Diplomatie sportive

Tal Brody, l’un des meilleurs joueurs de basket-ball d’Israël, promeut l’image de l’Etat hébreu à l’étranger avec l’agilité d’un champion.

By ROBERT SLATER
February 6, 2013 13:48
brody 150

brody 150. (photo credit: MOSHE MILNER / GPO)

 
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C’est par deux phrases prononcées dans une petite ville de Belgique que Tal Brody est devenu célèbre.

Ce soir d’hiver de 1977, Brody, ancien joueur All- American de basket-ball de l’université de l’Illinois, a mené le Maccabi Tel-Aviv à la victoire contre le CSKA de Moscou – qui avait déjà remporté à quatre reprises la Coupe d’Europe.
C’était en pleine guerre froide et l’atmosphère était tendue.
Le Maccabi Tel-Aviv jouait face à l’équipe d’un pays qui fournissait des armes aux ennemis. Sur le plan politique, Israël était isolé et boycotté par les pays arabes. L’économie était en récession. Ce jour-là, personne ne pensait qu’Israël avait une chance, car, jusque-là, aucune de ses équipes n’était arrivée au-delà du premier round de la Coupe. Les supporters du Maccabi, qui avaient suivi l’équipe tout au long de son ascension, étaient survoltés : le gagnant devait accéder à la finale de la Coupe européenne.

Tout le pays retenait son souffle : Brody et ses coéquipiers allaient-ils redonner confiance aux Israéliens ? Ce soir-là, le Maccabi a gagné avec 91 points contre 79 et les fans de Brody ont porté ce grand gaillard en triomphe.

C’est alors qu’il a déclaré en hébreu et avec un fort accent américain : « Nous sommes désormais célèbres, nous comptons, non seulement dans le sport, mais dans tous les domaines ».

Ce match Maccabi-Moscou reste en bonne place dans le palmarès des hauts faits d’Israël. Le Premier ministre d’alors, Itzhak Rabin, a confié à Brody qu’à l’entendre il en avait eu les larmes aux yeux (ce qui pour cet homme réservé est plutôt rare). Du Premier ministre à l’homme de la rue, les Israéliens sont subjugués. L’effet de cette victoire et sa valeur symbolique ressortent dans le témoignage de Thomas Friedmann, journaliste. Il rapporte des propos entendus à l’époque : « La victoire de Brody et de son équipe sur les Russes était aussi la revanche de mon grand-père : enfin, nous avions battu les cosaques ». Brody devient désormais « Monsieur Basket-Ball », une formule gagnante reprise dans les discours politiques et autres messages publicitaires.

Israël avait reconquis le monde et sa fierté.

En avril 1977, deux mois après le triomphe sur Moscou, le Maccabi se retrouve en finale de la Coupe européenne de basket, face à l’Italie. Le match se déroule à Belgrade en Yougoslavie, pays alors communiste qui n’entretient pas de liens diplomatiques avec Israël. L’avion d’El Al qui transporte l’équipe sera le premier appareil israélien autorisé à y atterrir.

Le Maccabi va battre Varese par 78 points contre 77. Le premier succès international du sport israélien. Deux ans plus tard, Israël célèbre Brody en lui décernant la plus haute récompense civile de l’Etat : le prix Israël.

No 13

Trente-cinq ans plus tard, Brody, âgé de 69 ans, est désormais ambassadeur de bonne volonté : « Je suis venu vivre et jouer en Israël pour hausser ce sport au plus haut niveau. Quand j’ai dit que nous comptions, je voulais dire que, pour la première fois, nous avions atteint ce niveau et que nous allions y rester. » C’est par cette phrase que Brody nous accueille chaleureusement dans son appartement de Natanya.

L’ancien joueur est vêtu d’un survêtement rouge, bleu et blanc frappé aux insignes des Maccabiades. Son visage est ridé et ses cheveux quelque peu clairsemés, mais il reste cet athlète qui a porté Israël vers les podiums de la victoire et ce, dès la fin des années soixante.

