De nouvelles têtes: attraction des élections

Représenter les Français à l’étranger : un mandat qui attire et fait rêver aussi bien les vieux routiers communautaires que les idéalistes.

JFR P19 370 (photo credit: DR)
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A quelques jours de ces élections qui verront l’élection du candidat représentant, à l’Assemblée nationale, les Français de la 8e circonscription, on peut glaner encore, et de manière non exhaustive, détails et révélations inédites sur les parcours des indépendants qui restent dans le peloton.
Les prétendants au poste sont nombreux, et dans la vague des « sans étiquette »dont les candidatures demeurent encore confidentielles ou mal connues, émergentquelques personnalités qui ont su mettre en avant leur singularité ou leursaffinités avec les électeurs qui voteront notamment d’Israël.

Parmi eux, Albert Fratty en est le premier exemple. La figure qui se dessineici est celle du bon père de famille, vivant à Netanya, fief francophone, etqui s’est « fait » tout seul tout au long d’un parcours d’autodidacte. Cefranco-israélien, entrepreneur qui a réalisé son aliya dans les années 1980, afait notamment partie des pionniers de la presse francophone. Il rassure. Alui, les voix des résidents retraités de la pimpante station balnéaire, pourlesquels, sans nul doute, il saura retrousser ses manches, et défendre lesdroits. Car pour convaincre, il faut savoir mettre en avant, si on est douépour cet exercice, un petit accent de proximité.

A savoir, références culturelles et identitaires familières aux électeurs. Mêmelangage, en filigrane.

Sur le terrain de l’empathie avec les électeurs, un nouveau visage, celui deNathalie Mimoun, résidente de Netanya elle aussi, et installée en Israël depuis1986. La battante, la femme active qui projette l’image d’une intégrationréussie, et généreuse. Médecin de métier, elle fait valoir son sens de lasolidarité et insiste sur sa capacité à s’imposer. Favoriser les échangesculturels franco-israéliens, monter au créneau pour une fiscalité adaptée auxrésidents français à l’étranger, c’est son credo.

Entre idéalisme et discours convenus 

Dans les candidatures revendiquantclairement la couleur franco-israélienne, retenons celle de Guy Fitoussiégalement, avocat international, et qui insiste sans complexe sur son statutd’indépendant. Slogan : renforcement du système juridique, défense des droitsdes Séfarades en Israël, intégration d’Israël au sein de l’Union européenne.L’homme met en avant sa double culture, et son attachement à l’Etat hébreuévidemment. Sans oublier, de manière un peu convenue, de fustiger « les autrescandidats à la solde des partis politiques et qui ne cherchent qu’à exploiterles électeurs ». Bigre… Cyril Benjamin Castro, profil avenant, visage affable,et européen en diable, revendique des attaches dans les huit pays de lacirconscription. D’emblée, il se pose comme le défenseur de tous les résidentsfrançais installés à l’étranger, « l’alternative positive » dans une campagneou « personne, à part lui, ne prend le recul nécessaire pour appréhender tousles dossiers ». Castro met en avant ses compétences, le fait qu’il a travailléplusieurs années hors de France. Rompu aux questions d’économie européenne, etaux enjeux sociaux de tous ceux qui détiennent un passeport français et qui «ne sont pas épargnés par leur nationalité, qui n’est pas un bouclier anticrise».

Déjà moins proche de nous, Julien Lemaître, silhouette frêle mais convictionsbien arrêtées, se présente sous la bannière de « Solidarité et Progrès », laformation politique de Jacques Cheminade. Ce lyonnais, web-designerindépendant, a tout du profil de l’autodidacte qui a tracé sa route enfranc-tireur.

Ce trentenaire se veut proche des électeurs de sa génération, dont l’une descaractéristiques est d’être nés avec la crise.

Tordre le cou à cette fameuse peur de l’avenir, l’enjeu est là. Son action : «mener un combat politique pour restaurer une dynamique de développement desinfrastructures et de l’industrie de pointe sur l’Eurasie et dans le bassinméditerranéen notamment ».

