Les jeux ne sont pas encore faits

Chacun y va de son pronostic, de sa certitude. Mais tout reste ouvert. Les urnes mobiliseront-elles les électeurs ?

JFR P14 370 (photo credit: Wikipedia Commons)
JFR P14 370
(photo credit: Wikipedia Commons)
Vingt candidats sont en lice pour les législatives de la 8ecirconscription. Vingt candidats aux parcours divers et variés, chacun àdifférents niveaux de notoriété et de crédibilité.

Pour beaucoup, la course met dos à dos indépendants et représentants des grandspartis. Une des théories largement répandues ces dernières semaines : lespremiers n’auront guère de poids dans une Assemblée peu encline à écouter lesvoix isolées. Ce à quoi les intéressés rétorquent que les élus des grandesformations seront, eux, muselés par les contingences de leurs famillespolitiques. Le débat est ouvert.

Une chose est sûre, à quatre jours du vote aux urnes, bien malin celui qui peutprédire l’issue du scrutin. Petit tour d’horizon des principaux acteurs decette campagne.

La droite, une valeur en perte de vitesse ? 

En tête de liste : ValérieHoffenberg. La candidate UMP, adoubée de justesse par un parti de droite ausein duquel elle ne compte pas que des amis, arrive au terme d’une campagnequasi sans faute. Peu de couacs pour la protégée de Nicolas Sarkozy, mais dontl’ancien Premier ministre Alain Juppé aurait bien aimé se débarrasser. Il fautdire que cette année, elle n’a pas eu à subir les foudres d’un Philippe Karsentyqui s’était promis lors de la session précédente, « non pas de gagner lesélections, mais de la faire perdre », dixit son directeur de campagne.

Pari remporté pour l’avocat neuilléen, puisqu’en 2012, Hoffenberg n’avait pasréellement convaincu les électeurs israéliens – elle était arrivée derrièrePhilippe Karsenty et Gil Taïeb – pourtant massivement acquis aux couleurs del’UMP lors des présidentielles. Trop formatée, trop parisienne, voire trop «bourgeoise du 16e » comme on lui reproche parfois, Hoffenberg n’arrive pas àfaire décoller sa cote de popularité.

Il lui manquerait ce côté nature, bonhomme, cher au coeur de nos compatriotesqui n’ont pas choisi pour rien cette petite terre décomplexée aux habitudesrésolument moyen-orientales. « Elle ne passe pas », résume tout simplementLucien, de Netanya.

Quant à l’atout UMP, il a perdu de son éclat. Les propos de Nicolas Sarkozy surle partage de Jérusalem et le vote pour l’entrée de l’Autorité palestinienne àl’Unesco ont marqué les mémoires.

Alors si ce n’est en Israël que Valérie Hoffenberg pourra faire le plein devoix, peut-être aura-t-elle plus de chances en Italie, deuxième plus grosréservoir d’électeurs de la circonscription ? Mais là encore, autre déconvenue,elle sera opposée à son ancien suppléant, Alexandre Bezardin, qui faitdésormais cavalier seul en misant sur le vote des Français de La Botte.

Mais rien ne semble perturber la ligne de conduite qu’elle s’est fixée dans unecampagne qu’elle veut placer sous le signe de la maîtrise et qu’elle axe dansune critique sans tabou de la gauche. Valérie Hoffenberg privilégie les grandsmeetings accompagnée des ténors de son parti aux rencontres en petits comités.Grâce à la présence respective de François Coppé à Tel-Aviv et François Fillonà Rome, elle est la seule à avoir mobilisé un si grand nombre d’électeurs –plus de 400 personnes à chaque fois — en une soirée. Christian Estrosi étaitattendu pour une réunion publique sur le kikar de Netanya, jeudi 23 mai à midi.Il n’est donc pas du tout improbable que la candidate UMP se retrouve au secondtour.

Le centre, pourquoi pas… 

L’an dernier, premier scrutin pour les Français del’étranger, Valérie Hoffenberg s’était retrouvée opposée au second tour à lasocialiste Daphna Poznanski. Une finale PS/UMP que beaucoup pensent cette annéevoir encore se renouveler.

