A la recherche des trésors du Temple du Roi Salomon

Une expédition britannique du début du 20e siècle s’était donné pour mission – impossible – de venir à bout des secrets du Mont du Temple.

Temple Mount aerial from north 370 (photo credit: BiblePlaces.com)
Temple Mount aerial from north 370
(photo credit: BiblePlaces.com)
Il y a un peu plus de cent ans, en août 1909, un yacht de luxenaviguait vers le port de Jaffa. A son bord : le capitaine Montague Parker etun groupe d’amis, quelques rudimentaires équipements miniers et une réserve delivres-sterling.

Parker était en route vers Jérusalem, à la recherche des trésors du Temple deSalomon cachés, selon la légende, dans un passage secret sous le Mont.

Montague Parker était officier dans les Grenadier Guards (L’un des cinqrégiments d’infanterie de la Garde de la Maison du souverain dans l’arméebritannique - ndlr) et s’était distingué au combat lors de la guerre des Boers,en Afrique du Sud.

Il avait obtenu le grade de major, mais préférait conserver celui de capitaine,plus universellement connu. C’est à la fin de la guerre qu’il rencontre unamateur finlandais spécialiste de la Bible, Valter Juvelius, qui avait étudiédes documents ésotériques en hébreu et autres langues pour parvenir à laconclusion que les objets du Temple reposaient dans un lieu tenu bien secret àJérusalem.

Tout ce qu’il restait à faire, c’était de trouver l’argent pour dépêcher uneexpédition à la recherche des trésors anciens.

Parker, intrigué, décide de réunir les fonds pour mener à bien cetteentreprise. En tant que neveu du comte de Morley, ses relations aristocratiquesvont lui permettre d’amasser la somme nécessaire de 50,000 £ - l’équivalent deplusieurs millions de livres aujourd’hui. Les commanditaires devaient recevoirleur part des trouvailles, l’Arche de l’Alliance seule étant évaluée à 20 foisla somme nécessaire pour l’expédition.

Une fois l’argent en poche, Parker se rend à Constantinople pour obtenir lefameux « firman » - décret royal émis par un souverain dans certains paysislamiques – afin d’entreprendre des fouilles près du Mont du Temple. Ce serachose faite, grâce à un brin de corruption judicieuse. Parker persuadeégalement deux fonctionnaires ottomans sous-payés de le suivre à Jérusalem,pour la somme princière de 200 livres turques par mois et une part du butin,avec pour mission de superviser le travail.

Les conseils d’une boule irlandaise 

Tout est fin prêt. Depuis Jaffa, l’équipese rend sur le Mont des Oliviers, à l’hospice Augusta Victoria tout justeachevé, pour y ériger son QG.

Avec l’aide de ses deux superviseurs turcs, Parker et ses hommes s’attèlent àla tâche sur une zone de terrain située près de l’entrée du système d’eau Gihon- connu à l’époque sous le nom de Printemps de la Vierge – entrée encerclée etgardée par les troupes turques, qui en interdisaient l’accès aux locaux etautres visiteurs. Le pacha de Jérusalem, Azmey Bey, qui avait reçu un généreuxpot-de-vin, fermait les yeux sur les travaux.

Mais l’activité de Parker va naturellement susciter une grande inquiétude ausein de la communauté archéologique. Si les Allemands, Français et Britanniquesavaient tous leurs missions à Jérusalem, Parker ne révélait aucune informationet ne permettait aucune inspection du site. Ses hommes procédaient à lafouille, mais c’étaient des amateurs et le travail avançait lentement et sansgrand résultat.

De retour à Londres, le chercheur finlandais Juvelius décide de faire appel àun voyant irlandais qui, après s’être penché sur les documents, envoie desinstructions à l’équipe : il faut, selon lui, explorer le long tunnel d’eau.

Parker décide alors de voyager à Londres pour obtenir les services de deuxingénieurs des mines qui avaient participé à la construction du chemin de fermétropolitain, la première ligne du métro londonien. Puis, il prend une autreexcellente initiative : persuader Père Louis-Hugues Vincent, de l’Ecolebiblique Sainte-Etienne de Jérusalem, de rejoindre l’équipe et de la guider àtravers le canal d’eau, connu sous le nom de Tunnel d’Ezéchias. Là,précisément, où le medium irlandais a assuré l’existence d’un passage secretqui mènerait aux trésors sous le Mont du Temple.

Père Vincent, professeur d’archéologie à la célèbre Ecole française, avait uneréputation d’éminent expert en archéologie de Palestine. Sa présence sur leslieux va immédiatement donner à l’entreprise une nouvelle respectabilité auxyeux des missions locales archéologiques.

