Les preuves de la montée de l’extrême droite en Allemagne sont de plus en plus visibles. Selon l’office fédéral du crime (BKA), le nombre de personnes susceptibles de perpétrer des violences d’extrême droite en Allemagne a doublé au cours de la dernière décennie pour atteindre aujourd’hui 9 000 individus. Et la découverte du groupuscule néonazi responsable du meurtre de dix personnes au cours de ces dix dernières années n’est que le dernier exemple en date de cette inquiétante montée en puissance. “Les mouvements néonazis ont augmenté en Allemagne”, analyse Stéphane François, politologue français spécialiste des droites radicales. “Il y a un lien très net avec les ravages de la mondialisation. De façon générale, les périodes de crise, et les situations de détresse sociale qui en découlent, comme que l’on connaît actuellement, favorisent le repli et les discours identitaires, en particulier dans la dérive radicale de certains groupuscules”, affirmet- il. Le contexte de crise actuelle est donc propice à la montée de l’extrême droite : la peur de l’avenir entraîne la peur de l’autre, la volonté de revenir à une “société fermée”, selon l’expression de Karl Popper, philosophe autrichien. Si les analystes considèrent que le nazisme a disparu avec la chute du IIIe Reich, ils estiment que l’extrême droite actuelle reprend les principes fondamentaux de l’idéologie hitlérienne : antisémitisme, homophobie et notion de supériorité de la race blanche, le tout enrobé dans un discours ultra-violent et connu sous le terme de néonazisme. “Socialisme de ressentiment” Selon l’Office fédéral pour la protection de la Constitution en Allemagne, le néonazisme est en plein essor et regroupe un axe fort : l’affiliation ethnique et la xénophobie, dirigée contre les principes d’égalités, haïs par les militants extrémistes. Mais comment expliquer la résurgence de telles idées en Allemagne, pays de la Shoah ? Stéphane François analyse : “Il y a plusieurs raisons, comme la réapparition dès l’après-guerre de formations nazies, devenue ‘néo’. En outre il y a toujours eu des nostalgiques du régime national-socialiste, ainsi que ceux qui ont une vision raciale du monde qui continuera de se manifester par le racisme et l’antisémitisme”. Des idées qui n’ont en réalité jamais disparu du paysage politique allemand mais qui, à l’occasion de tragiques faits divers, refont surface au sein d’une société qui n’a jamais vraiment réussi à éradiquer la haine de l’autre : “le nazisme n’a pas été combattu partout de la même façon”, explique le politologue. “Dans certains pays, comme les Etats-Unis, il a été très peu pourchassé au nom de la liberté d’expression. Et je ne parle même pas des groupes existants en Amérique latine, ou des nazis réfugiés dans différents pays du Proche Orient, qui ont réussi à passer entre les mailles du filet de la dénazification”, poursuit-il. Dans nos sociétés modernes, et sous l’effet de la crise, la peur de l’autre, créatrice de haine, n’a jamais autant touché les classes populaires appauvries par le système mondial. A chaque fois que la roue économique tourne, les idées néonazies font un retour en force dans les couches populaires allemandes et européennes. “Il s’agit d’une idéologie du ressentiment, qui n’existe que par la volonté de se créer un bouc émissaire : les Juifs dans l’Allemagne des années 1930, les populations de couleurs à partir des années 1970, en plus des Juifs”, rappelle Stéphane François. Le néonazi devient ainsi un homme violent qui n’existe que dans l’affrontement à l’autre. Face à la déroute sociale et au manque d’écoute des politiques, les plus défavorisés se réfugient dans la peur et la haine de l’autre. Ce que Stéphane François qualifie de “socialisme de ressentiment”. Une nouvelle lutte des classes mais placée sous des considérations “raciales” et non plus “sociales”. La vraie menace : le NPD La cible du discours néonazi a également évolué. Si la peur de l’autre reste, le bouc émissaire change. “Certains groupuscules/ partis extrémistes de droite ont abandonné l’antisémitisme, du moins officiellement, de façon stratégique, pour le remplacer par une haine des Musulmans, surfant ainsi sur la peur des islamistes, qui, en tant qu’expression d’une vision du monde intolérante, sont à combattre”, rappelle Stéphane François. Aujourd’hui à côté de slogans tels que “Mort au Youpins”, se lisent également “Mort aux négros”, “Mort aux Arabes”, ou encore “Mort aux bougnoules”. Mais si l’idée de haine de l’autre regroupe les militants extrémistes, le mouvement néonazi n’est pas uniforme. “La stratégie de ces groupes relève de l’amateurisme et de la pulsion”, explique le politologue français. “Il n’y a pas comme l’ont suggéré des articles allemands de “Brigades Brunes” calquées sur les Brigades Rouges des années 1970. Il s’agit, simplement, mais c’est déjà beaucoup, de passages à l’acte très violents d’individus et non de groupes”, tient-il à rappeler. Un constat approuvé par l’Office fédéral pour la protection de la Constitution en Allemagne. Dans un rapport, l’institution estime que “les mouvements néonazis ne sont pas homogènes et apparaissent sous des formes très diverses. Si certains groupes s’avèrent être négationnistes sans idéologie politique, d’autre appellent à un Etat totalitaire”. Les passages à l’acte restent encore individuels sans organisation réelle d’une mouvance néonazie qui reste peu influente en Allemagne. Seule “menace” politique : le NPD, Parti National Démocrate, très proche de l’idéologie néonazie. Nombreux sont ceux qui considèrent ce parti comme le socle des activistes d’extrême droite et appellent donc à son interdiction. Mais ce vieux parti, né en 1964, a jusqu’à présent toujours réussi à exister. var ord = window.ord || Math.floor(Math.random() * 1e16);document.write('');Différentes institutions allemandes ont tenté de l’interdire en vain : la décision a été rejetée en 2002 par la Cour constitutionnelle allemande. En attendant, l’Allemagne fait son possible pour lutter contre une idéologie qui a conduit au plus tragique génocide du XXe siècle. Depuis 1992, plus de 24 organisations d’extrême droite ont été interdites par le ministère fédéral de l’Intérieur et des associations comme “Exit Deutschland” tentent de sensibiliser les extrémistes et de les “libérer” des idéologies de haine raciale. Un combat difficile mais nécessaire en ces temps de crise où la peur de l’avenir et la peur de l’autre n’ont jamais été aussi présent.