A l’époque, jouer en Israël, pour un sportif juif américain, ne représentait rien. Brody, né et élevé à Trenton dans le New Jersey, n’avait donc pas cette ambition. C’est à huit ans qu’il a commencé à s’intéresser au basket et c’est au lycée de Trenton qu’il est devenu un joueur de haut niveau.

Au sortir du secondaire, une douzaine de collèges le réclament. Finalement, il va choisir l’université de l’Illinois où il dort avec son ballon et dribble jusque dans les classes.

Avec lui, l’Illinois va remporter les Big Ten championship (le championnat des 10 plus grandes équipes américaines) et sera classé troisième dans le pays.

En 1965, Brody est sélectionné parmi les 10 meilleurs joueurs des Etats-Unis.

La même année, il se rend en Israël pour participer aux Maccabiades où l’équipe américaine empoche la médaille d’or. Le Maccabi Tel-Aviv lui propose alors un contrat. Brody refuse. Mais le tirage au sort parmi les joueurs américains le place 13e dans l’équipe de la NBA Baltimore Bullets (aujourd’hui Washington Wizards).

L’année suivante, en 1966, Brody accepte la proposition du Maccabi Tel-Aviv. Est-ce ce 13 fatidique ou son lien avec Israël qui va le décider à faire son aliya ?

Sportif de l’année 

Son père avait séjourné en Palestine entre 1921 et 1923, alors qu’il venait d’Europe de l’est pour immigrer aux Etats- Unis. Son grand-père, lui, y avait vécu pendant une dizaine d’années. Il avait travaillé à la construction d’une centrale électrique et d’un aéroport. Brody, presque 50 ans plus tard, met, lui, sa décision sur le compte du hasard. Si les Bullets l’avaient échangé contre la 76e place de l’équipe de Philadelphie, ses chances de jouer auraient été meilleures et il serait resté aux Etats-Unis. Les choses ont tourné autrement, et en faveur d’Israël : il n’y eut pas d’échange de joueurs et Brody embarque pour Israël après avoir décroché son master en psychologie de l’éducation, à l’université de l’Illinois.

Dès son arrivée, il mène le Maccabi aux finales de la toute nouvelle Cup winners Cup competition (la coupe des champions) lors d’un match resté célèbre sous le nom du « miracle de Badalona ». Le Maccabi avait perdu le premier jeu contre la Joventut Badalona, l’équipe espagnole, avec 32 points d’écart. Mais grâce à Brody, la deuxième manche sera remportée par le Maccabi avec exactement une avance de 32 points ! 48 heures après le miracle, Tel-Aviv bat l’Espagne par 75 contre 51. Le pays est en émoi.

A l’époque, les matchs ne sont pas retransmis à la télévision.

Toute la nation a l’oreille collée à la radio. Brody s’en souvient bien : « Le pays qui adorait le foot est devenu soudain fan de basket. Chaque victoire était fêtée comme un jour de Yom Haatzmaout (Fête de l’Indépendance). » Les marchands de sport qui vendaient six ballons de foot pour un ballon de basket ont vu leurs ventes s’inverser. Ce miracle aussi était attribué à Brody. En 1967, il est nommé le sportif de l’année. Jusqu’à son arrivée, les Israéliens considéraient le basket comme un jeu lent, juste bon pour s’essayer à quelques paniers. Avec son style américain, son jeu rapide et son talent de leader, Brody a réussi à mener son équipe au sommet. Lui et le Maccabi ont subjugué les foules et attiré les dirigeants jusqu’aux tournois.

Ambassadeur de bonne volonté 

Malgré sa décision de rester en Israël, Brody, attaché à son pays d’origine, y retourne en 1968 pour servir dans l’armée américaine durant la guerre du Vietnam. Il intègre alors l’équipe des All-Stars de l’armée.