Un tunnel d’eau qui vaut de l’or 

Le tunnel hydrodynamique avait été découvert70 ans plus tôt, mais les premiers explorateurs ne s’y sont véritablementaventurés que 30 ans plus tard. Quand le lieutenant Charles Warren et lesergent Birtles du Fonds d’exploration de Palestine bravent alors un tunnelrempli de vase, de débris et de pourrissement d’ordures ménagères. Parker vadécider de le nettoyer à fond afin de trouver le passage secret plus aisément.Vincent accepte de participer à l’expédition, y voyant une opportunité uniqued’examiner soigneusement le tunnel, et de faire une grande contribution àl’archéologie de Jérusalem.

Lorsque Warren et Birtles traversent le tunnel, en 1867, ils doivent ramper àplat ventre, munis d’une boussole, d’un calepin, d’un crayon et de bougiesqu’ils tiennent entre leurs dents, avec la menace constante d’être submergéspar un flot d’eau et de déchets. Warren va ainsi découvrir plusieurs passages àla fin du Gihon, dont l’un est toujours connu comme le «Puits de Warren».

Des années plus tard, Père Vincent consent d’emprunter le même trajet, maisdans un confort relatif, à la suite des hommes de Parker, qui ont dégagé un bondemi-kilomètre de longueur.

Vincent est heureux, mais Parker reste insatisfait : aucun passage secretmenant sous le Haram es-Sharif ne lui est apparu.

En désespoir de cause, il décide de télégraphier à Londres, en quête denouveaux conseils. La réponse ne se fait pas attendre : Parker doit commencer àfouiller sur le Mont du Temple lui-même, à l’angle sud-est de la zone appeléeEcuries de Salomon. Il faudra une fois de plus user de corruption, mais celan’arrêtera pas Parker.

Lui et ses hommes travaillent plusieurs nuits clandestines sur le Mont, avecpeu de succès. Le medium irlandais leur a conseillé de commencer à creuser dansla Grotte des Esprits, située sous Even Shetiya, la pierre de fondation, aucentre du Dôme du Rocher, à l’emplacement où, selon la tradition, Mahomet estmonté au ciel sur son cheval El-Bourak, et où, deux mille ans plus tôt, Abrahams’était préparé à sacrifier son fils Isaac. Selon une tradition ancienne, lagrotte contenait un puits, connu sous le nom de Puits des Esprits, qui devaitmener vers un fabuleux trésor secret.

Précisément ce que Parker voulait découvrir.

Si le pacha de Jérusalem et le responsable du Dôme du Rocher, Cheikh Khalil,avaient été grassement soudoyés, ce n’était pas le cas du simple gardien, quitravaillait de jour.

Les deux héritages de Parker 

Une nuit d’avril 1911, Parker part en expédition,bien décidé à en découdre avec le trésor. Mais malheureusement pour lui, cesoir-là, le gardien, qui rentrait habituellement chez lui à la fin de sabesogne, avait décidé de dormir dans le Dôme, sa maison étant envahie devisiteurs pour la fête musulmane à Nebi Moussa (sur la route de Jéricho, d’oùl’on pouvait apercevoir la tombe de Moïse), qui coïncidait avec la Pâque juiveet la Pâque chrétienne.

Alerté par le bruit de Parker et ses hommes qui martelaient et creusaient, legardien superstitieux s’est alors précipité vers la grotte pour y trouver desouvriers à l’allure étrange. Il s’enfuit en hurlant pour sonner l’alarme etappeler la police.

L’histoire fait grand bruit vite parmi les fidèles du Mont du Temple. Maiscomment rétablir l’ordre lorsque des rumeurs se répandent sur un grouped’infidèles qui se sont infiltrés dans la grotte et se sont enfuis avec laCouronne de Salomon, l’Arche de l’Alliance et l’épée de Mahomet.

Profitant de la fureur générale, Parker et ses compagnons réussissent à seglisser discrètement hors de la ville pour regagner Jaffa. Mais la partie estperdue : la police a télégraphié à Jaffa, où ils sont appréhendés, etdeviennent les cibles d’une autre foule en colère.

Parker doit prouver qu’il ne détient (malheureusement !) aucun des trésorsprésumés et invite la police à inspecter son yacht l’après-midi, et à discuterde l’affaire en toute tranquillité.

Les officiers acceptent, mais bien évidemment, à leur arrivée, le bateau a levél’ancre et vogue au large depuis belle lurette.

Ainsi se termine la carrière archéologique de Montague, Parker et leurs joyeuxcomparses.

Une mission vouée à l’échec, malgré les efforts de Valter Juvelius et de sonvoyant anonyme irlandais, et les grosses sommes d’argent délestées parl’aristocratie britannique.

On ne sait rien de plus de Parker, et de ce qu’il a raconté à ses mécènes déçus,mais il a laissé deux héritages, un bon et un mauvais.

Le premier est l’excellent travail accompli par le Père Vincent, dont l’enquêteet les conclusions servent encore aux archéologues d’aujourd’hui. Le second estl’animosité suscitée par les aventuriers, qui s’est désormais étendue auxvéritables archéologues, et empêche toujours toute fouille sur le Mont duTemple. u Stephen Gabriel Rosenberg est membre eminent de l’Institut W.F.Albright de recherché archéologique, Jérusalem.