Vichy, la pègre et les Nazis

La traque des Juifs en Provence est le fruit de huit ans de travail d’historiens et d’une longue enquête.

By VALÉRIE SHAPIRA
June 26, 2013 12:51
3 minute read.
I. Lewendel, Vichy, la pègre et les nazis.

P24 JFR 370. (photo credit: DR)

 
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Bernard Weisz est né à Marseille en 1946. Il n’a pas eu l’expérience « directe » de la Shoah, mais sa mère la lui a enseignée en faisant les courses dans son quartier natal : « Ce commerçant était un collabo… ».

Isaac Lewendel est né lui en 1936, à Avignon, de parents juifs polonais. En 1940, son père rejoint l’armée polonaise juive. Sa mère est arrêtée le 6 juin 1944 à Avignon, dirigée sur Drancy le 13 juin 1944 et déportée par le convoi numéro 76 du 30 juin à Auschwitz. Sélectionnée dès son arrivée, il ne la reverra plus.

C’est en retrouvant au début des années 1990 la famille qui l’hébergea à Sarrians pendant la guerre qu’il réalise que sa mère n’a pas été arrêtée par les Allemands, comme il l’a toujours pensé, mais par des « des gens qui parlaient le français avec l’accent de Marseille ». Commence alors une quête implacable pour la vérité, sur la trace de ceux qui l’ont arrêtée.

En 1994, il retrouve enfin le coupable, un certain Charles Palmieri, petit chef de gang marseillais au service des Allemands pour de l’argent. Mille francs à chaque livraison d’un juif ou d’un résistant… Il en tirera un livre : Un hiver en Provence, narrant ce qui s’est passé sous la forme d’une enquête.

À cette même époque, sort le livre de Bernard Weisz.

Avignon, festival de la mémoire décrit les années d’aprèsguerre et entame une enquête sur la communauté juive de la ville. En se rendant à la synagogue d’Avignon, l’auteur découvre une plaque commémorative pour les déportés de la région. Des noms qui ne lui disent rien. Mais connaissant les travaux d’Isaac Lewendel, il prend contact avec lui.

Après avoir identifié tous les juifs déportés du Vaucluse, les deux auteurs s’immergent dans ce qui a été le processus de la Shoah en Provence.

Avignon a eu son Papon

Un changement important prend place peu de temps après l’invasion de la zone sud, ou zone libre, par les Allemands le 11 novembre 1942. Les juifs de cette zone étaient plus ou moins protégés par les Italiens qui occupaient le sud de la France.

Mais les nazis vont faire appel à des membres de la pègre locale pour le repérage et l’arrestation de juifs. Une aubaine que ces hommes sans scrupules ne laisseront pas passer.

Vichy, la pègre et les nazis est le résultat de huit ans de travail d’historiens. Ils ne se sont pas limités à retrouver les 400 juifs déportés de la région. Mais les auteurs de ces déportations.

Les Allemands secondés parfois par la milice ? « Comme si c’était si simple », explique Isaac Lewendel.

Traquer les traqueurs de juifs à travers les archives, telle est la tâche que se sont fixée les deux auteurs. Une recherche sur la piste de criminels jusqu’à Marseille, et au-delà. On y côtoie des fonctionnaires zélés, des affairistes, des extrémistes, des SS en missions, des voyous, des repris de justice. Et Avignon a même eu son « Papon » : Aimé Autrand, ancien chef de la division des étrangers et des juifs à la préfecture du Vaucluse.

Ce livre comprend deux grandes parties : les solutions française et allemande de la question juive dans le Vaucluse, et les mécanismes de la collaboration avec les éléments du crime organisé. Egalement, une annexe, pour mieux comprendre les différents réseaux des milices.

Comme le souligne Zeev Sternhell, « C’est un document d’une grande importance, une extraordinaire source de renseignements et de réflexion sur ce que fut la guerre faite aux juifs ».

Et comme le dit si bien Serge Klarsfeld dans sa préface : « Ce livre non conventionnel, atypique même, est passionnant d’un bout à l’autre. […] Vous le lirez comme moi parce qu’il est dur, utile et vrai ». Personnellement, je l’ai lu d’une traite et j’ai beaucoup appris.

Isaac Lewendel et Bernard Weisz, Vichy, la pègre et les nazis, La traque des Juifs en Provence, Nouveau Monde Éditions.

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