Vers une 3e Intifada ?

Crise économique, déclin de l’Autorité palestinienne et montée du Hamas : nouvelle flambée de violence.

11 521 (photo credit: Reuters)
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Une simpleaffaire de temps. Selon certains observateurs palestiniens, la question n’estplus de savoir si une 3e Intifada aura bien lieu en Judée-Samarie, mais quand.L’impasse du processus de paix et la crise économique ont heurté l’Autoritépalestinienne de plein fouet.

Dernier coup de grâce : la décision israélienne de suspendre le transfert desrecettes d’impôts revenant à Ramallah en raison de la démarche unilatéralepalestinienne à l’ONU qui a abouti à sa reconnaissance en tant qu’Etatobservateur. Pour certains, il ne fait plus de doute que la région soit sur lepoint de s’embraser. Et, de fait, un sondage réalisé par le Centre des médiaset de la communication palestinienne à Jérusalem deux semaines aprèsl’opération Pilier de défense, et publié le 20 décembre, montre une nettehausse du soutien à la résistance armée. Pour 70,6 % des sondés, c’est le Hamasqui a gagné le bras de fer avec Israël. Conséquence logique : hausse du soutienau mouvement islamiste dans les Territoires de Judée-Samarie ainsi qu’à lalutte armée, que 32,6 % approuvent.

Salaires impayés : la frustration grimpe 

Selon un responsable sécuritairepalestinien, qui désire conserver l’anonymat, les habitants des Territoiressont de plus en plus frustrés car ils ont compris que « le gouvernement Hamas,qui vit en état de siège, est capable de payer ses fonctionnaires, services desécurité inclus, tandis que l’AP, qui a fait le choix de la paix et de lanon-violence, ne l’est pas ». Et d’ajouter : « Que doivent-ils conclurelorsqu’ils voient Israël passer un accord de cessez-le-feu avec le Hamas, qui abombardé l’Etat hébreu de roquettes iraniennes, alors que l’AP, qui choisit ladiplomatie, est ignorée et punie ? Ceci peut sans conteste mener à une 3eIntifada, que nos forces de sécurité seront incapables d’endiguer ».

Le général de division Adnan Damiri, porte-parole des services de sécurité del’AP, explique, quant à lui, que la saisie israélienne des fonds revenant àRamallah a « un impact catastrophique sur le peuple palestinien ». Selon unsondage conduit par le PCPSR (Centre palestinien pour les études et lessondages politiques) du 13 ou 15 décembre derniers, pour 27 % des Palestiniens– Judée-Samarie et bande de Gaza confondues - la pauvreté et le chômageconstituent le premier des problèmes, avant l’occupation israélienne,l’expansion des implantations et l’absence d’unité nationale entre le Fatah etle Hamas. Plusieurs manifestations ont déjà eu lieu en Judée-Samarie au coursdes derniers mois contre le coût de la vie, et l’AP est très lourdementcritiquée pour son incapacité à honorer en temps et en heure les salaires deces quelque 174 000 employés, en partie du fait de la saisie opérée parJérusalem. Pendant ces rassemblements, la colère des manifestants était dirigéeà la fois contre Israël et l’AP, bien que le gouvernement de Ramallah aitcherché à blâmer uniquement l’Etat hébreu.

Certes, la récente victoire du président Mahmoud Abbas, qui a conféré un statutd’Etat observateur à l’AP, a remonté le moral des Palestiniens deJudée-Samarie, mais c’est une victoire toute symbolique qui nécessite desmesures concrètes pour devenir une réalité. Et certains responsables craignentque les manifestations non violentes, encouragées par l’AP ces dernièresannées, ne dégénèrent en une vague de violences.

