Le Talmud pour tous

Peut-on être juif, laïque et engagé ? « Oui », répondent en chœur les élèves de BINA.

P19 JFR 370 (photo credit: DR)
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Accoler lesmots « Yeshiva » et « laïque », cela peut sembler paradoxalde prime abord. Faire naître cette réalité en Israël est encore plus difficileà imaginer. C’est pourtant le pari fou de BINA !
Installé au sudde Tel-Aviv, à quelques pas de la gare routière centrale, le centre BINAconjugue pluralisme juif et action sociale.
Fondé suite àl’assassinat du Premier ministre Itzhak Rabin en 1995, il s’est donné pourmission de combler le fossé profond qui sépare les orthodoxes et non-orthodoxesen Israël.
Justice, paixet pluralisme : tels sont les mots d’ordre de l’orgnisation. Pour cela,elle propose un programme pour les étudiants en année sabbatique du mondeentier (en général entre la fin des études secondaires et le début des étudesuniversitaires), un programme mékhina pour les Israéliens (un courspréparatoire avant l’armée), un programme MASA Tikoun Olam où les étudiantspeuvent faire du volontariat pendant cinq mois, et enfin un programmepostuniversitaire où les étudiants peuvent étudier et faire du volontariat enparallèle et un programme d’éducation pour adultes. En tout, le centreaccueille quelque 500 participants chaque année.
L’âme de lanation
BINA signifie« sagesse ». C’est également l’acronyme hébreu de l’expression« atelier pour l’âme de la nation » (Beit le Nechamat Haam), employéepar le poète Haïm Nahman Bialik, dont l’œuvre fait partie du cycle d’études ducentre.
« Nousavons des sessions de Limoud [étude] collectives, et nous étudions le texted’un artiste de rock moderne israélien, auteur d’une chanson ou d’un poème, enrapport avec les œuvres des premiers écrivains d’Israël, comme Bialik. Nousvoulons montrer qu’il existe une nouvelle culture, laïque », explique NirBraudo, récemment nommé directeur de la Yeshiva laïque de BINA.
L’un desmembres fondateurs de BINA, Braudo a assuré en son sein la direction del’initiative communautaire avant de partir pour San Francisco comme émissairede l’Organisation sioniste mondiale puis de revenir à ses racines.
« Letravail que nous effectuons est à la fois basé sur un concept très nouveau et,en un certain sens, très ancien à la fois. Offrir la possibilité d’être un Juiflaïque pratiquant, mais pas laïque au sens civil du terme, laïque du point devue de l’identité juive définie par la nationalité, la culture – mais pas parla religion », souligne Braudo.
« Aprèsavoir passé quelque temps au sein de la communauté juive américaine auxEtats-Unis, cela me semble d’autant plus important. Cela rejoint l’idéedéveloppée par l’auteur sioniste, Yosef Haim Brenner, qui déclarait :« Le judaïsme est ce que font les Juifs ». Or, si l’on observe ce quefont les Juifs aujourd’hui, surtout aux Etats-Unis, on s’aperçoit que lamajorité des Juifs ne sont pas religieux. Leurs parents et leurs grands-parentsfréquentent encore des synagogues réformées et conservatives, mais les enfantssont laïques.
« Aussi,l’option que nous leur proposons est-elle tout à fait pertinente. Nousaffirmons que l’on peut être juif, mais laïque. C’est une identité très forteet complètement liée à l’idée sioniste. »
« Ilexiste de nombreux jeunes juifs laïques aux Etats-Unis », ajoute leprésident de BINA, Eran Baruch. Ils sont juifs par leurs opinions, par leursamis, par leurs études, par leurs comportements – mais la plupart d’entre euxne vont pas à la synagogue. Pour eux, le judaïsme est complètement laïc. »
Et Braudo deraconter l’histoire de son grand-père, qui a quitté la Biélorussie pourparticiper au rêve sioniste et abandonné les coutumes de son pays, où l’onétudiait la Torah, pour fonder une « nouvelle entreprise juive » enEretz Israël.
