Les enfants d’Izieu

Une histoire vieille de 70 ans. Mais dont le souvenir ne doit pas s’estomper. En 1944, les 44 enfants de la maison d’Izieu et leurs 7 éducateurs ont tous été déportés

By VALERIE SHAPIRA
April 30, 2014 13:03
p20, jfr150

enfants izieu. (photo credit: MAISON D'IZIEU MEMORIAL DES ENFANTS JUIFS EXTERMINES)

 
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 «Dans cette traversée de la nuit que le nazisme imposa au monde, Izieu porte la mémoire particulière du crime le plus abominable, celui perpétré contre les enfants. Ce crime est de ceux qui ne peuvent, qui ne doivent jamais être effacés », déclarait le 6 avril dernier la ministre de la Culture Aurélie Filipetti, lors de la cérémonie commémorative marquant les 70 ans de la déportation des 44 enfants et de leurs 7 éducateurs.
« Ici vous serez tranquilles ». C’est par ces mots que le sous-préfet de Belley, Pierre Marcel Wiltzer approuve le choix de Sabine Zlatin en ce début de printemps 1943, d’ouvrir une maison à Izieu ; petit village situé dans l’Ain, loin des routes principales et surtout, à cette époque en zone dite libre sous occupation italienne, temporairement à l’abri des persécutions antisémites.
Sabine Chwast Zlatin est née le 13 janvier 1907 à Varsovie en Pologne. Au milieu des années 1920, ne supportant plus l’antisémitisme, elle quitte sa terre natale pour Nancy où elle entreprend des études en histoire de l’art. C’est là qu’elle rencontre son mari Miron Zlatin, arrivé de Russie. Tous deux seront naturalisés français par décret du 26 juillet 1939.

 En 1940, afin d’échapper à l’avancée allemande, ils rejoignent Montpellier, où Sabine travaille comme infirmière de la Croix-Rouge à l’hôpital militaire de Lauwe. Par suite des lois antisémites du gouvernement de Vichy, elle est congédiée le 10 février 1941, et souhaitant apporter son aide, elle entre en contact, sur les conseils de la préfecture de l’Hérault, avec l’Œuvre de secours aux enfants (OSE). Revêtue de son uniforme de la Croix-Rouge, elle entre dans les camps d’Agde et de Rivesaltes et libère de nombreux enfants. Tandis que Miron met en place et dirige la colonie d’Izieu, Sabine se charge des contacts avec l’extérieur.

Une guerre totale aux Juifs

L’installation de la colonie se fait légalement avec l’appui de la sous-préfecture. Elle n’est ni cachée ni clandestine. Peu à peu, le quotidien s’organise et des liens se tissent avec les habitants et les institutions locales. Chacun de ces enfants et des moniteurs ne songe qu’à survivre. Ils ne menacent en rien la sécurité des troupes allemandes. Pour la plupart, ces enfants venus de toute l’Europe avaient déjà connu de terribles malheurs : la séparation d’avec leurs parents, souvent déportés après avoir été internés dans les camps français et livrés par Vichy aux SS.

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 Mais le 8 septembre 1943, l’Italie capitule et l’armée allemande occupe aussitôt les départements de l’ancienne zone italienne. Dès lors, les persécutions antisémites s’y intensifient. Le 6 mars 1944, Pierre Marcel Wiltzer est muté à la sous-préfecture de Chatellerault ; la colonie perd un allié. Sabine Zlatin est convaincue qu’il faut disperser les enfants de la colonie. Fin mars 1944, elle se rend à Montpellier pour tenter de trouver un refuge plus sûr pour ses protégés. C’est d’ailleurs là qu’elle apprend la nouvelle de la rafle, par un télégramme que lui adresse la secrétaire de la sous-préfecture : « Famille malade – Maladie contagieuse ».

 Le jeudi 6 avril 1944 est le premier jour des vacances de Pâques. Les adolescents scolarisés sont de retour à la colonie. Il fait très beau. Alors que les enfants se préparent à prendre leur petit-déjeuner, un détachement de la Wehrmacht et la Gestapo française de Lyon font irruption devant la maison. En raison du Jeudi saint, la surprise est totale : personne n’a fait le guet, n’a eu le temps de donner le signe d’alarme, ou de sonner la cloche pour que les enfants se dispersent dans la nature. Seul Léon Reifman, à qui sa sœur aînée crie « Sauve-toi ! », a le réflexe de sauter par la fenêtre.

