Petit parti ne deviendra pas grand

Le paysage politique israélien est très fragmenté. Cette année encore, de nombreuses voix devraient aller à des partis qui ne franchiront pas le seuil parlementaire.

Knesset session 311 (photo credit: Courtesy)
Knesset session 311
(photo credit: Courtesy)
Sur 34 partis en lice pour les élections, 12seulement devraient entrer à la Knesset. Un constat en forme de pointd’interrogation. De quoi sont donc faites ces petites formations et quireprésententelles ? Retour sur 5 partis qui font (un peu) plus de bruit que lesautres.

Eretz Hadasha (Nouveau pays) 

La palme de la prétention, tendance « badboy »,revient cette année à la liste Eretz Hadasha, qui a fait de la lutte contre lacorruption son étendard. Son leader, Eldad Yaniv, est avocat et ancienconseiller du ministre de la Défense Ehoud Barak. Sa campagne se joueprincipalement en ligne, avec une série de clips, titrés « le Système », qui enont fait le chouchou des réseaux sociaux et – du moins à ses propres yeux –l’ennemi public numéro 1.

Avec l’acteur Rani Blair, 3e sur sa liste, Yaniv y affirme que les puissants dupays ont des comportements mafieux et racontent des secrets qui les « fontfaire dans leur pantalon », selon ses propres mots.

Son credo ? « N’ayons pas peur ». L’activiste raconte notamment que BinyaminNetanyahou planque des dollars dans ses chaussettes pour financer ses bassesmanoeuvres politiques.

« Nous nous présentons pour combattre les liens officieux entre les riches, lepouvoir et la presse en Israël », explique Yaniv. « Ce scrutin du 22 janvierdoit faire entrer à la Knesset des militants qui représenteront une oppositionde combat. Tous les anciens partis font aujourd’hui partie d’un systèmecorrompu et dirigé par les grands patrons. Pour changer les choses, il faut unnouveau dispositif qui soit transparent et n’appartienne à personne. » Selontous les sondages publiés, Eretz Hasdasha ne devrait pas dépasser le seuilparlementaire des deux mandats et ne fera donc pas partie de la 19e Knesset.Mais les dirigeants du parti ne se laissent pas démonter pour autant : « lesjeunes voient ce qui se passe. Ils écouteront la voix du coeur au moment devoter ».

Ahim Anahnou (Nous sommes frères) 

Il existe déjà plusieurs députés éthiopiens.
Mais pas assez, selon David Abebe, chef de file de ce parti sectoriel quisouhaite faire davantage pour la communauté issue d’Afrique que lesparlementaires éthiopiens de Kadima, Likoud, Shas et Avoda. « Le gouvernementnous a amenés ici, mais ne sait pas comment nous intégrer et c’est de pire enpire chaque année », déclare Abebe.

Or, continue-t-il, le pays se prive ainsi d’une nouvelle génération, diplômée,née en Israël, mais qui se sent discriminée, tant à l’école que sur le marchéde l’emploi.

Le nom du parti provient d’une citation de la Genèse, qui met l’accent sur lafraternité qui se doit d’exister entre les Juifs, même lorsqu’ils viennent deloin.

Et Abede de critiquer le « cynique usage de la communauté éthiopienne pourobtenir des donations étrangères ». « Le gouvernement devrait avoir honte ! »lance le leader.

« Le 22 janvier prochain, aucun Noir ne votera pour un Blanc », avance-t-il,prédisant à son parti 4 mandats dans la future Knesset.

Alé Yarok – Hareshima Haliberalit (Feuille verte – la liste libérale) 

Fondée en1999, Alé Yarok est surtout connue pour sa défense de la légalisation ducannabis.

Cette année, la formation a néanmoins fait disparaître ses dreadlocks au profitd’un programme économique plus élargi, à la frontière entre libéralisme etlibertarianisme.

Son leader Yaron Lerman, se veut surtout le chantre de la liberté individuelle.Au programme : séparation de l’Etat et de la religion, transports en commun lesamedi, réduction de toutes les taxes, et privatisation des terrains sous latutelle de l’Autorité israélienne de la terre. « Le gouvernement a augmenté lestaxes sur l’essence, l’électricité et même la bière », attaque Lerman, « et lesrevenus fiscaux ne vont pas à tous les citoyens, mais à certains groupes delobbys comme les syndicats, les harédim et les grands patrons ».

Autre idée : la privatisation de la carte scolaire (à l’aide de « bonsscolaires ») qui stimulerait la compétition entre les établissements publics etpermettrait aux parents de choisir les professeurs de leurs enfants, au lieu deles confier aux bureaucrates du ministère de l’Education.

