Guerres fratricides au sein de la mafia israélienne

Voilà un an que les Domrani et les Shlomo sont engagés dans un bras de fer sans merci. Zoom sur une pègre qui n’a rien à envier à ses consœurs du bassin méditerranéen…

P13 JFR 370 (photo credit: Roni Schiczer)
P13 JFR 370
(photo credit: Roni Schiczer)
Mardi 2 juillet, midi. La voiture appartenant à BeniShlomo, chef d’une famille de la pègre, descend du moshav de Heletz et s’engagesur la route principale en direction d’Ashkelon.
Beni Shlomo et ses deux gardes du corps parcourent unedizaine de kilomètres dans le désert brûlant. Ils n’ont pas remarqué qu’unevoiture les a pris en filature sur la route 232. Ils vont bientôt atteindre lecarrefour Guivati.
Au même moment, trois membres d’une autre grande familledu crime d’Ashdod reçoivent en temps réel des informations précises sur laposition de la voiture. Patients, ils attendent à l’intersection. L’un d’euxs’est posté à l’angle nord-est du carrefour, soigneusement dissimulé desregards. Il porte un masque et des gants et tient un fusil M16. Un autre attendà 50 mètres de là sur une moto Timax volée. Lui aussi est équipé d’unmasque et de gants.
A 200 mètres au nord, un troisième complice est installéau volant d’une Mazda 323 appartenant à Assaf Lavie, de Rehovot. Les Lavie sontune autre grande famille de la mafia.
Les trois hommes ont préparé leur mission avec soin : ilss’adapteront en fonction des informations opérationnelles qu’on leur enverra,mais ils savent déjà, par exemple, que les vitres latérales de la Skoda sont àl’épreuve des balles et que le seul point vulnérable de la voiture blindée estle pare-brise. Au moment où le chauffeur de Beni Shlomo ralentit pour tourner àgauche sur la route 35 en direction d’Ashkelon, l’assassin sort de sa cachetteet fait feu sur l’avant de la voiture. Sur les 25 balles tirées, seulesquelques-unes perceront le pare-brise.
Beni Shlomo et ses gardes du corps sont tous blessés.
Domrani vs. Shlomo… via Lavie
Une fois sa mission accomplie, le criminel court vers lamoto et saute derrière le conducteur, qui démarre et fonce vers la Mazda. Là,les deux complices jettent leurs armes et laissent la moto dans les buissonsavant de monter dans la voiture, qui s’éloigne à grande vitesse.
Hélas pour eux, au même moment, Yossi Orinovitz et ShaharMiller, deux cavaliers de la police montée se trouvent à l’intersection. Ilslancent leurs chevaux au galop, mais ne parviennent pas à rattraper la Mazda,qui disparaît rapidement. Ils ont eu cependant le temps de noter le numérod’immatriculation.
De son côté, Beni Shlomo saigne abondamment. Il estconduit à l’hôpital Barzilaï, à Ashkelon, sous escorte policière. Sa voitureblindée, criblée de traces de balles, est emmenée au poste pour un examenminutieux.
Les trois auteurs de l’embuscade se sont enfuis vers lenord et réfugiés à Tibériade. La police ne tarde pas à les retrouver etparvient ensuite à arrêter et à mettre en examen celui que l’on soupçonned’être l’initiateur de l’attaque, Assaf Lavie. Les trois hommes physiquementimpliqués dans l’attaque, Nissim Cohen, Michaël Ben-Shimon et Mordekhaï Dayan,sont également interpellés.
Le lien entre les fuyards et les Lavie est donc établi.Ces informations vont s’avérer précieuses pour les 3 unités de police quienquêtent par ailleurs sur les relations entre les Lavie et Shalom Domrani. Cedernier s’est allié à la famille de Rehovot pour avoir raison de leur ennemicommun : Beni Shlomo.
Il y a encore un an, Domrani et Shlomo étaient encorecomme deux doigts de la main. Depuis, malgré un solide service derenseignements et un excellent travail accompli par la police, les meurtres enrafale font la une de l’actualité dans toute la région de Lachish (à proximitéde la bande de Gaza). Plus récemment, une série d’attaques ont ensanglanté lesrues d’Ashkelon : la revanche après la tentative d’assassinat de Beni Shlomo,selon certaines sources bien informées.
