Lost in Translation…

Vous rencontrez des difficultés à faire reconnaître vos diplômes en Israël ? Vous n’êtes pas seuls. Zoom sur un problème récurrent.

Haifa students at ceremony 370 (photo credit: Arik Baltinester/University of Haifa)
Haifa students at ceremony 370
(photo credit: Arik Baltinester/University of Haifa)
Attention, changement. C’est dumoins la mission que s’est fixée le Collectif franco-israélien, en coopérationavec l’AAEGE Israël (Association des anciens élèves de grandes écoles) et l’AMI(Aliya et meilleure intégration), l’ambassade de France en Israël et le Consulgénéral. Ces organismes donnent de la voix afin de défendre un sujet crucialpour la communauté française en Israël : la reconnaissance des diplômes obtenusen France par l’Etat hébreu. Via ses porte-parole Alain Zeitoun et GérardBenhamou, le Collectif souhaite « promouvoir le rayonnement de la communautéfranco-israélienne et lui permettre d’occuper la place qui lui revientlégitimement au sein d’Israël », en harmonie avec les autres communautés.

Valoriser l’image des Français au pays du lait et du miel est donc le motd’ordre des 14 membres fondateurs lors de la création du collectif en mai 2010.

En vue d’une vidéoconférence prévue le 25 avril entre les ministères françaisde l’Education et de la Santé, des représentants israéliens, des responsablesd’associations et l’ambassade française, retour sur la situation et lesactivités des Franco-israéliens.

Un combat sur tous les fronts

Deux types de diplômes sont concernés par lesproblèmes de reconnaissance. D’abord, les diplômes dits « généraux » : écolesde commerce, universités, écoles d’ingénieurs etc.

Ensuite, les diplômes d’Etat concernant, entre autres, les professions de santéet d’éducation, les travailleurs sociaux, les architectes et les professeursd’art. Dans le premier cas, lorsque les diplômés s’installent en Israël, ilss’insèrent souvent dans le secteur privé et, la plupart du temps, aucunecertification officielle du diplôme n’est requise. Mais dans le second cas, etles emplois dans l’administration, « c’est un autre problème », confientZeitoun et Benhamou. « On demande alors une confirmation officielle de cesdiplômes » en provenance du gouvernement français.

Idéalement, c’est un supplément au diplôme (Suplement diploma), qui estdemandé. Un document qui porte le sceau de l’Union européenne, et, parconséquent, est reconnu par Israël, mais qui fait pourtant blocage en France.La France est en effet un des seuls pays européens, avec la Grèce, la Serbie,la Bosnie et l’Ukraine, à ne pas fournir automatiquement et gratuitement cedocument aux étudiants, traduit en plusieurs langues.

L’Hexagone ne fournit d’ailleurs ce supplément que depuis 2012. Pour lesanciens diplômés, il reste du chemin à parcourir. « Les écoles internationalescommencent à saisir l’importance de l’exportation de diplômes français. Lesétudiants bougent, voyagent, et si notre cheval de bataille est aujourd’huiIsraël, le problème se pose aux Etats-Unis, en Chine, au Japon… La spécificitéde l’Etat hébreu, c’est que les Français qui s’y installent ne sont pas desexpatriés comme les autres » précise Zeitoun. « Notre travail est donc de fairereconnaître le contenu du diplôme, d’obtenir certaines équivalences, le toutpar la pression sur les autorités compétentes ».

Vous avez dit LMD ? 

Outre la délivrance du supplément, la conversion desdiplômes au système universel LMD (Licence-Master-Doctorat), un langage comprispar les autorités israéliennes, pose un problème de taille, notamment pour lesdiplômes d’Etat. La loi en Israël impose le système LMD, voire le « Deug »,désormais rentré dans le vocable des partenaires israéliens. Mais les diplômesd’Etat ne suivent pas ce schéma, loin de là. Sur une durée de 2, 4 ou 5 ans,ces cursus ne sont pas uniformisés en France et fort peu intelligibles àl’étranger.

Sous l’impulsion des associations francophones en Israël, des avancées nonnégligeables ont néanmoins été obtenues : « En 2009, les diplômes d’infirmiersont été reconnus, en 2013, ceux d’orthophonie et de kinésithérapie », sefélicitet- on au Collectif franco-israélien, « mais cela ne concerne que lesétudiants qui commencent leur cursus en 2013 » et feront leur aliya dansquelques années.

Pour ceux qui résident déjà en Terre sainte et tentent de s’intégrer au marchédu travail, l’affaire est loin d’être entendue. Tout comme pour ceux, nombreux,qui possèdent des diplômes pré-LMD aux consonances encore familières :maîtrise, DEA, DESS… En Israël, la loi veut que le nouvel immigrant apporte deluimême la preuve de son diplôme pour pouvoir travailler. A l’inverse, dans lespays européens, ce sont les gouvernements du pays d’accueil qui font leurpropre enquête pour confirmer les cursus universitaires. La loi israélienneest, bien entendu, très controversée. Mais « la révoquer, c’est de l’ordre del’impossible », s’agace-t-on au Collectif.

Alors, on tente surtout d’amortir le choc et d’aplanir les difficultés enorganisant des formations linguistiques et des stages d’adaptation. « Nous recherchonsactivement des financements, et sommes en pourparlers avec la Knesset pour lanaissance d’un ‘cursus’ d’intégration », confirme Zeitoun.

Source de difficultés, la bureaucratie française n’est cependant pas la seule àblâmer. L’absence de communication entre les homologues français et israéliensfreine grandement les changements. Parfois aussi, les syndicats hexagonauxbloquent certaines réformes. L’opacité de l’administration, l’unitéuniversitaire ECTS que la France a mis du temps à mettre en place et leséquivalences LMD non validées, s’ajoutent aux difficultés. Les actionsconcrètes du Collectif et de l’AAEGE consistent donc surtout pour l’instant àtrouver des solutions pragmatiques et réalistes. Un combat mené au quotidien aunom des francophones, pour qui intégration ne rime pas encore avec sinécure.