« Ilsconstruisaient un nouvel état national. Le Talmud n’avait pas sa place dansleur vie. Ce n’était pas quelque chose d’important pour eux. Ils voulaientconstruire quelque chose de nouveau, alors ils ont dû détruire l’ancien.Parfois, il faut détruire d’abord pour construire une maison sur de nouvellesbases. C’est ce qu’ils prônaient et c’est ce qu’ils ont fait. »
« Lamaison est maintenant très solide, un Etat laïc et démocratique. Je voisnotre rôle comme la construction du deuxième étage de cet édifice. Nousproposons à des Israéliens laïques de revenir étudier le Talmud, la Torah, lanouvelle culture israélienne, la littérature. Tout cela fait partie de notrebibliothèque juive ».
Etude etengagement social
Un des voletsles plus importants du programme est non seulement d’étudier ce qu’est leTikoun Olam (« la rectification du monde »), mais aussi de le mettreen pratique.
« Nousconsidérons la justice sociale comme partie intégrante de notre identité juive.Nous l’affirmons parce que nous pouvons en étudier ici, dans ces livres, denombreux aspects. La Torah, le Talmud, les penseurs apparus par la suite :tous ont considéré la justice sociale, le désir d’être une lumière pour lesnations (« Or lagoyim ») comme le cœur de leur identité juive.
« Nousavons volontairement choisi de ne pas nous établir dans le centre de Tel-Aviv,mais au contraire près de la gare centrale et des quartiers difficiles, desorte que les étudiants peuvent facilement faire du bénévolat. Ils vivent iciet ils voient les pauvres, les orphelins, ils n’ont pas à faire travailler leurimagination. Ils sortent dehors et tout est sous leurs yeux. Ils peuventessayer d’agir sur le terrain », insiste Braudo.
Baruch sait queles étudiants pratiquent le volontariat par militantisme. « On retrouveune grande dispute entre la Mishna et le Talmud sur le « maasseh »(l’action)… Rabbi Akiva affirme que le Talmud (l’étude) est supérieur àl’action (la pratique des commandements). L’étude est supérieure parce qu’ellemène à l’action. Mais je sais que toute étude ne mène pas forcément à l’action.Elle peut parfois empêcher les gens d’agir. C’est pourquoi nous avons situé layeshiva dans un endroit où ils peuvent voir ce qu’il y a à faire. »
Cet emplacementne rebute-il pas les étudiants venus de l’étranger ? Non, répond Braudo.
« Voir lecôté dur, le côté réel d’une personne dans les moments sombres etdifficiles : c’est cela, l’amour et l’amitié vrais. Ils tombent amoureuxd’Israël, du vrai Israël. Cela les attache au pays. Certains feront leur aliya,d’autres vont s’inspirer de ce qu’ils font ici pour l’appliquer chez eux. Onest dans l’amour authentique »
L’éducateurinsiste à nouveau sur la solidarité. « Nous nous considérons commeresponsables du peuple juif, où qu’il vive de par le monde. Les organisationsjuives ne s’intéressent pas à l’action sociale en général. Elles mettentl’accent sur l’étude, la prière. Nous pratiquons les deux à la fois parcequ’ils sont intrinsèquement liés. Le changement social, le militantisme et leBeit midrash (« salle d’étude ») : tout est lié »
Prochaineétape : trouver le partenaire approprié pour créer une autre Yeshiva endehors d’Israël – peut-être aux Etats-Unis, voire en Europe.
BINA prévoitégalement d’impliquer d’autres communautés, à Tel-Aviv ou dans le reste dupays. Enfin, la yeshiva laïque souhaite mettre en place des programmes courtsafin d’offrir à tous la possibilité d’étudier et de s’impliquer dans lasociété.
Pour en savoirplus sur BINA, consultez son site : www.bina.org.il/en
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