Fêtez l’amour et le vin

Rendez-vous extatique des sens.Ou quand l’amour se mêle à la musique et au vin

Yair Haidu (photo credit: Clay McLachlan)
Yair Haidu
(photo credit: Clay McLachlan)

A l’occasion defête de l’amour, l’amphithéâtre de Raanana célèbrera les fonctions du vin etson rapport au plaisir des sens. Le tout dans le cadre d’un opéra auxinfluences italiennes dont les textes seront interprétés par Francesco Demuro,ténor originaire de Sardaigne sous la direction de l’orchestre symphonique deRaanana. Un projet artistique, né de la pensée du producteur, Benny Moran, etde Yair Haidu, oenologue franco-israélien.

Le 4 août prochain, sous les auspices de la chaleur de l’été et de Tou Beav, lelexique de l’amour sera à l’honneur. L’idée première des deux créateurs :insérer le thème de passion sur la voie de la dégustation de vin, point finalet conclusion du spectacle. Quelques crus pour cette occasion exalteront lessens en hommage aux trente ans des vins millésimés du Golan et aux vingt ans deproduction artistique de l’orchestre symphonique de Raanana. “Ce sera un grand moment pour les Israéliens. Nous, producteurs de cespectacle, envisageons le vin avec amour, le vin comme célébration. Les deuxmondes seront dès lors liés par la musique et le contexte. Ce sera un événementextraordinaire !”
Le vin, unincontournable


Le vin et l’amouront toujours fait bon ménage. Adjuvant de l’imaginaire, le pouvoir de cetalcool rompt la bride de l’inhibition, le fantasme s’épanche à son gré, ledésir attisé rapproche femmes et hommes, toutes personnes d’un soir et d’unmoment ensemble sont réconciliées pour un désir assouvi à satiété. A qui sauraapprécier et recevoir, cet opéra sera ce pont à enjamber pour retrouver del’autre côté l’univers savoureux auxquels ces deux producteurs nous invitent. Journaliste critique, oenologue et connaisseur des grands crus du monde et dela région, Yair Haidu note actuellement, eu égard aux vins d’Israël : “unereconnaissance mondiale gagne du terrain”.

Pays du Moyen-Orient, berceau des premières productions viticoles de l’histoirehumaine, Israël naturellement rassemblait toutes les raisons pour un telspectacle. “Une tradition est en train de se créer,” insiste Haidu. “Il faut parler d’unengouement. Aujourd’hui, le public s’intéresse un peu plus à la culture européenne,française, italienne, à la gastronomie du Vieux continent.” Israël est un jeune pays dont les traditions trouvent leurs racines tant dansle bassin méditerranéen que dans ces pays dont est originaire sa diaspora,groupes d’individus éclatés sur tous les continents, éléments disparates d’unelongue histoire tumultueuse. Doté d’une cuisine riche aux combinaisons decouleurs et aux saveurs infinies, sophistiquées ou alambiquées, brassage desavoirs millénaires, de facto le vin y détient sa place. Être à même d’endécrypter ses secrets de fabrication, le comprendre et en avoir une complètemaîtrise suscite souvent enthousiasme et intérêt. “Le vin est devenu unbreuvage international,” note Yair Haidu. “Israël dans ce sens cherche unstatut et trouve de plus en plus sa place sur la scène mondiale viticole”.

Vertus et excès d’un élixir désinhibant

Par sespropriétés éthyliques, le vin libère des peurs, délie les langues. Selon lesproducteurs de la soirée, le vin suscite les mots, en adéquation avec lapuissance de l’amour qu’il peut faire jaillir, comme un terreau complémentaire,un ciment qui apparaît alors comme la base de la pierre angulaire de tout typede rapports. Source indubitable de plaisir à toutes les époques, il n’en recèle pas moinscertains pièges, souvent invisibles, auxquels conduira l’excès, l’inexpériencedu néophyte par une propension à un emballement imprudent. L’engouement que levin suscite peut faire place à l’emportement. Le ravissement et la poésie de la séduction peuvent se désagréger et débouchersur le néant. Le discernement n’étant dès cet instant, plus, le pétillementvisuel se parera d’une brume éthylique toxique.

