Si quelqu’un peut se permettre d’acheter un Picasso sur Internet, il peut également financer un album via le web. C’est du moins ce que pense David Broza. Car la star israélienne a pris un chemin pour le moins très peu conventionnel pour produire son premier album en neuf ans. Sorti l’été dernier via le site Kickstater, son 28e CD, Safa Shlishit (Troisième Langue) est devenu l’un des cinq principaux projets musicaux jamais lancé en ligne. Broza, 56 ans s’exclame : “Je suis un auteurcompositeur très terre à terre, pas un technicien. Et pourtant j’ai utilisé la technologie dernier-cri pour réaliser ce projet, et j’ai réussi. Et ce, malgré le fait que cet album soit enregistré en hébreu et conçu par un artiste d’un certain âge. Cela prouve simplement qu’on a besoin d’avoir un objectif.” Broza a trouvé son objectif très jeune, à peine débarqué de l’armée. Très vite, il devient par hasard une vedette avec Yihye Tov (Tout ira bien), écrit par le poète Yonatan Gefen à la veille des négociations de paix avec l’Egypte, en 1977. Né à Haïfa et élevé en Israël, en Angleterre et en Espagne, Broza revient en Israël à 18 ans pour effectuer son service militaire après avoir passé six ans à Madrid. Il avait alors pour ambition de devenir peintre. Mais son jeu de guitare a attiré l’attention. Suivirent 17 ans d’aller-retour entre Tel-Aviv et . “Après Yihye Tov qui a dépassé toutes les espérances, j’ai ressenti le besoin de faire une pause et d’approfondir mes chansons pour ne pas devenir comme ces stars qui considèrent le succès comme acquis. Je suis arrivé là, sans en avoir eu l’intention, et puis quand c’est devenu une démarche intentionnelle, il était important pour moi d’étendre mes horizons, d’en apprendre davantage sur la musique et ses . Je me suis naturellement tourné vers pour faire des recherches sur la quintessence de ma musique “. Mais même après avoir élevé trois enfants dans une banlieue du et vécu par la suite trois ans à , Broza s’est toujours considéré israélien. C’est à Tel-Aviv qu’il considère rentrer chez lui à la fin d’une tournée mondiale et ses enfants ont choisi de venir vivre en Israël, une fois adultes. Israélien malgré tout Le grand-père de Broza a cofondé le village israélo-arabe de Nevé Shalom-Wahat al-Salam (L’Oasis de la Paix), et son père a contribué à la construction du Centre des Sports israélien pour les personnes à mobilité réduite de Ramat Gan, où Broza se porte volontaire depuis l’âge de sept ans. S’inspirant de ses deux modèles, l’artiste a été parmi les premiers à rejoindre les rangs de l’association La Paix Maintenant. Avant de parcourir le Moyen-Orient avec le musicien jordanien Hani Naser, en amont du traité de paix entre Israël et la Jordanie de 1994. Il a aussi écrit Ensemble avec Ramsey Mc Lean, chanson thème créée à l’occasion du 50e anniversaire de l’UNICEF en 1996 et enregistrée avec des choeurs d’enfants juifs et arabes. Puis en 2006, Broza et l’instrumentaliste arabe Said Murad ont gagné le prix de la Recherche pour un Terrain d’Entente, venu saluer leur chanson Belibi (Dans mon coeur). “Nous l’avons écrite conjointement comme un hymne d’amour au pays qui nous est cher”, explique Broza. En 2009, lors d’un concert à Tel-Aviv, le Roi Juan Carlos I a légué une médaille royale espagnole d’honneur à Broza en reconnaissance de ses contributions aux relations israélo-espagnoles et pour son engagement envers la tolérance. La même année, Broza enregistrait le titre Veoulai (Et peut-être) au bénéfice de la Fondation de la Recherche pour le Cancer du Sein. Aujourd’hui, il oeuvre à la collecte de fonds pour la création d’un cirque pour les malentendants au Centre Na Laga’at, l’unique troupe de théâtre israélienne pour les sourds-muets. Broza confie qu’il s’agit-là de “[son] autre passion. Cela [le] fait frissonner de dénicher des personnes altruistes pour améliorer les équipements des handicapés”. Et d’ajouter : “Nous sommes très innovants sur ce point en Israël.” Certes, il émet parfois des critiques envers sa patrie natale. Mais comme un fils à ses parents, aime-t-il à dire. “Israël est un endroit agréable. Après tout ce que j’ai vu, j’affirme haut et soutien à ce que le pays peut apporter. Oui, je suis parfois critique, mais cela signifie que je souhaite améliorer ce que j’aime et ce à quoi je tiens.” Un chanteur multiple Broza a enregistré son dernier disque en trois langues, d’où le titre de ce nouvel opus. “Mon idée fixe depuis [l’époque de mes] 22 ans était d’être capable de m’identifier à ma musique israélienne et de la produire en hébreu, en espagnol ou en anglais afin de communiquer avec les publics des différents pays.” Interrogé depuis New York, où il a récemment épousé une créatrice de mode israélo-américaine, Nili Lotan, Broza raconte que son nouvel album est différent, non seulement de par son financement, mais aussi de par son contenu. Il a luimême écrit les textes de ses 15 chansons, lui qui traditionnellement met les mots d’autres poètes en musique. Son précédent album, A l’Aube de la Nuit : La poésie non publiée de Townes Van Zandt, est sorti inopinément en 2010 : Broza et Van Zandt, un illustre compositeur américain, s’étaient produits sur scène, ensemble, en 1994. Puis après le décès de Van Zandt, en 1997, la veuve de l’artiste a informé Broza qu’il était l’héritier de tous les poèmes non publiés du Texan. Broza n’est pas un étranger pour le public américain. Grâce à David Broza à Massada, un DVD de 2007 où participent Jackson Browne et Shawn Colvin. De la musique du monde que Broza, un artiste plusieurs fois disque de platine, continue d’honorer au sein de la compagnie espagnole de flamenco de son groupe ou au sein de son ensemble de jazz américain. “J’essaie d’aller là où il est peu probable que l’on joue de la musique israélienne”, rapporte-t-il. “Je désire jouer dans tous les centres culturels du monde, parce que je maîtrise déjà plus ou moins tout ce que j’ai rêvé de maîtriser.” Parmi les futurs projets de l’artiste : le coup d’envoi d’une réalisation de Jérusalem-Est, David et la tanière du Lion. “J’espère que cela inspirera plus de gens à réaliser des coproductions au niveau artistique.”