Un de ses combats, la lutte contre l’effondrement d’un système financier parl’adoption d’une loi de séparation stricte des métiers bancaires. Pour bâtir «un monde sans la City ni Wall Street, c’est-à-dire sans la mainmise d’uneoligarchie financière sur le destin des peuples. » Une petite musique auxrelents d’Internationale qui a de quoi surprendre – et émouvoir ? – sur leschemins très balisés du discours politique. Et l’idéal, et l’utopie ? Fédérerl’Europe du sud, résoudre les problèmes d’une communauté de Français disséminésdans cette fameuse circonscription, avec une véritable vision, est-ce encorepossible ? Autre visage peu connu, et sympathique, celui de Frédéric Chaouat.Enseignant, proche d’Israël, baroudeur polyglotte citoyen du monde, le candidatse veut riche de toutes les cultures dont il est parti à la rencontre. Chaouatinsiste sur une candidature qui « est avertie des problèmes majeurs auxquels seheurte la population franco-israélienne […] mais dont l’objectif est d’êtretoujours à l’écoute des difficultés majeures des Français vivant dans lesautres Etats membres de la 8e circonscription ».

Proche de la communauté, et notamment du mouvement habad, ne craignant pas defaire référence à la Torah et à des épisodes bibliques pour fustiger l’opportunitéde personnalités politiques bien en vue, l’homme se veut un représentantsincère et dévoué de la cause des Français de la 8e circonscription. Mais lecontenu du programme, au-delà des voeux pieux, reste à définir… De SylvainSemhoun, qui a créé le buzz pour avoir soutenu le FN dans sa quête designatures, on sait finalement peu de chose. Profession de foi laconique, mêmesi on sait qu’il est un élu de l’Assemblée des Français à l’étranger et que, dece fait, l’homme « connaît parfaitement les problématiques de ses compatriotesqui résident hors de la métropole ».

Encore faut-il pouvoir communiquer et créer le débat sur ces fameux problèmes…Comment ne pas s’interroger sur la crédibilité de certains candidats à apporterun nouvel éclairage sur les problèmes de fond, alors même que sur les moyensd’action, tout reste flou et à définir ? Une connaissance des « dossiers » quireste certainement encore à acquérir pour certains, en dépit de la légitimité(revendiquée) de leur candidature. 

Les partis, entre pouvoir et contre-pouvoir  

Les politiques fatiguent ; on en doute, on s’en lasse, on n’ycroit plus. Bousculés par les indépendants qui s’invitent sur leur pré carré,ils n’ont pas le vent en poupe. A droite, chacun fait cavalier seul. L’UMP(Union pour un mouvement populaire) peine à rassembler, puisque sa formationproduit deux candidats, Bezardin en Italie, Valérie Hoffenberg en Israël.Attaquée de toutes parts, celle-ci est suspectée de pratiquer le doublediscours et se retrouve en fin de campagne en procès contre nombre de sesdétracteurs. Malgré un parcours sans faute et un CV exemplaire, elle sembleboudée dans son dernier tour de piste, et sur son site internet « comments areclosed », les commentaires n’ont plus lieu d’être, autrement dit le débat estclos.

Meyer Habib lui, un étalon entré dans la course sur le tard, voit sa cote enhausse et semble en position de pouvoir porter son parti centriste UDI RFE, entête de peloton, talonné de près par un autre poulain centriste, Jonathan-Simon Sellem du PLD (Parti Libéral Démocrate). A gauche aussi chacun roule poursoi en formation dispersée ; Marie-Rose Koro, parti socialiste, en Turquie, esten tête des forces de gauche, suivie dans le désordre par Julien Lemaître,Solidarité et progrès et Michèle Parravicini, Front de gauche.

Athanase Contargyris bien que du parti EELV (Europe Ecologie Les Verts), a toutde l’électron libre en quête d’une orbite.

Enfin le Parti Pirate, grumeau dans la soupe électorale, affiche sa volonté dejouer les trouble-fête et défend la protection des libertés individuelles,l’exemplarité démocratique, le partage de la culture, la valorisation del’entrepreneuriat et la lutte contre les connivences et la spéculation. Ilappelle tous les Français de l’étranger, que ce « cirque politique fatigue etagace », à le rejoindre, et tire à vue sur la droite, le centre, la gauche et àbout portant sur les indépendants, « ce mélange de stars du tube cathodique etd’ex-porte-flingue en recherche d’emploi donne le tournis.

Où est le sérieux du débat politique ? Où sont les intérêts des Français del’étranger ? », s’interroge Véronique Vermorel, candidate dans la premièrecirconscription. Dans la 8e, le Parti Pirate est représenté par Alix Guillard.

Bien qu’il affiche ne pas vouloir laisser les grands partis monopoliser ledébat public, il a fait la course à l’élection en sourdine, une « campagne àzéro euros », qui se veut à l’opposé des campagnes people. Finira-t-il aussi lacourse avec zéro voix dans le giron ? Possible ! Et vogue la galère…