Mais en juin 2012, Poznanski avait alors surfé sur la vague rose qui avaitdéferlé sur la France. Et il faut également rappeler qu’en tant queFranco-israélienne, la candidate PS avait pu engranger quelques centaines devoix en Israël. Ce qui ne sera pas le cas de la socialiste en lice cette année,la Franco-turque Marie-Rose Koro. Et avec un François Hollande aujourd’huimalmené dans les sondages, rien ne permet d’affirmer que la candidate de gauchearrivera à se hisser sur le ring pour le second round.

Au centre, le dernier entré dans la campagne ne passe pas inaperçu. MeyerHabib, le second du Crif, l’homme de la communauté, et surtout le candidat dessoutiens. Car la liste est longue des personnalités de France et d’Israël quiont prêté leurs noms pour ce centriste de l’UDI de Jean-Louis Borloo.

Bibi, d’abord, dont il est l’ami intime depuis 20 ans. Mais aussi les ministresShalom, Saar, Livnat, Edelstein. Ou encore Naftali Benett et Eli Yshaï. Plusétonnant, la top-model Bar Rafaeli, dont on peut se demander l’implication dansune telle campagne.

En quelques semaines à peine, Meyer Habib a mouillé sa chemise, arpentantallègrement les promenades des villes israéliennes. Il revendique l’atoutd’être intronisé par un grand parti, mais par le seul parti qui lui « laisseraune totale liberté de parole ». Jean-Louis Borloo lui aurait assuré son soutienpour « la question de Jérusalem, capitale une et indivisible d’Israël ».

Soit. Merci Jean-Louis, mais de là à penser que ce sera suffisant pour fairechanger la politique de la France… Peu importe, Meyer Habib « passe », lui. Etconvainc. Il s’est déjà taillé une bonne part du lion dans certains quartiersde Jérusalem, où il joue sur la carte religieuse.

Et si Meyer Habib faisait son entrée à l’Assemblée ? Je n’y trouverais rien àredire. Personne ne peut mettre en doute son sionisme, son attachement àIsraël, son engagement auprès de la communauté juive de France. L’homme a sesentrées partout, auprès des grands rabbanim, comme à l’Elysée.

Pour avoir siégé au Crif pendant des années, les rouages politiques, lesarcanes du pouvoir, il connaît. Meyer Habib est aussi le descendant d’unefamille pour qui j’ai une profonde estime. Alors, pourquoi pas lui ? 

L’audacequi agace 

Autre centriste fraîchement encarté : Jonathan-Simon Sellem. Lephénomène JSS. Quel internaute ne connaît pas ce trentenaire, jeune père defamille ? Adepte du web et des réseaux sociaux, il était sans doute l’un desmieux préparés médiatiquement pour se lancer dans la campagne. Car JSS a lesens du buzz, incontestablement. Le site qui porte son nom fait couler del’encre, ou cliquer la souris. Il n’en est officiellement plus le rédacteur enchef, mais l’outil lui est tout acquis dans cette campagne où Sellem mise surson – jeune – âge. Ses armes, selon lui : son audace et sa quête de la vérité.

C’est vrai, le candidat membre du Parti libéral démocrate (PLD) ne ménage passes efforts pour tenir tête à l’adversité, confronter les détracteurs d’Israël.Lui aussi se dévoue corps et âme à son pays d’adoption même s’il a finalementfait le choix de repartir tenter sa chance en France.

Oui mais voilà, à toujours dégainer plus vite que son ombre, à rarement laisserrefroidir le fût de son canon, JSS fatigue.

Le candidat a la gâchette facile et tire à bout portant, sur tout ce qui ledérange. Les hommes ou les idées. Gare à celui qui se met en travers de saroute.

Un justicier malgré lui, en quelque sorte. Israël a besoin d’être défendu, certes.Mais avec justesse, modération et précision. Des qualités dont JSS ne peut passe prévaloir tant sa faim de victoire lui fait commettre des faux pas. Sondagesbidons, vues de vidéos et like achetés en si grand nombre que c’en est bientrop beau pour être vrai. Il en perd autant en crédibilité.