Et, bien entendu, Alé Yarok souhaite toujours que les Israéliens puissent «fumer des joints chez eux, sans problème avec la police ». Lerman se réfère àdeux récents sondages qui accordent 3 sièges à son parti. Et critique aupassage les instituts qui effectuent leurs enquêtes sur des lignes fixes etpassent donc à côté des plus jeunes – cibles du parti – équipés de portables.

Da’am, le Parti des ouvriers 

A l’opposé de leurs confrères pro-cannabis, Da’amrevendique fièrement l’étiquette socialiste. Ses priorités ? Fin de laprivatisation et nationalisation de toutes les ressources naturellesnationales.

Asma Agbaria Zahalka, la seule Arabe israélienne à la tête d’un parti en licepour la Knesset, explique que la formation se bat contre la nature patriarcalede la société arabe et refuse de plier face aux « hamoulot » (les clansarabes). 3 des 5 candidats de premier plan sont des femmes. Ce qui distingueDa’am de Hadash, l’autre parti judéo-arabe au programme socialiste, qui seplace davantage sur le terrain diplomatique.

Agbaria Zahalka fait partie des dirigeants du Centre de conseil auxtravailleurs. Elle se bat notamment contre le chômage des femmes arabes, sansemploi pour 80 % d’entre elles et veut mettre fin aux emplois contractuels,qu’elle compare à de l’esclavage.

« A Da’am », conclue-t-elle, « Juifs et Arabes collaborent harmonieusement.J’appelle les électeurs à ne pas voter par communautarisme mais à promouvoir lalutte des travailleurs. » 

Koah Lehashpia (le Pouvoir d’influencer) 

A l’autrebout de l’échiquier politique, Koah Lehashpia s’adresse aux traditionnelsélecteurs de Shas.

A l’instar de son grand frère ultra-orthodoxe, la formation a été fondée par lerabbin Amnon Yitzak, qui en est le mentor spirituel, sans être candidatlui-même. D’ailleurs Yitzak, antisioniste, ne compte pas voter pour son propreparti, car il boycotte les élections. Par le passé, l’homme a qualifié AdolfHitler et Théodore Herzl « des deux grands criminels » de l’histoire juiverécente.

Issu du mouvement « Shofar », il est surtout connu pour ses discoursgrandiloquents qui menacent les Juifs laïcs de très graves punitions après leurmort et mettent en garde contre les technologies modernes. Or, s’il diabolisel’usage de ces dernières, il a récemment été filmé avec son Smartphone. Quand àl’opération Pilier de défense, c’était, dit-il, une punition contre legouvernement israélien « pour avoir voulu enrôler de force les harédim ».

Le programme du parti prévoit donc, logiquement, le prolongement de la loi Tal(qui exempte les orthodoxes de service militaire), la baisse des prix vial’annulation de la TVA et le pain à un shekel.

Les anciens en action 

Ne pas oublier les aînés. Tel est en substance lemessage du Nouveau parti des retraités, répondant également au nom de Dor BoneiHaaretz (la génération qui a construit le pays). Début décembre, la liste présentaitson programme à Tel-Aviv sous le slogan : « Parce que nous devons prendre soinde papa et maman ».

Le but du parti ? Toucher les 30-40 ans et les rallier à la cause de leursdoyens. Pour le président de la formation, Ephraïm Lapid, « Dor est le seulparti social d’Israël ».

« A gauche, à droite et au centre, tout le monde vous parlera de justicesociale, des armes nucléaires iraniennes ou de la paix avec la Syrie, maispersonne ne défend les sujets qui sont nos priorités ». Et de citer la santé,les pensions, le droit à la retraire dans la dignité et le logement.

Aujourd’hui, 804 000 citoyens de 65 ans et plus résident dans l’Etat hébreu.Soit 1 individu sur 10, dont 14 % continuent de travailler même après laretraite. La loi oblige les employés à quitter leurs activités à l’âge de 67ans mais, pour l’assistante sociale Dalia Nakar, qui a récemment rejoint laformation, cette mesure doit être revue. « Ils sont encore jeunes », expliquet-elle. « Avoir 67 ans aujourd’hui, ce n’est pas comme il y a 30 ou 40. Nousvoulons changer la loi pour que les Israéliens puissent arrêter de travaillerpar choix et non par obligation, car les personnes âgées peuvent contribuer àla société de nombreuses façons », continue Nakar.

Pour ce qui est du système de santé, Midad Gissin, numéro 2 du parti qui s’estbattu contre le cancer il y a 25 ans, déclare que Bonei Dor ne constate aucunchangement.

Il faudrait pourtant élargir les fonds pour le quatrième âge, afin que lesretraités « n’aient pas à choisir entre s’alimenter ou acheter des médicaments». « Aucun autre parti ne soulève la question de la santé », rappelle Gissin, «mais c’est le seul sujet en réalité qui concerne tout le monde, sansdistinction de couleur, de race, d’âge ou de religion. Chacun se préoccupe desanté et quiconque n’a jamais été malade le sera un jour. »