Une seule survivante

 Les 45 enfants présents et les 7 adultes qui s’occupent d’eux sont arrêtés brutalement. Certains, les plus grands, essayent de sauter des camions, mais ils sont vite récupérés par la Gestapo. En quittant le village, les enfants entonnent « Vous n’aurez pas l’Alsace et la Lorraine », chanson que l’institutrice française leur avait enseignée, à eux dont plus de la moitié était des Juifs étrangers (14 nés en France, 7 en Algérie, 8 en Belgique, 7 en Allemagne, 7 en Autriche, et 1 en Pologne).
Le camion s’arrête dans le village voisin, et la Gestapo française laisse descendre le petit René Michel Wucher, âgé de 8 ans, reconnu par une tante. Il est le seul enfant non juif de la colonie ; la Gestapo ne livrait une guerre totale qu’aux Juifs.
Les 44 enfants et les 7 adultes arrêtés à la colonie d’Izieu sont incarcérés du 6 au 7 avril 1944 à la prison Montluc à Lyon. Les enfants sont installés par terre, les adultes ont les mains attachées au mur. Tout le monde est interrogé, sauf les plus petits. Le 7 avril, tous sont dirigés en tramway vers la gare de Lyon et déportés par un train civil de la SNCF au camp de Drancy. Enregistrés dans le carnet du camp, ils portent les numéros 19185 à 19235.

 Le 13 avril 1944, 34 des enfants d’Izieu et 4 de leurs éducateurs sont déportés de Drancy à Auschwitz par le convoi 71. Après trois jours de trajet dans des conditions inhumaines, les enfants sont directement dirigés vers les chambres à gaz. Seule Léa Feldblum entre au camp pour servir de cobaye aux « médecins nazis » sous le matricule 78620. Elle sera la seule survivante.
8 autres enfants et 3 adultes seront déportés par les convois 72 du 29 avril, 74 du 20 mai, 75 du 30 mai, et 76 du 30 juin 1944. Tous seront assassinés à Auschwitz-Birkenau dès leur arrivée.
Miron Zlatin et 2 adolescents, Théo Reiss et Arnold Hirsch, sont déportés en Estonie par le convoi 73 parti de Drancy le 15 mai 1944. Ce convoi est composé de 878 hommes en âge et en force de travailler.

Engagés volontaires

Sur les 80 convois au départ de la France, 2 arriveront à Majdanek, 2 à Sobibor et 1 à Buchenwald. Le convoi 73 est le seul convoi de France ayant emmené des déportés dans les pays Baltes. Le convoi 73 est une exception, car tous les autres étaient constitués d’au moins 1 000 hommes, femmes, enfants, bébés, et vieillards. Les nazis leur laissent entendre qu’ils vont travailler pour l’organisation Todt, un groupe de génie civil et militaire de l’Allemagne national-socialiste portant le nom de son fondateur Fritz Todt. Son dirigeant, mort en 1942, est un ingénieur et une figure nazie importante, mandataire général pour la régulation de l’industrie du bâtiment.

 L’organisation est chargée de la réalisation d’un grand nombre de projets de construction, dans les domaines civil et militaire, tant en Allemagne durant la guerre, que dans les pays d’Europe sous domination nazie. Presque toutes les grandes opérations de génie civil durant la Seconde Guerre mondiale seront réalisées par cette organisation, dont des usines d’armement, des bases de sous-marins et des lignes de fortifications, comme le mur de l’Atlantique ou la ligne Gustave.

 Les nazis lancent un appel au volontariat. Beaucoup s’engagent spontanément, dont une trentaine d’adolescents qui mentent sur leur âge pour travailler. Non pour être déportés à Auschwitz. Dans le train, ils chantent. Ils restent 3 jours et 3 nuits dans le train sans sortir, sans fenêtre, dans des conditions inimaginables. Une partie des wagons est décrochée à Kaunas en Lituanie, plus de 500 déportés descendent. Ils seront emprisonnés, puis rapidement fusillés et enterrés dans des fosses communes, dans la forêt de Pravienkès. Un jour et demi plus tard, terminus du convoi, pour la prison Patarei de Reval, ancien nom de Tallinn. Là, les exécutions se font au sous-sol, une balle dans la tête.
Les familles des victimes ont appris la destination de ce convoi grâce à la publication par Serge Klarsfeld du Mémorial de la déportation des Juifs de France en 1978. Serge Klarsfeld annonce à Simone Veil que son père et son frère n’étaient pas morts à Auschwitz, comme elle le pensait, mais dans un des pays Baltes, sans pourtant pouvoir déterminer lequel.



 Au milieu des années 1990, soit 50 ans après les faits, on découvre une inscription sur un mur du 9e fort de la prison « Nous sommes 900 Français ». 22 hommes sont rentrés vivants de ce convoi.
A 20 h 10, le 6 avril 1944, au soir de la rafle d’Izieu, Klaus Barbie envoie un télex au responsable de la police de sûreté et des services de sécurité en France à l’intention du service des affaires juives de la Gestapo.
Objet : Maison d’enfants juifs à Izieu.
Ce matin, maison d’enfants juifs « colonie d’enfants » à Izieu (Ain) a été enlevée. 41 enfants au total, âgés de 3 à 13 ans, ont été capturés. En outre a eu lieu l’arrestation de la totalité du personnel juif, soit 10 individus, dont 5 femmes. Le transport à Drancy aura lieu le 7/4/44.  

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