Son univers est fait de souvenirs d’enfance, d’ambiances, de couleurs musicales inoubliables qui évoquent le bitume parisien. Marshall Marin n’a pas oublié d’où il vient, tout en se fondant avec une belle détermination dans le paysage musical israélien. Recréant dans son spectacle un petit bout de Paris, il nous fait voyager, avec les meilleurs titres du répertoire français, vers cette zone indéfinissable où se rencontrent le plaisir de la redécouverte de chansons célèbres et la nostalgie d’un pays d’origine délaissé. Une soirée qu’il dédie surtout à un public israélien familiarisé aux tubes incontournables de la chanson française, avec un répertoire que l’artiste revisite visiblement avec beaucoup de plaisir. Mais sans trop s’éloigner toutefois de l’interprétation d’origine. Car ce récital reste avant tout une évocation du Paris d’antan, toujours diablement exotique pour les Israéliens adeptes d’un show calibré pour ne pas les dérouter. Troubadour, chansonnier, Marshall Marin s’incruste dans un Paris de carte postale plein de douceur. Des rives somme toute très balisées de la chanson française, plébiscitées par un public qui en redemande. Entretien. Quand avez-vous fait votre aliya ? Est-ce une décision qui a suivi la découverte de vos origines juives ? J’ai fait mon aliya à 24 ans. J’étais touriste, et au bout d’un an j’avais le choix : partir ou rester. J’ai alors reçu une lettre du rabbinat qui a tout résolu. C’est la plus belle lettre que j’ai jamais reçue, car elle reconnaissait mes origines juives. Je n’avais rien préparé, et tout a été fait sur le tas. Bref, j’avais l’obligation de rentrer à Paris, et puis il y a eu un évènement tragique, l’attentat de Dizengoff à Tel-Aviv. Je travaillais dans un resto, je me suis mis à pleurer, et quand j’ai enfin obtenu mes papiers je me suis dit « Je fais partie de ce peuple » et j’ai décidé de rester. Tout a été très intuitif, spontané. Comment avez-vous eu l’idée de ce spectacle, comment l’avez-vous conçu, est-ce un « mix » de vos goûts et de celui du public ? Les deux. Ce qui compte pour moi, c’est d’être en accord avec le grain de ma voix, ma tessiture. J’ai surtout un public israélien, mais il est aussi constitué de Français qui vivent ici depuis longtemps. Le spectacle est un mélange du goût du public israélien et du mien. Ma femme est productrice du show et est elle-même une artiste. Nous travaillons ensemble. On fonctionne en indépendants et on se donne sans relâche, avec toute notre âme, pour faire venir les gens. C’est un travail de très longue haleine. En Israël on ne parle pas beaucoup de culture… Je veux dire qu’il existe beaucoup d’émissions sur ce thème en France, mais pas ici. Mon grandpère, Paul Amar, faisait venir dans les années cinquante et soixante des artistes comme Enrico Macias et Charles Aznavour. Lui aussi avait ce goût de l’échange, du partage culturel. Vous importez un petit morceau de Paris, de Montmartre, avec un côté cabaret, titi parisien. Un parti pris que vous revendiquez ? En hébreu, je suis un « chanteur parisien ». J’interprète des chansons françaises connues en Israël. Il y a déjà eu des imitations et des reprises du répertoire français par des chanteurs israéliens. Mais au niveau du vécu, ce n’est pas pareil. Je viens d’un endroit authentique, Montmartre, mes parents avaient un véritable amour de la chanson française et cela m’a beaucoup influencé. C’est pour cela que je me définis comme un chanteur parisien, et j’aime transmettre, expliquer l’histoire de la chanson en hébreu à mon public. Avant de monter sur scène, j’élabore mon décor, j’installe une tour Eiffel, des lumières, une ambiance, les gens aiment ça. J’ajoute que j’écris aussi mes propres chansons et j’en interprète toujours une sur scène durant mon récital. Quel est le chanteur français dont vous vous sentez artistiquement le plus proche ? Toute ma programmation est un véritable plaisir. Il y a bien 15 à 20 chanteurs que j’adore. Celui que je trouve le plus accessible, avec une belle grandeur d’âme, est Alain Barrière, et j’apprécie aussi Pascal Danel qui a connu, lui, une carrière plus courte. Et puis il y a les incontournables, bien sûr, avec Brel et Amsterdam, Léo Ferré, si plein de truculence, Macias. Piaf. Montand qui véhicule une belle énergie et dont les titres Le ciel de Paris et Les grands boulevards sont un régal. Chaque chanson est une petite pièce d’un puzzle qui me donne un plaisir complet. Vous vivez en Israël aujourd’hui. Vous avez créé un pont culturel tout en retrouvant vos racines et votre identité juive. Peut-on parler de réconciliation ? Non, réconciliation signifierait qu’il y a eu conflit, ce qui n’est pas le cas. J’ai simplement tiré mon épingle du jeu… Je suis un « errant », un peu comme Moustaki qui avait des origines italiennes, grecques… J’ai moi aussi des racines très diverses. J’en tire profit, et du plaisir, avec ce côté juif qui fait qu’on arrive toujours à s’en sortir ! Créer un pont culturel, c’est très important, comme cette alliance que je noue avec le public pendant deux heures environ. Un rituel pour « en-chanter » le public, c’est le but. Quel est votre plus beau souvenir de concert en Israël ?Il y a eu une époque où je faisais monter un couple sur scène pour leur chanter une chanson. Une fois, il s’agissait justement du jour d’anniversaire de la femme… Un autre soir, j’ai fait monter sur scène une jeune femme très enjouée, heureuse d’être là, de danser. L’homme qui l’accompagnait lui a fait sa demande sur scène ! Il n’y avait rien de calculé. Les gens parfois pleurent aussi, c’est très émouvant. Marshall Marin se produira : Le 21 juillet à 18 heures au Theatrone Givatayim de Tel-Aviv Le 27 août à 20 heures à Herzliya Le 31 août à 21 heures à Yaffo Réservations : 054 668 58 58