Scission à L’AUJF

Après 45 ans de collaboration, le Keren Hayesod et le FSJU ne feront plus d’appels aux dons sous l’unique bannière de l’AUJF.

P22 JFR 370 (photo credit: Nir Elias)
P22 JFR 370
(photo credit: Nir Elias)
C’en est fini.Désormais, l’Appel unifié juif de France ne regroupera plus le Fonds socialjuif unifié (FSJU) et le Keren Hayesod. L’AUJF avait pourtant été créé par lesdeux institutions, voilà 45 ans, afin de centraliser les appels aux donsadressés à la communauté juive de France. Un accord historique de 45 ansaujourd’hui rompu.
Selon le Keren Hayesod, qui a vu le jour en 1920, cela fait des années que leFSJU n’arrivait plus à honorer sa part du contrat. Au départ, les deux partiess’étaient entendues pour recevoir chacune 50 % des recettes de l’AUJF, maiscela n’aura pas longtemps été respecté, affirment les responsables del’association Keren Hayesod France. Cette dernière, qui vient de s’installerdans l’hexagone, reprend son autonomie pour devenir une structure de droitfrançais, et peut donc distribuer des Cerfa, sources d’exonérations d’impôtspour les donateurs.
Pour Richard Prasquier, le directeur du nouveau Keren Hayesod France, « l’AUJFn’a plus lieu d’être ». Mais son organisme déplore que le FSJU continue defaire ses collectes sous ce nom, ce qui « peut apporter une confusionprofitable au FSJU ».
A l’origine, les rôles des deux associations étaient bien distinctslorsqu’elles collectaient sous la même bannière : le Keren Hayesod utilisaitles fonds perçus en direction d’Israël et le FSJU, de la communauté juive deFrance. Dorénavant, l’institution israélienne continue seule sa mission, maisle FSJU s’est associé avec d’autres organisations de l’Etat hébreu, afin decontinuer à communiquer sous l’AUJF, ce qui n’est pas du goût de la nouvelledirection du Keren Hayesod.
Autre critique formulée par Richard Prasquier : le fait que le nouvel AUJFreverse ses recettes à des associations bien ciblées, choisies par un comitérestreint, « alors qu’au Keren Hayesod, nous laissons les autoritésisraéliennes décider de qui a besoin des sommes que nous versons. Sur le plansymbolique, il y a là une différence fondamentale ». Le Keren Hayesod regretteaussi qu’aucune communication ne soit faite de la part du FSJU sur laséparation des deux associations et le bouleversement survenu de ce fait ausein de l’AUJF. Il craint que les donateurs ne réalisent pas le changement, etcontinuent à ne verser qu’au seul organisme de l’AUJF. Sans appel au don, lanouvelle association française affirme pourtant avoir déjà reçu de nombreuxsoutiens, ce qui tend à la rassurer, explique-t-elle.
Se réadapter aux besoins d’aujourd’hui
Autre son de cloche chez PatrickChasques, directeur général de la Fondation du judaïsme français. Selon cedélégué pour la stratégie, le marketing, la communication et la recherche defonds du FSJU-AUJF, il faut cesser de considérer Israël comme un Etat desannées 1950 ou 1960. Il estime qu’envoyer des dons à l’Agence juive, donc àl’Etat hébreu moderne et à l’économie actuelle florissante, n’a plus de sensaujourd’hui. Or, c’est ce que fait le Keren Hayesod, critique-t-il.
Selon Patrick Chasques, une restructuration du fonctionnement de l’AUJF étaitnécessaire. Aujourd’hui, Israël est une puissance économique incontestable. En2011, l’Etat hébreu a affiché un PIB de 291 milliards de dollars.
Mais il reconnaît toutefois que derrière ces beaux chiffres, existent de duresréalités. Les inégalités sociales ne cessent de se creuser en Israël, où de grosproblèmes d’intégration se font aussi douloureusement ressentir. C’estpourquoi, dorénavant, les dons adressés à l’Appel unifié seront directementdistribués à des associations choisies par un comité au sein de l’AUJF – ce quelui reproche précisément le Keren Hayesod. Parmi elles : Latet, Oulai, Leket,Sacta-Rashi, Yad Rachel ou encore l’IDC.
« Toutes sont des associations reconnues par l’Etat d’Israël », tient àsouligner Chasques. Pour ce dernier, il n’est pas question d’arrêter derécolter sous la bannière de l’AUJF. « Il s’agit d’une marque qui appartientlégalement au FSJU. Elle a été déposée en 1983 à l’INPI et renouvelée en 2010par notre association, je ne vois donc aucune raison valable de changer de nom», affirme-t-il.
« Notre fondation avait besoin de se réadapter aux réalités d’aujourd’hui.Depuis peu, c’est chose faite. Le FSJU n’a cessé d’aider Israël depuis sacréation en 1950. Cette mission fondamentale est même inscrite dans les statutsd’origine de notre association », note-t-il, refusant de trop s’appesantir surle départ du Keren Hayesod, qu’il qualifie d’anecdotique.
Pour l’actuel délégué du FSJU-AUJF, « il y a de la place pour tout le mondedans le secteur associatif. Les membres du Keren Hayesod sont des amis et noussommes peut-être même complémentaires », conclut-il.