D’Amalek à Auschwitz

«Souviens-toi de ce que t’a fait Amalek».

1912JFR24 521 (photo credit: DR)
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Un impératif moral catégorique pour tout Juif, une devise éthique kantienne pour tout être humain dont Thibault Verbiest a fait un roman de fiction mêlant histoire, géopolitique, physique quantique et kabbale.

« L’idée lui estvenue, elle le foudroya» ditil, un samedi ensoleillé du mois de mai 2008, alorsqu’il se baladait dans un hippodrome d’une commune verdoyante de Bruxelles. C’était«comme une inspiration murmurée, un projet fou d’écriture : des soldatsisraéliens téléportés dans le camp de concentration d’Auschwitz».

Thibault Verbiest plonge aussitôt, avec la passion du chercheur, dans leslivres, films et sites spécialisés. Il se fait aider par Félix Gumacher, unrescapé des camps qui a passé trois ans à Auschwitz. Et fait notamment des«rencontres miraculeuses», des «coïncidences inspirantes», qui l’aident dansses recherches. Comme par exemple un colonel de Tsahal qui s’assoit près de luipar hasard, dans le bar d’un hôtel international de Bruxelles, ou unex-ambassadeur d’Israël qui se retrouve assis en face de lui dans un Thalys,alors qu’il avait proféré son nom la veille.

L’intrigue : dans un Moyen-Orient en plein chaos, des islamistes fanatiquess’allient à des évangélistes américains pour précipiter la fin des temps, dansun complot apocalyptique qui suppose la destruction de l’Iran et d’Israël. Neufsoldats israéliens sont sélectionnés pour une mission de la dernière chance. Untéléporteur, basé sur une technologie jusqu’alors inconnue, doit les envoyerdans une base égyptienne secrète pour éviter une guerre nucléaire. Le commandoest téléporté, mais la destination n’est pas celle prévue.

Ils se retrouvent à quelques kilomètres d’Auschwitz, en 1943... Là, ils vontcroiser de nombreux personnages, certains fictifs, d’autres réels (par exemple: Mala Zimetbaum - détenu -, Kaminski - Kapo -, Stefan Baretzi - SS). Et bienréels sont aussi les réseaux de résistance à l’intérieur du camp, sujet peutraité en littérature.

Certains personnages retiennent particulièrement l’attention du lecteur. Petitportrait de certains d’entre eux : - Leah Ben Gibor, la célibataire solitaireet froide, de l’unité des tueurs professionnels du Mossad Kidon.

-Sarah Shabtai, la reporter pacifiste pro-palestinienne, en service sous lesdrapeaux.

-Noam Melekh, l’avocate éthiopienne, membre des renseignements de l’armée del’air.

- Nathan Weisz, l’héritier de l’empire Devcon, expert en communications dansl’unité des parachutistes.

- Hussein Jibril, le Druze rebelle, de l’unité canine Oketz, spécialisée dansla traque de fugitifs.

- Tomer Haniel, le kibboutznik paraplégique, fils d’un survivant de la Shoah,militant sioniste de gauche servant dans une unité spéciale du génie militaire.

- Et Yankel Gnod, l’ultra ultra-orthodoxe antisioniste de Méa Shearim, devenuofficier dans le bataillon des Juifs orthodoxes. 
Amalek, de ThibaultVerbiest, Edition Avant-propos, 2012 

Dans la Genèse, Amalek est le chef desAmalécides, une tribu de nomades qui attaque les Hébreux dans le désert duSinaï, immédiatement après l’Exode d’Egypte. Dans le judaïsme, les Amalécites représententl’ennemi archétypal des Juifs, et dans le Yiddishland des années 1930, le motAmalek était souvent utilisé pour désigner les antisémites, notamment lesnazis.

L’Exode, 17, 8-16 : « Les Amalécites surviennent et combattent contre Israël àRephidim. Moïse dit alors à Josué : ‘Choisis-toi des hommes et demain, sorscombattre Amalek ; moi, je me tiendrai au sommet de la colline, le bâton deDieu à la main.’ Josué fit ce que lui avait dit Moïse, il sortit pour combattreAmalek, et Moïse, Aaron et Hour montèrent au sommet de la colline. LorsqueMoise tenait ses mains levées, Israël l’emportait, et quand il les laissaitretomber, Amalek l’emportait. Comme les mains de Moïse s’alourdissaient, ilsprirent une pierre et la mirent sous lui. Il s’assit dessus tandis qu’Aaron etHour lui soutinrent les mains, l’un d’un côté, l’autre de l’autre. Ainsi sesmains restèrent-elles fermes jusqu’au coucher du soleil. Josué défia Amalek etson peuple au fil de l’épée. L’Eternel dit alors à Moïse : ‘Ecris cela dans unlivre pour en garder le souvenir, et déclare à Josué que j’effacerai la mémoired’Amalek de dessous les cieux.’ Puis Moïse bâtit un autel qu’il nommel’Eternel-Nissi car, dit-il : ‘La bannière de l’Eternel en main ! L’Eternel esten guerre contre Amalek de génération en génération.’»