Le 22 décembre, Abbas a fait planer la menace d’un démantèlement de l’Autoritépalestinienne, du fait de ses finances. Quelques jours plus tôt, le Premierministre Salam Fayyad avait appelé à une Intifada économique fondée sur leboycott des produits israéliens. Enfin, Abbas a également menacé de dissoudreles neuf Bataillons de sécurité, financés par les Etats-Unis et formés enJordanie, dont certains officiers pourraient très facilement tomber dans lesbras du Djihad islamique et du Hamas. Pire encore : de nombreux policiers del’AP n’ont pas perçu leurs salaires du mois de novembre, puis ont en reçu lamoitié seulement le 23 décembre. Le 14 décembre, de violents affrontements ontéclaté entre manifestations et la police anti-émeute palestinienne à Bab Zawiya(à la frontière entre les deux secteurs d’Hébron, H1 et H2, sous contrôleisraélien) à la fin d’un rassemblement fêtant les 25 ans du Hamas.

Quelques dizaines de Palestiniens avaient déjà accosté des troupes de Tsahal unpeu plus tôt pendant les festivités.

Le Hamas, grand gagnant 

Selon un haut-gradé de Ramallah, tenant également àconserver son anonymat, même le Shin Bet (agence de sécurité intérieure)prévoit une éruption de violence en Judée-Samarie. L’homme avance même que leprochain gouvernement israélien, élu le 22 janvier, sera encore plus à droiteque le précédent et pourrait en réalité se réjouir d’une explosionpalestinienne, qui lui éviterait d’être contraint aux négociations sous lapression internationale.

Mais alors que l’AP se prépare au pire, aucun ordre opérationnel n’a encore étélancé. « Pour l’instant, il n’y a encore aucun changement dans les ordres etles instructions donnés concernant le maintien de la sécurité en Judée- Samarie», explique le général de division Hazim Attallah, chef de la police palestinienne.« Aucune détérioration de la discipline n’est à déplorer au sein des forces desécurité, mais je crains les effets délétères de la pénurie d’argent,d’équipement, d’armes et de munitions sur nos troupes ».

« Les officiers voient leurs salaires bloqués, alors pourquoi devraient-ilsempêcher les Palestiniens de lancer des pierres contre les Israéliens ? »,ajoute une autre source. « Ils n’ont aucune raison de le faire ». Les servicesde sécurité de l’AP ont néanmoins récemment intensifié leurs opérationssecrètes afin de surveiller tout mouvement monétaire suspect de la part duHamas, craignant que le mouvement islamiste n’active ses cellules dormantesafin de lancer un nouveau cycle de violence. En particulier, la police redouteune infiltration des manifestations pacifiques aux points de passage israéliensqui sèmeraient la violence et le chaos, à l’image d’une attaque d’uncommissariat de l’AP en septembre dernier.

A la différence de la seconde Intifada, lancée fin septembre 2000, et dontYasser Arafat espérait faire usage à la table des négociations, une troisièmeIntifada pourrait signer l’arrêt de mort de l’AP. Toujours selon certainshauts-gradés, le Hamas a intérêt à ce que la situation dégénère enJudée-Samarie.

Cela prouverait la faiblesse de Ramallah et encouragerait à la prise du pouvoirpar le mouvement islamiste via les urnes. Les cadres du parti, à Gaza commeailleurs, se sont sentis pousser des ailes à la vue des manifestations desoutien pendant l’opération Pilier de défense dans la zone, pourtant souscontrôle du Fatah. Et les leaders du Hamas d’appeler de leurs voeux cetteIntifada afin de libérer la Judée-Samarie de l’occupation israélienne. ARamallah, on considère ces appels comme une stratégie visant à dominer larégion. Et, de fait, durant de récentes négociations entre Fatah et Hamas envue d’une réconciliation, les Gazaouis ont conditionné tout futur accord à unesuspension totale de la coopération militaire entre Israël et l’Autoritépalestinienne.

Pour en revenir au sondage du PCPSR, ses conclusions montrent que 48 % desPalestiniens, Judée-Samarie et bande de Gaza confondues, éliraient le leader duHamas Ismaël Haniyeh si des élections avaient lieu actuellement, contre 45 %pour l’actuel président Abbas.

De bien sombres auspices, alors que tous les regards sont tournés vers lesélections générales israéliennes.