De retour en Israël, en 1970, il ouvre un commerce de sport et se marie avec Ronit Born (Moshé Dayan compte parmi les invités) avant de rejoindre de nouveau l’équipe du Maccabi Tel-Aviv. C’est sept ans plus tard, comme capitaine, qu’il mène le club à sa première sélection et victoire de la Coupe européenne.

En 1980, Brody vend son commerce et ouvre une compagnie d’assurance. De 1981 à 1983, il est l’assistant entraîneur du Maccabi. Il divorce de sa femme et se remarie avec Tirtza Chen. Les deux enfants de son premier mariage, et le troisième issu du second lui ont donné cinq petits-enfants.

En 1985, il monte Bnei Herzlia, un programme de basket-ball subventionné par la ville, qui compte, aujourd’hui, près de 8 000 membres et inclut la plupart des sports.

En avril 1998, le quotidien Maariv effectue un sondage pour le 50e anniversaire du pays et élit Brody comme la personnalité qui a le plus influencé le sport en Israël. En décembre 2008, celui qui aspire désormais à siéger à la Knesset se présente aux primaires du Likoud, sans atteindre son but politique.

Finalement, deux ans plus tard, Binyamin Netanyahau va lui offrir un poste : Ambassadeur de bonne volonté.

Pour Brody, la proposition tombe à point : « J’avais la soixantaine et j’avais vendu ma compagnie d’assurance.

J’étais prêt à partir en tournée et jouer ce rôle à plein temps. » En fait, Brody voulait être « le représentant du Premier ministre auprès du peuple juif », mais cette fonction n’existait pas, il a donc endossé l’habit du diplomate.

Certes, il ne perçoit pas de salaire, mais le gouvernement assume ses dépenses. Le ministère des Affaires étrangères organise ses visites à l’étranger qui se font pour la plupart du temps aux Etats-Unis et parfois au Canada.

Quand le sport adoucit les moeurs 

Sa mission consiste à faire évoluer l’image internationale d’Israël. Il voyage dans tous les Etats-Unis, s’adresse à des audiences juives et non-juives pour souligner les succès d’Israël dans le sport, comme dans les autres domaines. Ses déplacements durent une dizaine de jours durant lesquels il prend la parole de trois à quatre fois par jour. Il attire parfois jusqu’à un millier de personnes.

Il arrive que des Arabes constituent un tiers de son public.

Brody n’en est pas étonné, comme il le précise : « Je ne fais pas de propagande et ne parle pas du conflit israélo-arabe.

Je suis devant vous uniquement comme un joueur juif des All-American. » Il parle principalement de sa propre expérience, sa venue en Israël, ses accomplissements, et son influence sur le basketball israélien. Comme la musique, le sport peut adoucir les moeurs. Parler de sa vie et de sa carrière lui permet d’éviter les questions hostiles. Si des manifestants anti-israéliens se trouvent parfois à l’extérieur de la salle de conférence, il n’a jamais été pris à parti.

Il arrive qu’on lui demande pourquoi Israël pratique l’apartheid. Brody répond avec l’agilité d’un champion : « Après mes explications, ils saisissent qu’il n’en est rien. J’ai été élevé aux Etats-Unis dans les années soixante et je sais ce qu’est la ségrégation.

En Israël, il n’y a pas de toilettes séparées ou des lois différentes pour les Arabes et les Juifs. Nous sommes une société démocratique. Tout le monde peut se présenter à la Knesset. » Quand on lui a demandé s’il aimerait devenir consul israélien aux Etats-Unis, il décline : « Je n’ai pas fait mon aliya pour devenir un consul établi à l’étranger. J’aime vivre en Israël.

C’est un pays où vous pouvez faire des tas de choses et en plus le soleil y brille huit mois sur douze. Le Hamas et le Hezbollah ne sont pas pires que la tempête Sandy, les tremblements de terre ou les tsunamis. »

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