Un secret de polichinelle ?

Raid israélien en Syrie : aucune confirmation israélienne officielle d’une frappe sur un convoi d’armes.

0602JFR06 521 (photo credit: Ronen Zvulun Reuters)
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(photo credit: Ronen Zvulun Reuters)

Attribué à Israël, le raid menémercredi 30 janvier en Syrie fait couler énormément d’encre. Soumise à lacensure militaire, la presse israélienne a les mains liées et se voit obligéed’en référer uniquement à ses confrères étrangers, tandis que des informationscontradictoires au sujet de la frappe se sont succédé.

Les médias américains se sont fait l’écho d’une confirmation du raid parcertains officiels de Washington. Selon le New York Times et le WashingtonPost, c’est bien Israël qui aurait mené l’attaque aérienne en Syrie, avec, pourcible un convoi syrien de camions transportant des armes. Plus exactement, desmissiles antiaériens SA-17 et leurs lanceurs. Des munitions de facture russequi aurait été transportées en direction du Liban, afin d’être confiées auHezbollah, organisation islamiste alliée de la Syrie et de l’Iran et ennemiejurée de l’Etat hébreu.

Damas, qui a d’abord nié l’existence de la frappe, a ensuite affirmé que lacible était un centre de recherche scientifique.

Mais, selon un haut gradé américain, les dommages causés à cette infrastructuresont en réalité un dommage collatéral, alors que le raid était focalisé sur lesarmes biologiques et chimiques. Les dommages auraient donc été causés par « lesbombes qui visaient les véhicules », et « les explosions secondaires desmissiles ». Le Washington Post confirme également ces propos en citant uneautre source militaire américaine qui fait état « d’un dommage collatéralmineur sur un centre de recherche scientifique à proximité ».

Sous couvert d’anonymat, cette même source justifie les craintes dugouvernement israélien au sujet de cet arsenal biochimique en affirmant qu’ilaurait pu se retrouver entre « de mauvaises mains ».

Réactions 

Dimanche 3 février, le président syrien Bashar el-Assad a luimêmeaccusé l’Etat hébreu de vouloir déstabiliser la Syrie en attaquant une de sesinfrastructures à l’extérieur de Damas et prévenu que son pays pourrait «répliquer aux menaces… et aux agressions », selon l’agence de presse officiellesyrienne SANA. Sous le coup d’une guerre civile qui fait rage depuis presque 2ans, la probabilité que le régime syrien ne réplique à la frappe est trèsfaible. Ce qui n’empêche pas l’Iran de menacer Jérusalem de violentesreprésailles qui « plongeraient Israël dans le coma ».

Le Premier ministre turc Recep Erdogan a pris le relais pour affirmer que «ceux qui pardonnent à l’Etat hébreu comme à un enfant gâté devraient savoir quel’Histoire ne lui pardonnera pas ».

Côté israélien, la classe dirigeante est restée muette. Le ministre de laDéfense sortant Ehoud Barak a néanmoins laissé transparaître l’implicationd’Israël, alors qu’il se trouvait en Allemagne pour la Conférence de Munich surla sécurité, samedi 2 février. « Je ne peux rien vous dire de plus que ce quevous avez lu dans les journaux », a-t-il répondu à la presse quil’interrogeait. « Mais je répéterais avec plaisir ce que j’ai déjà dit, etc’est la preuve que lorsque nous disons quelque chose, ce ne sont pas desparoles en l’air : nous ne pensons pas que la Syrie devrait être autorisée àtransporter des armes sophistiquées au Liban, et au Hezbollah ».

Le ministre a également ajouté que le Hezbollah et les Iraniens étaientdésormais les seuls alliés du président syrien et que la chute imminente de cedernier porterait un coup fatal aux deux premiers.
L’Iran : source de tous les maux 

Lutter contre les menaces qui se développent avant qu’elles aient un impact surla sécurité du pays. C’est ce que doit faire Israël selon le général dedivision Amir Eshel, présent à la 8e conférence annuelle internationale IlanRamon sur l’Espace, organisé par l’Institut Fisher pour les études stratégiquesaérospatiales. Pour ce haut gradé, « la plupart des armes qui arrivent jusquevers nos frontières proviennent d’Iran, bien que ce soit par différentes voies».
De la Syrie, Eshel a déclaré qu’elle « tombait en morceaux ».

« Aujourd’hui, personne ne sait ce qui arrivera. Or ces bouleversements ontlieu sur un territoire qui possède un vaste arsenal d’armes, dont certainessont modernes et sophistiquées et d’autres sont non conventionnelles », a-tilrappelé avant de continuer : « Tout cela se passe à nos frontières. C’est untrès grand défi pour nous. De façon générale, nous gérons un vaste spectred’ennemis et de menaces qui vont du plus classique au moins conventionnel, ducouteau au nucléaire. Ce sont des armes très variées, occidentales etorientales, et dont certaines sont produites localement », a précisé lecommandant.

« Le printemps est une saison qui n’existe pas dans notre région et le «printemps arabe » est un terme qui ne correspond certainement pas à notreréalité. Certains changements existent clairement, à commencer par l’absence desouveraineté de certaines Etats régionaux, ce qui ouvre la voie aux activitésterroristes. Des frontières, jadis calmes, sont affectées. Des Etatss’effondrent ».

Dans le contexte actuel, a encore affirmé Eshel, les fronts israéliens, ycompris le front intérieur civil, sont sous la menace de missiles sol-sol, deroquettes, de missiles de croisière et de drones.

Et le militaire de décrire l’espace comme une arène à la « profondeurstratégique », où « s’exprime clairement la supériorité technologique d’Israëlqui doit être sauvegardée. Notre capacité dans l’espace est centrale en termesde dissuasion. Elle nous permet d’agir à plusieurs niveaux, de manière continueet en secret, sans violer la souveraineté des Etats », s’est-il félicité. Avantd’ajouter que le domaine des capteurs satellitaires connaissait un rapidedéveloppement.