Car JSS n’a pas que des amis, loin de là. On l’aime ou on le déteste. Ilenchante ou il irrite. Ses statuts Facebook sont en général très suivis, maisdans l’univers journalistique dont il se revendique, et une certaine part del’opinion publique israélienne, Sellem ne jouit pas d’une réputation trèsprofessionnelle. « Parce qu’il dérange », estime-t-il. Et c’est reparti pourune nouvelle théorie du complot… S’il veut un jour nous représenter àl’Assemblée, il faudrait d’abord que Jonathan-Simon Sellem calme ses ardeurs etcommence par accepter la critique. Pour l’heure, difficile de faire la part deschoses entre l’engouement qu’il suscite sur la toile et la réalité du terrain.Sera-t-il plébiscité ou boudé par les électeurs ? Encore quelques jours desuspens.

Le coup de coeur 

Un mot sur Ghislain Allon, indépendant venu de loin, qui adécidé de tenter sa chance dans une campagne où il s’est également invité surle tard. Trop intelligent pour réellement croire à la victoire, Allon avraisemblablement saisi là l’occasion de se placer sur le devant de la scènepour offrir une vitrine à ses velléités politiques israéliennes. Car l’homme ad’autres ambitions : la création d’un parti francophone en Israël dont il a déjàdévoilé le nom, « Hazak ». Un petit tour de piste électorale pour se faire lamain ? Enfin, at last but not least, comme disent nos amis anglophones, DavidShapira. Un autre indépendant qui pourrait créer la surprise. Sa campagne ? Illa gère d’une main de maître, sans fausse note ni coup d’éclat ostentatoire.

Il l’a voulu propre, et l’a bâtie en ce sens. Post-doctorant en histoire,enseignant en études bibliques, éducateur, juriste, Shapira a toutes les cartesen main pour mener un débat d’idées avec tous ceux qui voudront se frotter àses connaissances d’Israël et du monde juif.

Ce qu’on lui reproche ? Son passé. Car il a eu le culot de changer de vie,voilà quelques années. De tourner le dos au yishouv de Bet-El, de retirer lakippa et de divorcer. Autant d’initiatives bien mal perçues dans certainescommunautés religieuses francophones aux idées parfois étriquées. Mais secherche-t-on un rav ou veut-on élire un député ? Ses choix, il les assume, entoute intégrité. Sa place à l’Assemblée, il la voit comme une évidence. Sesarmes ? l’humour et l’esprit qui le caractérisent et lui permettent de frayeravec tout un chacun. Mais aussi sa franchise et sa pugnacité. Une franchiseteintée de naïveté qui peut justement se retourner contre lui, parce qu’il renonceau discours politicien et à la langue de bois et se bat sans les paillettes etla poudre aux yeux qui aveuglent les moins avertis.

En clair, Shapira est un discret qui mérite à être connu. Le Franco-israélienque je serai fière de voir siéger à l’Assemblée pour me représenter.

Alors à ceux qui disent que le choix est cornélien parmi toute cette pléthorede prétendants à l’hémicycle qui vont se faire de l’ombre les uns aux autres,je pense, au contraire que le vote est évident. A vous de faire le bon choix. 

La 8e circonscription : chiffres clés 

Elle est établie suite au redécoupage descirconscriptions législatives françaises survenu en 2010 sous le mandat deNicolas Sarkozy qui voulait « permettre aux Français vivant à l’étrangerd’élire des députés, pour une représentation de ces Français dans nosinstitutions égale à celle des Français vivant en France », et sur l’initiatived’Alain Marleix, alors secrétaire d’Etat aux Collectivités territoriales.

Elle couvre les pays suivants : Italie (Saint-Marin comprise) : 46 987(français inscrits au 31/12/2012) Saint Siège-Vatican : 0 Grèce : 10 916 Malte: 542 Turquie : 7 367 Chypre : 1 372 Israël (Jérusalem comprise) : 76 734 Soitun total de 122 070 français inscrits, sur les 1 611 054 répartis partout dansle monde.

Source : ministère des Affaires étrangères – Direction des Français del’étranger et de l’administration consulaire.
(janvier 2013)