidence. « J’ai été attiré par cette pièce parce que c’était une occasion unique de travailler en ladino, » confie-t-il. « C’était la première fois que cette langue était mise à l’honneur sur une scène israélienne. C’est quelque chose de merveilleux. »

Nonobstant ses racines séfarades, Tzarfati a grandi dans un environnement très différent de celui de la pièce, et l’auteur lui a donné un sacré coup de main pour la mise en scène. « Itzhak Navon m’a fait découvrir sa Jérusalem et montré toutes sortes d’endroits que je ne connaissais pas, comme la minuscule synagogue où il est allé enfant pour la première fois, et la maison où il a grandi dans la vieille ville. C’était très émouvant pour moi », se souvient aujourd’hui l’homme de théâtre. « Navon est issu d’une famille qui a vécu à Jérusalem depuis 400 ans, de génération en génération. Il est moitié marocain, moitié espagnol. On peut dire qu’il est  une quintessence de culture universelle. Avec lui, des histoires que j’avais entendues de mes grands-parents sur Salonique et la Bulgarie me sont revenues en mémoire. J’ai tissé des liens très fort avec la pièce et avec Itzhak ». 

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