Ni la police ni les protagonistes du crime organisé nesavent déterminer le moment exact où Domrani et Shlomo ont cessé d’être amispour devenir des ennemis jurés. On sait en revanche avec certitude qu’ilsrésident à une courte distance à vol d’oiseau l’un de l’autre et se comportentcomme des jumeaux que l’on aurait séparés.
Chacun connaît en détail la vie de l’autre. Chacun setapit à dans sa maison fortifiée, protégée par les mêmes murs d’enceinte et lesmêmes systèmes de sécurité. Chacun passe son temps à organiser de nouvellesattaques.
Le fief d’Otzem
Tout a commencé au début des années 2000. Sorti de prison,Domrani se lance à la conquête d’Ashkelon. Au fil des ans, les rues de la villese retrouveront jonchées des corps de criminels locaux bien connus, commeAmitzour Cohen, Yigal Zhano ou Meir Ganon, qui auront osé lui opposerrésistance. Des assassinats que le grand public a peut-être oubliés, d’autantque leur auteur présumé, Domrani, n’a jamais été inquiété. La famille et lesamis des victimes, eux, ne restent pas les bras croisés. En 2005, rescapé d’uncertain nombre de tentatives d’assassinats et fort de son dernier conflit endate avec Itzhak Abergel, à la tête du plus grand cartel de drogue israélien,Domrani part donc se réfugier dans le moshav d’Otzem. Ce village de la régionde Lachish a connu les terribles batailles israélo-égyptiennes de la guerred’Indépendance en 1948 et en a hérité son nom, qui signifie « Courage ».Domrani y possède quelques amis très proches, dont les Erjouan ou les Shido, ety dispose d’excellentes cachettes pour dissimuler des armes ou s’entraîner autir.
Avant d’emménager, il avait d’ailleurs été arrêté encompagnie d’un résident, Moshé « Chico » Dahan. La police avait surpris lesdeux complices en possession de missiles LAW. Après une course-poursuite à piedsur des chemins de terre, ils sont arrêtés – sales et pieds nus – à un barrageproche de Kiryat Gat. Une requête de leurs avocats, Avi Himi et Yarom Halevy,leur épargnera la prison. Dahan préfère alors faire profil bas. Mais Domrani,lui, se remet plus que jamais à cultiver son empire.
Il acquiert une maison dans le moshav, qu’il entoure d’unmur d’enceinte qu’il équipe du système de protection le plus sophistiqué quisoit, avec un réseau de caméras postées tout autour du village et à l’entréeprincipale de celui-ci. La maison devient alors une espèce de refuge où des criminelsvenus de tout le pays affluent pour rendre hommage à son propriétaire, quandils ne cherchent pas plutôt à ourdir des complots contre lui. Domrani reçoitégalement des visites régulières de la police, qui procède à des perquisitions,et aussi de fonctionnaires des impôts et de l’Autorité du territoire d’Israël.Les médias, enfin, ont plus d’une fois cherché à se faire admettre àl’intérieur.
Otzem est un très petit village qui compte à peinequelques dizaines de familles, surtout des agriculteurs dont les parents ou lesgrands-parents sont arrivés du Maroc. Difficile d’imaginer que ces paisibleshabitants puissent apprécier l’agitation frénétique qui a accompagnél’installation de Domrani et qui fait désormais partie de leur existence. Augrand désespoir de la police, ces habitants n’ont néanmoins jamais consenti àlivrer la moindre information sur le criminel. Il faut dire qu’une amitiéprofonde semble les lier à Domrani, et que celui-ci fait de généreusescontributions aux institutions religieuses locales et vient en aide auxfamilles en difficulté.
En arrivant à Otzem, tout paraît calme. Les petitesmaisons construites dans les années 1950 sont toujours là, au point que l’on secroit parfois dans un musée, mais la plupart sont à l’abandon. Dans les autres,celles au toit rouge construites dans le style modeste des années 1960, deshabitants âgés aux traits tirés vivent avec leurs portes ouvertes. Lesmoustiquaires sont le seul écran qui les sépare du monde extérieur. Çà et là,une maison a été rénovée, mais sans ostentation. Quant aux routes, elles sontdéfoncées et mal entretenues. Il aurait fallu les réparer depuis des années.
« Puisse le Seigneur être toujours devant moi »
Même la maison de Domrani n’a rien d’une demeure denouveau riche. De toute façon, la seule partie visible de l’extérieur est lemur de béton surmonté de barbelés et de caméras.
