Qui êtes-vous Max Boublil ?

L’humoriste qui a débuté sur Internet prend aujourd’hui son envol. Et négocie son virage vers la scène adulte, entre provocations et maturité.

P22 JFR 370 (photo credit: DR)
P22 JFR 370
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« Je suis un sale gosse », prévient-il d’emblée. Retarddésinvolte, mèche matinale, vocabulaire… Max Boublil semble en effet cultiverl’image de l’adolescence tardive. Il était à Tel-Aviv le 15 août dernier pourjouer devant les Français d’Israël, invité par Lollyprod. De retour dansl’Hexagone, il jouera à la rentrée les dernières dates de sa tournée Oneman/woman show, avant de se lancer dans l’écriture du prochain spectacle. Quisera « plus mature », a-t-il décidé.

Le passage à l’âge adulte, Boublil en est justement là. Tel était le sujet deson premier succès cinématographique, Gamins, sorti en France en avril dernier.Il coécrit le scénario avec son acolyte Anthony Marciano, qui signe laréalisation. Ensemble, ils embarquent Alain Chabat et Sandrine Kiberlain dans unecomédie loufoque sur la crise de la cinquantaine, la peur masculine del’engagement et du train-train.

La presse est partagée : d’aucuns crient à la meilleure comédie française desdernières années, d’autres à la vulgarité. De l’avis général, voir Alain Chabatretomber en enfance est plutôt jouissif. Le public, lui, en profite. Le filmachève son exploitation en salles avec 1 607 301 entrées. La référence à JuddApatow (géant de la comédie ado américaine drôle et vulgaire) est lâchée. « Lesréférences, c’est parce qu’on se la pète », tacle Boulbil. Le comique précisenéanmoins qu’il préfère l’humour transgressif et non consensuel.

Le fils de Gad et Coluche ? 

Tout a commencé avec des chansons sur Internet. Nédans une famille juive tunisienne, les planches l’attirent au point de ne pasretenter le bac, raté à deux points près. En 2007, il a 27 ans et surtoutenchaîné petits rôles et spots publicitaires. Il décide alors de créer sonpropre univers et sort une série de chansons provoc’ et décalées, directementsur YouTube. Son répertoire ? Ce soir… tu vas prendre, J’aime les moches,Chanson raciste… Le buzz fait le reste. Quelques apparitions sur Canal + plustard, il prend la route avec son premier spectacle Max prend… où il mêlechansons et sketches.

Aujourd’hui, la star d’Internet s’est forgée ses lettres de noblesse. Au pointd’être sollicitée par d’autres réalisateurs. Il est du dernier opus de DanièleThompson, Des gens qui s’embrassent (mars 2013), qui fera un four, et en têted’affiche d’une comédie, Max le millionnaire, attendue pour janvier prochain.

Un parcours qui n’est pas sans rappeler celui d’un autre humoriste juif… GadElmaleh. Il ne nie pas la filiation. « Etre une star d’Internet, c’est commeêtre chez Ryanair. Tu dis “chérie, dès qu’on a de l’argent, on va chez AirFrance”. Quand tu vas voir un spectacle de Max Boublil, tu dis “chérie, dèsqu’on a de l’argent on va voir Gad Elmaleh” », rigole-t-il sur son derniershow. Ce qui ne l’empêche pas d’attaquer le modèle. « Depuis tout petit, jen’aime pas l’humour trop carré, trop quotidien. Passer deux minutes sur unebouteille de shampoing, ça m’ennuie ».

Chez lui, l’observation du quotidien tombe rapidement dans le trash et sous laceinture « C’est quand le type va trop loin, qu’on se dit “oh non”, que ça mefait rire ». Un modèle transgressif qui n’en cache pas moins une intelligenceaiguë et un sens de l’autodérision fort à propos. D’ailleurs, si ses parentsapprécient, ils aimeraient qu’« il aille plus loin ».

D’autres références ? Dans sa génération, il cite Gaspard Proust, chroniqueurchez Thierry Ardisson. Et pour les modèles, évoque Woody Allen. « J’aimel’humour cynique, désabusé. J’aime ce côté, “tout est perdu, donc on en rit” ».Un humour typiquement juif ? « Non, parce que j’aime aussi Coluche, qui maniel’humour juif sans l’être ».

C’est ainsi qu’avance Max Boublil, tout en louvoiements. Qu’on cherche uneaffirmation tranchée dans ses propos, et il botte en touche. « Je n’aime pasfaire une généralité d’un cas particulier parce qu’on tombe dans les banalités.Et dire la même chose que tout le monde, ça ne m’intéresse pas ». Un leitmotivqui reviendra souvent au cours de l’interview, comme une résurgenceadolescente, un besoin de ruer dans les brancards et de ne surtout pas selaisser enfermer dans une case.

Paradoxe de celui qui veut « aller plus loin », mais pas qu’on le prenne ausérieux. « Il n’y a rien de pire qu’un artiste qui s’engage sur un sujet qui ledépasse. Quand j’en vois certains à la télé, j’ai envie de leur mettre desclaques. C’est facile de jouer sur l’émotion et de pousser un coup de gueule,mais on n’est pas plus intelligents que les experts ». Sa chanson raciste ? «Je voulais faire une grosse blague. Il ne faut pas aller chercher plus loin.Moi, je suis juste un sale gosse qui essaye de faire rire en faisant des piedsde nez aux gens ». Sa position d’humoriste juif ? « On ne me pose pas ce typede questions. Je suis déjà dans la bêtise et la provocation, je ne suis pas enposition d’être un porte-parole ».

Comme le reste, son sentiment identitaire est difficile à saisir. S’ilreconnaît qu’Israël a joué un certain rôle dans son éducation (« j’avais unoncle qui m’en parlait souvent »), il répète plusieurs fois qu’il se sent bienen France comme dans l’Etat hébreu et balaye les questions sur l’antisémitisme.« Ce n’est pas quelque chose avec lequel j’ai grandi. J’ai été élevé à Paris,dans le 18e. J’avais des copains juifs et des copains arabes. Le conflitisraélo-palestinien était présent, mais ça n’a jamais été un motif de conflit.On se battait pour des Twix, pour les filles, pas pour ça. Ca ne m’empêche pasde voir ce qui se passe, je ne suis pas idiot. Mais je ne vis pas ça auquotidien ».

Reste malgré tout un sentiment particulier pour Israël. « Ça m’a toujourstouché que la langue que j’ai apprise pour quelques prières soit la languenationale ici. Ou que la fête des Cabanes (Souccot), qui à Paris est un tructout petit, impossible à expliquer à ses amis, soit la norme. Chaque resto a sacabane… Oui, ça m’a toujours ému ». Un instant, l’ironie semble avoir disparude son regard vert. Au point de passer quelques mois dans un kibboutz dans sajeunesse ? « J’aurais pu. Mais je ne suis pas assez courageux », sourit-il encoin, de nouveau plus narquois. Avant de hausser les épaules en s’entendantdire que l’aplomb n’est pas étranger à son parcours.

Pour son prochain spectacle, il a envie de rire du système scolaire. « Leschoix de carrière que l’on fait à 17 ans, les voies de garage en fonction dumilieu social… ». Il n’ira pas jusqu’à déclarer le système trop rigide. Non,car ce serait une banalité. « Mais ce qui est sûr, c’est que la première chosequ’on apprend à un enfant qui ne demande qu’à s’exprimer, c’est de se taire ». Uncarcan dont il se débarrasse, petit à petit.