Marshall Marin, le « chanteur parisien »

Ou comment l’artiste recrée un petit coin de Montmartre dans un spectacle calibré pour le public israélien, et les francophones nostalgiques…

P22 JFR 370 (photo credit: Marshall Marin)
P22 JFR 370
(photo credit: Marshall Marin)

Son univers est fait de souvenirsd’enfance, d’ambiances, de couleurs musicales inoubliables qui évoquent lebitume parisien. Marshall Marin n’a pas oublié d’où il vient, tout en sefondant avec une belle détermination dans le paysage musical israélien.

Recréant dans son spectacle un petit bout de Paris, il nous fait voyager, avecles meilleurs titres du répertoire français, vers cette zone indéfinissable oùse rencontrent le plaisir de la redécouverte de chansons célèbres et lanostalgie d’un pays d’origine délaissé. Une soirée qu’il dédie surtout à unpublic israélien familiarisé aux tubes incontournables de la chanson française,avec un répertoire que l’artiste revisite visiblement avec beaucoup de plaisir.Mais sans trop s’éloigner toutefois de l’interprétation d’origine. Car cerécital reste avant tout une évocation du Paris d’antan, toujours diablementexotique pour les Israéliens adeptes d’un show calibré pour ne pas lesdérouter.

Troubadour, chansonnier, Marshall Marin s’incruste dans un Paris de cartepostale plein de douceur. Des rives somme toute très balisées de la chansonfrançaise, plébiscitées par un public qui en redemande. Entretien.

Quand avez-vous fait votre aliya ? Est-ce une décision qui a suivi ladécouverte de vos origines juives ? 
J’ai fait mon aliya à 24 ans. J’étaistouriste, et au bout d’un an j’avais le choix : partir ou rester. J’ai alorsreçu une lettre du rabbinat qui a tout résolu. C’est la plus belle lettre quej’ai jamais reçue, car elle reconnaissait mes origines juives. Je n’avais rienpréparé, et tout a été fait sur le tas. Bref, j’avais l’obligation de rentrer àParis, et puis il y a eu un évènement tragique, l’attentat de Dizengoff àTel-Aviv. Je travaillais dans un resto, je me suis mis à pleurer, et quand j’aienfin obtenu mes papiers je me suis dit « Je fais partie de ce peuple » et j’aidécidé de rester. Tout a été très intuitif, spontané.

Comment avez-vous eu l’idée de ce spectacle, comment l’avez-vous conçu, est-ceun « mix » de vos goûts et de celui du public ? 
Les deux. Ce qui compte pourmoi, c’est d’être en accord avec le grain de ma voix, ma tessiture. J’aisurtout un public israélien, mais il est aussi constitué de Français qui viventici depuis longtemps. Le spectacle est un mélange du goût du public israélienet du mien. Ma femme est productrice du show et est elle-même une artiste. Noustravaillons ensemble.

On fonctionne en indépendants et on se donne sans relâche, avec toute notreâme, pour faire venir les gens. C’est un travail de très longue haleine. EnIsraël on ne parle pas beaucoup de culture… Je veux dire qu’il existe beaucoupd’émissions sur ce thème en France, mais pas ici. Mon grandpère, Paul Amar,faisait venir dans les années cinquante et soixante des artistes comme EnricoMacias et Charles Aznavour. Lui aussi avait ce goût de l’échange, du partageculturel.

Vous importez un petit morceau de Paris, de Montmartre, avec un côté cabaret,titi parisien. Un parti pris que vous revendiquez ? 
En hébreu, je suis un «chanteur parisien ». J’interprète des chansons françaises connues en Israël. Ily a déjà eu des imitations et des reprises du répertoire français par deschanteurs israéliens. Mais au niveau du vécu, ce n’est pas pareil.

Je viens d’un endroit authentique, Montmartre, mes parents avaient un véritableamour de la chanson française et cela m’a beaucoup influencé. C’est pour celaque je me définis comme un chanteur parisien, et j’aime transmettre, expliquerl’histoire de la chanson en hébreu à mon public.

Avant de monter sur scène, j’élabore mon décor, j’installe une tour Eiffel, deslumières, une ambiance, les gens aiment ça. J’ajoute que j’écris aussi mespropres chansons et j’en interprète toujours une sur scène durant mon récital.

Quel est le chanteur français dont vous vous sentez artistiquement le plusproche ? 
Toute ma programmation est un véritable plaisir. Il y a bien 15 à 20chanteurs que j’adore. Celui que je trouve le plus accessible, avec une bellegrandeur d’âme, est Alain Barrière, et j’apprécie aussi Pascal Danel qui aconnu, lui, une carrière plus courte.

Et puis il y a les incontournables, bien sûr, avec Brel et Amsterdam, LéoFerré, si plein de truculence, Macias. Piaf.

Montand qui véhicule une belle énergie et dont les titres Le ciel de Paris etLes grands boulevards sont un régal. Chaque chanson est une petite pièce d’unpuzzle qui me donne un plaisir complet.

Vous vivez en Israël aujourd’hui. Vous avez créé un pont culturel tout enretrouvant vos racines et votre identité juive. Peut-on parler deréconciliation ? 
Non, réconciliation signifierait qu’il y a eu conflit, ce quin’est pas le cas. J’ai simplement tiré mon épingle du jeu… Je suis un « errant», un peu comme Moustaki qui avait des origines italiennes, grecques… J’ai moiaussi des racines très diverses.

J’en tire profit, et du plaisir, avec ce côté juif qui fait qu’on arrivetoujours à s’en sortir ! Créer un pont culturel, c’est très important, commecette alliance que je noue avec le public pendant deux heures environ. Unrituel pour « en-chanter » le public, c’est le but.

Quel est votre plus beau souvenir de concert en Israël ?
Il y a eu une époqueoù je faisais monter un couple sur scène pour leur chanter une chanson. Unefois, il s’agissait justement du jour d’anniversaire de la femme… Un autresoir, j’ai fait monter sur scène une jeune femme très enjouée, heureuse d’êtrelà, de danser. L’homme qui l’accompagnait lui a fait sa demande sur scène ! Iln’y avait rien de calculé. Les gens parfois pleurent aussi, c’est très émouvant. 

Marshall Marin seproduira : Le 21 juillet à 18 heures au Theatrone Givatayim de Tel-Aviv Le 27août à 20 heures à Herzliya Le 31 août à 21 heures à Yaffo Réservations : 054668 58 58