Le portail, lui, révèle malgré tout un certain goût dugrandiose : l’homme aime le prestige. Surmontant la large entrée, une enseigneen bois et en métal annonce en énormes lettres hébraïques : « Puisse leSeigneur être toujours devant moi ». Les mêmes mots figurent sur la tombe deson père, Zecharia, enterré au cimetière d’Ashkelon.
Depuis son installation à Otzem, Domrani est devenu deplus en plus pratiquant. Une ferveur quasi fanatique depuis le décès de sonpère. Il porte la kippa en permanence et rencontre le rabbin Yoshiyahou Pintopartout où il va : au Maroc, en Bulgarie, et ici, en Israël. Ils étudientensemble, il prend conseil auprès du rabbin et fait des dons de plusieursdizaines de milliers de shekels aux œuvres dont s’occupe celui-ci. Quiconquen’a jamais vu Domrani en compagnie de Pinto ne l’a jamais vu s’exciter comme unpetit garçon ravi d’être le chouchou de son maître.
On peut se demander comment cet homme devenu religieuxparvient à justifier les cadavres qu’il laisse sur son sillage. Réponse : iln’a pas tellement besoin de se justifier face à autrui tant il est vrai qu’ilvit dans un isolement quasi-total.
Dans le milieu du crime ou dans la police, chacun connaîtcette solitude. Domrani change souvent de voiture et maintient tout ce quil’entoure sous surveillance constante. Et depuis qu’il est régulièrement prispour cible, il reste cloîtré derrière ses hauts murs et entouré de sa seulefamille.
Rien de tout cela n’empêche pourtant les gens des’approcher de lui. Un Bédouin de la famille Jawroushi a réussi à tirer sur luiquelques coups de feu, et les frères Meguidish, de Kiryat Gat, lui ont lancé unmissile anti-tank du haut d’un tracteur garé près de sa maison. Enfin, il y aPini Mizrahi, un dangereux criminel indépendant d’Ashkelon, qui ne le porte pasdans son cœur.
Comme il est devenu très difficile d’atteindre Domranilui-même, ses ennemis commencent à s’en prendre à ses associés. Chacun saitdésormais qu’il est dangereux de faire partie de son clan.
Son dernier ennemi en date, c’est un mafieux du nom deShaï Ben-Amo. Il y a quelque temps, ce dernier a été blessé par erreur parYaron Sanker, l’homme de main de la famille Ohana, envoyé tuer Domrani quiavait eu la mauvaise idée d’exprimer sa joie après la mort d’Hananya Ohana,l’un des frères. Hananya avait lui aussi été un ami de prison de Domrani, pourdevenir, comme tant d’autres, un ennemi juré par la suite. Après un court séjouren détention pour sa participation à l’affaire du cartel du gaz, Ben-Amo s’estinstallé à Nehora, tout près de la résidence de son patron du moshav Otzem.Décidé à recourir aux moyens les plus extrêmes pour atteindre Domrani, il ahébergé chez lui des hors-la-loi patibulaires qui sillonnent le moshav auvolant de voitures de luxe. Sans doute est-ce pour cela que Domrani a jugé bond’installer des caméras dans tout le moshav, ainsi qu’à l’entrée de celui-ci,ce qui n’a pas du tout plu aux représentants de l’agglomération au Conseilrégional de Lachish. Aucune plainte officielle n’a été déposée à la police deNehora, mais des voisins effrayés ont accepté de parler. Les enquêteurs del’Unité centrale de Lachish sont alors venus retirer les caméras et ont ouvertune enquête sur la légalité de poster de tels dispositifs de surveillance dansl’espace public.
Implacable vendetta
Les frères Shlomo, Beni et Shalom vivent tous deux dansle moshav de Heletz, un petit village du désert aux allures pastorales quipossédait jadis un puits de pétrole en exploitation ; il abrite aujourd’hui denombreuses chambres d’hôtes et des étudiants y logent.
Tout comme celle de Domrani, la maison de Beni Shlomo estentourée de hauts murs surmontés de fils barbelés et de caméras de surveillance.