Dieu à 12 heures 
Un «polar kaléidoscope » dans lequel, « malgré leurs diversités spatiales ettemporelles », «les intrigues politiques, sentimentales, mystiques,s’entretissent adroitement, et où « le passé répond au présent, et l’ésotérismeà la science ». 

Quelques mots, d’abord, sur l’auteur de ce Da Vinci Code local,qui compte parmi les arrière-petits-neveux de Théodore Herzl. Il grandit àLyon, avant de faire son alya à 15 ans, puis d’intégrer l’unité desparachutistes de Tsahal, dont il sera officier réserviste pendant 25 ans. Cechef d’entreprise de Tel-Aviv est amateur d’histoire et de religions et membrede la Société napoléonienne internationale.

Dans ses remerciements, il n’oublie pas Michel Houellebecq qui a beaucoupcontribué, dit-il, à la parution de son livre, directement et indirectement :Dieu à 12 heures.

La couverture de l’ouvrage est révélatrice de la teneur : un avion de chasseisraélien survolant la coupole du Dôme du Rocher à Jérusalem, lieu originel et prédestinédu Troisième Temple, le Bayit Shlishi, dont la volonté de reconstruction estl’étape ultime de ce récit de (science) fiction.

L’auteur, qui écrit très bien, a voulu embrasser l’ensemble du sujet, couvrantdans leur intégralité tous les aspects de l’actualité, de l’histoire, de lagéographie, de la géopolitique, des relations internationales, de la mystiquejuive, etc.

Le héros de cette passionnante fresque contemporaine abondamment documentée,c’est Aaron, gamin d’une cité lyonnaise, puis pilote d’élite de l’arméeisraélienne.

Passionnés d’aviation, serrez vos ceintures : il est aussi question desprouesses d’un F-22 qui ferait pâlir de jalousie le F-35 que le Pentagone faitmiroiter à Israël. Aaron côtoie kabbalistes, évangélistes, messianistes, etautres prophètes exaltés, comme le rabbin Ariel Etzinger, qui dirige l’Institutdu Temple surplombant le Mur occidental et dont l’objectif est de remettre lelieu saint et ses traditions à l’ordre du jour, et de préparer la prise decontrôle sur Har Ha-Bayit, avec l’aide du pasteur Thomas W. Farmer, fondateurde l’association sioniste chrétienne américaine.

Farmer est dans la lignée de ces chrétiens sionistes qui se sont élevés contrel’antijudaïsme catholique, contre la politique de diabolisation etd’endoctrinement du Vatican et ont été les précurseurs du sionisme politiquejuif : Olivier Cromwell, le comte de Shaftesbury, Lloyd George, Lord Balfour.

Gog et Magog

Après la rébellion morale de Martin Luther contre l’Eglise, cesprotestants se sont mis à lire la Bible avec les visions de Daniel, d’Ezéchielet de l’Apocalypse, avec par exemple ce verset de la Genèse où Dieu parle deson peuple : « Je bénirai ceux qui te béniront, et qui t’outragera Je lemaudirai, et par toi seront heureuses toutes les races de la terre».

Les Juifs seront les seuls à tenir tête à la formidable coalition quel’Antéchrist formera contre Israël, après la destruction des «hideuses» coupesconstruites sur le mont du Temple au 7e siècle. L’antéchrist, le diable ? Non,un de ses disciples. Le terrible affrontement aura lieu sept ans après leravissement et la reconstruction du Tabernacle (annoncé par la naissance d’uneVache rousse) dans la vallée de Megiddo (Armageddon).

En mission aux commandes de son appareil, Aaron prend le temps de méditer surla décadence morale et esthétique de la société israélienne, tel Antoine deSaint-Exupéry dans Vol de Nuit : corruption, cynisme, matérialisme, engouementhystérique pour les émissions de téléréalité.

« Le peuple hébreu devenait hédoniste et vénal, une prostituée lascive selivrant à la consommation de masse et aux plaisirs faciles comme ses ancêtresau veau d’or.

Comment ces soldats affronteraient-ils les fondamentalistes qui sauraientexploiter ce talon d’Achille ? » Nous sommes au coeur du choc descivilisations, une confrontation de Titans judéo-islamique, par-delà le conflitentre Israël et le monde arabe/l’Iran (nucléaire). Gog et Magog. Le Bien et leMal. Le Jour du Jugement dernier... - J.S.

Dieu à 12 heures, roman de Raphaël Rosenbaum, Editions D.R., 2012