Le chemin de l’excès mène-t-il au palais de la sagesse ? Probablement, l’unedes plus célèbres et énigmatiques questions que William Blake, adeptebritannique de l’ésotérisme, a posées. Un proverbe dont l’écho répercuté àtravers les époques jusqu’à aujourd’hui trouve une résonance sur les pages duscript de cet opéra dont Yair Haidu est le rédacteur : “L’excès est une mesurepour rappeler à l’ordre !” nous dit-il. Et de revenir sur les originesbibliques de la vigne de Noé que Satan a frelatée : “Au premier verre, l’hommedevient doux comme l’agneau, au deuxième fort comme le lion. Le troisième lerend ridicule comme le singe, le quatrième, noyé dans les immondices, il n’estplus qu’un goret”. Dionysos, symbole céleste de la fête grivoise et des excès du vin et duthéâtre, renferme chacune de ces caractéristiques que le spectacle déploieradevant l’assistance.

Un parcours que le novice indécis trouvera parsemé d’invitations brillantes decontradictions infernales, d’un côté somptueuses de l’autre terrifiantes. Yair Haidu en relativise la charge négative et le risque. “Il y a certes undanger que parfois représente le vin, la perte de conscience par exemple. Il ya une même problématique à chaque fois dans chaque religion. Il faut éduquer.Avant, l’alcool apparaissait comme par magie. Maintenant, nous savons que leslevures en sont responsables.” Démystifier le vin Fondateur de l’Académie du Vin en Israël, Yair Haidu en saitquelque chose et place la transmission de ce savoir et le développement du goûtdu public au centre de ses projets : “J’aime enseigner le vin de manièreindirecte. Il faut trouver un moyen de transmettre le symbolisme de cetteculture. Le vin transforme le moment du repas, c’est un moment de partage et deprolongement. Les conversations sont plus profondes, on se défait de ses protections.

Il faut le démystifier !” La production israélienne de vin, de pair avecl’intérêt que le grand public lui porte, s’est progressivement développéedepuis les années 1990. Avant, a-t-il confié, les traditions viniques étaientplutôt absentes. Aujourd’hui, une demande existe. Il ne reste donc plus qu’à la satisfaire, cequi sera sans aucun doute concrétisé ce 4 août : “Ce soir-là, nous boirons à lasanté de tous ! L’histoire du vin sera retracée. Nous allons désacraliser soncôté élitiste pour un rassemblement autour de la fête”... Cet opéra jouera pleinement de tous les atouts que la musique peut attribuer entant que vecteur d’échange et de communication. Au service de cet extraordinaire projet : David Sebba en qualité de chefd’orchestre. Mais aussi, l’accordéoniste virtuose, Emile Aybinder, les solistesDanielle Logsdon, Yael Levita, Karin Shifrin et Shiri Hershkowitz.

Rats d’opéra (accompagnés des parents), spectateurs avertis ou hipsters de toutacabit courant les rendez-vous culturels musicaux, reconnaîtront quelquesmélodies tziganes mêlées de célèbres airs d’oratorios tels que Carmen,Rigoletto, Samson et Dalila ou La Traviata. “Je jouerai le rôle d’ambassadeur d’une culture raffinée très liée àl’esthétique. J’ai une vie d’esthète. Le goût et l’odorat, tout ce qui estvisuel, les arts plastiques et les arts en général... Cet opéra va réconcilierl’état de pensée retenue pour les plaisirs avec l’appréciation du vin,” conclutHaidu.
 Le 4 août à l’amphithéâtre de Raanana : Prix des billets : 109 shekels, 139shekels, 169 shekels.

Réservations : *9006 ou www.eventim.co.il

Prix spécial pour les abonnés de l’Orchestresymphonique de Raanana au: 03-7457773