Les Shlomo, on l’a vu, sont aussi en guerre contre lesLavie, Amos et Ophir. Le conflit s’est étendu à tous les membres de la familleet les blessés sont nombreux, surtout du côté des Lavie. En 2011, l’oncle Haïma ainsi survécu à une tentative d’assassinat : une bombe posée dans sa voiturea explosé en plein centre-ville de Rehovot. Haïm Lavie, qui vendait desvêtements de marque sur le marché en plein air, y a perdu la vue. Est-ce pourcela que, deux ans plus tard, son fils Assaf a tenté de supprimer Beni Shlomo ?Peut-être. Mais il ne faut pas oublier qu’il y un an, en novembre 2012, leneveu des frères Lavie, Gal Noam, âgé de 20 ans, avait été tué dans l’explosiond’une autre voiture. Pourquoi s’en est-on pris à lui ? Nul ne l’a compris, carle jeune homme n’avait jamais été impliqué dans le milieu du crime. Peut-être ya-t-il eu erreur sur la personne et les assassins visaient-ils son frère aîné,qui séjournait en prison à l’époque. Peut-être aussi cherchaient-ils simplementà toucher un membre quelconque de la famille Lavie, et Gal était-il le plusfacile à atteindre…
Sans qu’on ait de réponse, un autre meurtre résulte decette effroyable vendetta. En avril dernier, Israël Amar, de Rehovot, est mortsous des balles tirées à bout portant. C’était le frère de Yehouda Amar, alorsen prison, que l’on considère comme l’un des individus les plus proches desfrères Shlomo. Sans succès, les enquêteurs de la police régionale du Centre onttenté de prouver que le jeune neveu, Amos Lavie, était le chef du gangéthiopien de Kiryat Moshé, affilié au meurtre.
Si elle n’a pas pu découvrir de mobile, la police anéanmoins conclu que les frères Shlomo étaient bel et bien derrière le meurtrede Gal Noam : ils voulaient toucher les frères Lavie qui se sont vengés enassassinant Israël Amar. La police avait suffisamment de preuves pour arrêterles suspects, mais pas assez pour les inculper.
A partir de là, la machine s’emballe. Trois semainesaprès la tentative de meurtre visant Beni Shlomo, le 24 juillet à 16 heures aucarrefour Guivati, deux puissants explosifs sont découverts dans une Hondaappartenant à Amos Lavie. Le véhicule se trouvait dans le quartier d’Ofer, àRehovot : un couvre-feu a été imposé dans toute la rue et la police a mis plusde 10 heures pour désamorcer les bombes.
Enfin, le 24 octobre dernier, le gang Domrani est cettefois-ci directement visé. Un attentat à la voiture piégée dans une rued’Ashkelon tue Jackie Benita, ampute des deux jambes Avi Biton et blesse DrorDamari. Tous trois sont des proches associés de Domrani.
Certains enquêteurs de police affirment que les frèresShlomo étaient autrefois les « âmes sœurs » de Domrani et qu’ils sont devenusennemis à la suite d’un conflit financier et d’une suspicion de vol. Lesassociés de Domrani contestent qu’ils aient été si proches, mais reconnaissenttous qu’ils étaient amis et partenaires dans un certain nombre d’affaires liéesà l’exploitation minière et à l’ensevelissement des déchets. « Qui aurait puprévoir que cela viendrait d’une personne si proche de lui ? », se demandaientles amis de Jackie Benita le jour de son enterrement.
Le fief d’Heletz
En dépit de sa position, Beni Shlomo n’a pas un grospassé criminel. Condamné pour extorsion de fonds en 2009, il n’a écopé que desix mois de service communautaire, grâce à un casier judiciaire vierge et unrapport positif du comité de probation. Cela ne l’a pas empêché, enjuillet 2011, de faire chanter et de menacer l’un de ses amis et associés, levendeur de voitures Itzhak Simoni, de Rishon Letzion. Shlomo s’était portégarant dans une grosse transaction menée par Simoni et avait touché pour celade coquettes commissions. Les deux familles avaient l’habitude de partir envacances ensemble à Eilat.
A l’époque, Beni Shlomo était placé sous surveillancediscrète par Lahav 433, cette unité anticriminelle connue pour être le « FBIisraélien, dans le cadre de l’enquête sur Domrani. Les hommes chargés de lafilature avaient recueilli des preuves photographiques que Shlomo menaçaitSimoni et ce dernier n’avait cependant pas souhaité porter plainte. Or, lesenquêteurs avaient bel et bien vu Shlomo clouer Simoni contre mur dans uneallée et le menacer violemment : « Ce que tu m’as apporté ne me suffit pas.Cette histoire ne va pas bien se terminer ! » Simoni lui avait répondu : « Maisc’est tout ce que j’ai ! »
Non seulement Simoni a refusé de porter plainte, mais ila fait l’inverse : dans son témoignage, il a décrit sa relation avec Shlomocomme amicale. Conséquence, l’unité 443 de Lahav n’a jamais pu utiliser sontémoignage devant un tribunal, alors qu’elle comptait sur lui comme témoin clé.
Pendant le procès, Shlomo et Simoni continuaient àtravailler et à se promener ensemble. Simoni a même accompagné Shlomo à l’unede ses convocations au tribunal. La situation a tant dégénéré que le plaignantest allé demander au juge de révoquer l’autorisation de sortie sous caution deShlomo, en raison d’une violation des conditions : les relations affichéesentre l’inculpé et un témoin clé étaient d’ailleurs confirmées parl’enregistrement de conversations entre les deux. Cette prétendue amitié entrele prévenu et sa victime n’a pas convaincu le juge Ido Druyan qui, fondant sadécision sur les rapports confidentiels, a condamné Shlomo à un an de prison.L’exécution de la peine a cependant été reportée jusqu’au procès en appel autribunal de district.
Beni est le plus jeune, le plus réfléchi et le plusmodéré des deux frères Shlomo. Il ne parle pas beaucoup, ce qui ne l’empêchepas d’être charismatique. Il gagne beaucoup d’argent avec ses différentesaffaires licites, qu’il dirige d’une main de fer. La seule unité de police quile surveille actuellement est celle qui s’occupe des infractions financières.Elle le considère comme un hors-la-loi disposant de ressources financièresconsidérables, qui sait s’y prendre pour acheter et poser des associés et desbombes sur le terrain. « Beni Shlomo est très intelligent », affirme une sourcequi le connaît bien. « Il n’a peut-être pas beaucoup de diplômes, mais il estextrêmement sensé et ne s’excite pas outre mesure pour les petites choses.C’était un très bon ami de Domrani et, quand on m’a dit qu’ils ne s’adressaientplus la parole, tous les deux, je n’en ai pas cru mes oreilles ! Je me suisdemandé comment c’était possible… »
Son frère aîné, Shalom Shlomo, possède un magasin demeubles dans le centre commercial Bilou. Lui aussi est un homme d’affairesavisé et intelligent, mais il s’énerve vite et peut devenir violent. Les deuxfrères se complètent bien. Au cours des 3 dernières années, Shalom a été arrêtéun certain nombre de fois par l’Unité centrale pour quelques tentativesd’assassinat et comme suspect dans l’affaire du meurtre de Gal Noam. Mais àchaque fois les informations de la police se sont révélées insuffisantes pourle faire inculper. L’Unité centrale ne baisse pas les bras et chercheactivement à prouver son implication dans le meurtre Noam. Il y a 3 mois, lapolice a perquisitionné chez chacun des deux frères au moshav de Heletz. Sanspour autant mettre la main sur les armes qu’elle pensait y trouver.
D’autres personnages impliqués
Si la police ignore l’origine exacte de la dispute entreDomrani et Beni Shlomo, le tableau général qu’elle est parvenue à dresser duconflit, basé sur des transactions commerciales, l’a amenée à établir un lienentre Domrani et les frères Lavie d’un côté, et la série d’agressions contre deproches associés de Domrani de l’autre. Elle soupçonne ces derniers d’avoirjoué un rôle dans les appels d’offres effectués dans l’industried’ensevelissement des déchets, qui ont rapporté de très grosses sommes d’argentà leur organisation.
Elle suspecte en outre Shlomo et son organisation d’avoirété activement impliqués dans cette industrie. Au cours des deux dernièresannées, alors que Domrani était très souvent au Maroc, la discipline de songang s’est relâchée et Shlomo en a profité pour s’introduire dans la brèche.
Telles sont les conclusions auxquelles étaient arrivésles enquêteurs quand, le 6 octobre dernier, une grenade est lancée contre lamaison d’Ofer Mahlouf, dans le moshav de Beit Shikma.
Mahlouf et son frère sont des promoteurs du secteur del’ensevelissement des déchets qui n’ont que très peu de liens avec la pègre.Après l’incident de la grenade, ils ont affirmé à la police n’avoir aucunennemi. Pourtant, de nombreux indices désignent Moshé Lougasi, criminel bienconnu d’Ashkelon, très proche de Domrani.
La police centrale de Lachish s’est donc demandée si lesMahlouf ne travaillaient pas pour Beni Shlomo, ou s’ils n’avaient pas remportédes appels d’offres grâce à leurs liens avec ce dernier. Une hypothèsefermement réfutée par Ofer Mahlouf : « Celui qui a fait ça est soit un flic,soit un travesti », a-t-il déclaré en réaction aux questions du Jerusalem Post.« C’est tout ce que j’ai à dire ! Avec Beni Shlomo, nous étions copains àl’école, c’est tout. Est-ce que cela vous aide ? Si nous pouvions savoir qui afait ça, ce serait super. Mais il n’y a aucun rapport entre cet incident etBeni Shlomo, sachez-le ! »
L’autre hypothèse qui vient en tête et celles des frèresOded et Sharon Perinian, anciens chefs de gang du milieu dans la région deLachish sous la protection de flics ripous du district Sud.
Selon la police, les frères Perinian auraient quitté lejeu depuis leur sortie de prison. Ils auraient coupé les ponts avec la pègre etse limiteraient à gérer leurs entreprises légales, dont un restaurant trèsprisé et une salle de réception. Leur frère, Yigal Perinian, vit dans uneimmense villa qui surplombe la mer sur le port de plaisance d’Ashkelon.
Une autre source indique que, depuis que l’un des frèresPerinian a épousé une femme de la famille Meguidish, de Kiryat Gat, lesPerinian ont indiqué aux deux familles (les Domrani et les Meguidish) qu’ils segarderaient de choisir un camp. Il s’agit là de la version officielle. Elle estvraie, mais incomplète. Les frères Perinian ont ainsi construit un gigantesquecomplexe de bungalows de vacances, qu’ils louent aussi pour des événements, aumoshav Hodaya. Ce magnifique club bien entretenu comprend aussi cinq maisonsdécorées avec goût : la végétation est luxuriante, avec des pins et despalmiers et, bien sûr, une piscine. Protégé par un haut mur de briques, c’estle genre de village de vacances qui serait à sa place dans des localités trèschics tels Savyon ou Césarée.
Seul problème : les frères Perinian n’ont jamais obtenuni licence d’exploitation ni permis de construire pour ce complexe. La policede Lachish a toutes les peines du monde à les empêcher d’en profiter…
« Une vie de chiens »
Quant au moshav de Sde Ouziyahou, c’est là qu’a débutél’escroquerie des fausses factures gérée par Domrani. Un parent de ce dernier,nommé Nissim Glam, a créé un vaste empire qui lui rapporte des dizaines demillions de shekels en profitant de son activité de ferrailleur pour produirede fausses factures.
« Ce moshav est devenu le paradis des ferrailleurs venusde tout le pays », explique un officier de police. « Toutes sortes depersonnages très louches y gravitent, sans pour autant que des armes et desassassinats ne soient impliqués ».
Nissim Glam a écopé de 10 ans de prison et l’Etat chercheencore le moyen de lui confisquer les propriétés qu’il possède dans le moshav.Un certain nombre d’individus, à travers l’ensemble du pays, ont copié sonmodèle d’entreprise pour produire eux aussi de fausses factures et, selon lesautorités fiscales et le tribunal de district de Beersheva, celles qui ontcirculé depuis dans le pays représenteraient plus d’un milliard de shekels.
D’ailleurs, l’Autorité fiscale du district de Tel-Aviv afailli mettre la main au collet de Domrani lorsqu’elle a quasiment convaincu untémoin de l’Etat de citer son nom devant le tribunal. L’homme s’y était engagépar écrit, mais s’est échappé au dernier moment, s’évanouissant dans le mondede la pègre.
Quant à la guerre que se livrent Domrani et Shlomo, lapolice a déclaré le mois dernier, suite aux derniers règlements de comptes,qu’elle n’avait pas l’intention de laisser les deux mafieux s’en tirer à boncompte. « De toute façon, tous deux sont cloîtrés chez eux sans oser sortir »,a fait remarquer un officier de police qui participe à leur traque. « Est-ceque c’est une vie, ça ? Ils vivent comme des chiens ! »