L’unité de recherche et de sauvetage de défense passive s’entraîne nuits et jours à des scénarios catastrophe. En espérant toutefois qu’ils ne se réalisent pas. Attaques de missiles en centre-ville, attaques à l’arme chimique, tremblements de terre dévastateurs, tout est possible dans cette région du monde. Même si la plupart de la population, effrayée par ces éventuelles menaces, préfère ne pas y penser. Le bataillon de recherche et de sauvetage de la défense passive de Tsahal - une division en pleine croissance au sein de l’armée - est composé de quatre (bientôt cinq) groupes. Son objectif : s’assurer que l’armée soit capable de déployer ses forces dans de potentielles zones sinistrées, et sauver autant de vies que possible. C’est le lieutenant-colonel Golan Vach, 38 ans, père de six enfants, qui est le chef de la section de recherche et de sauvetage, dont la majorité de la formation s’effectue dans la base de Zikim, proche d’Ashkelon. Vach a une bonne expérience du combat au sein de l’infanterie, pour avoir servi au sein des brigades Guivati et de parachutistes pendant 15 ans.Selon lui, a-t-il confié au Jerusalem Post, les unités de recherches et de sauvetage sont aussi essentielles que celles de combats pour la sécurité nationale. “Nous sauvons des vies dans les immeubles endommagés. Nous opérons dans des situations qui sont classiques, ou parfois le sont moins”, note-t-il, faisant référence aux scènes où lui et ses hommes peuvent être contaminés par la radioactivité, des substances chimiques ou biologiques. “Avec toutes les menaces qui font les gros titres”, ajoute-t-il en pensant aux discussions sur les stocks d’armes chimiques de la Syrie, “l’intérêt de ce type de forces est important”. Les informations quant à une éventuelle guerre avec la Syrie ou une attaque sur l’Iran n’ont pas vraiment d’impact sur ses hommes. “Cela n’a pas d’importance. Nous travaillons sur ces scénarios tout le temps (sans prendre en compte l’actualité)”, rapporte-t-il. Ouvrir ses yeux et ses oreilles Tsahal travaille tout au long de l’année pour entraîner ses unités afin d’agir dans des circonstances exceptionnelles. Et les forces de secours sont équipées, à ce que l’on dit, par le meilleur matériel de protection du monde. “Nous pouvons être amenés à nous rendre dans une zone contaminée par un conteneur d’eau de javel qui s’est déversé... ou un bâtiment frappé par une attaque chimique. Il faut identifier et cerner la substance, décontaminer les gens, et traiter le produit toxique”, explique Vach. Cependant, ajoute le militaire, il faut que les citoyens eux-mêmes soient actifs dans les phases de secours. “Le commandement de défense passive a investi beaucoup pour aider la population à agir par elle-même”. Lors du tremblement de terre à Haïti en 2012, 150 000 personnes prises au piège dans des décombres avaient été sauvées par les civils, contre 142 seulement, tirées d’affaire par des unités professionnelles venues du monde entier, y compris d’Israël. Mais pour Vach, cependant, le pourcentage de personnes sauvées par des spécialistes sera bien plus grand en Israël dans le cas d’une attaque de missiles ou d’un séisme. Au cours de l’un des exercices, les membres de la brigade ont fait appel à des ingénieurs, des électriciens, et des docteurs. Ils ont débranché le gaz, l’eau et l’électricité, “qui ne sont pas compatibles”, précise-t-il. Les secouristes sont entraînés à “utiliser l’équipement le plus avancé du monde - leurs yeux et leurs oreilles”, pour localiser les personnes prises au piège avant de se servir du radar et des systèmes d’images thermiques. “Un être humain donne une meilleure image qu’aucun chien, équipement acoustique ou radar”, explique le responsable des brigades. “Nous voulons que les civils nous donnent le plus d’informations possibles. Par exemple, une femme qui reçoit un message de sa mère lui disant qu’elle est prise au piège. Si nous savons qu’elle était dans le salon, notre ingénieur peut simuler la maison avant qu’elle ne s’effondre, et localiser la victime”, explique Vach. Des entraînements de 17 heures Ce genre d’opérations précises sont appelées “opérations chirurgicales”, dans le jargon de l’unité. Elles ne peuvent se réaliser que dans les 24 heures suivant la catastrophe. Le deuxième jour, le temps devient extrêmement important pour ceux qui sont ensevelis. Les sauveteurs utilisent alors les bulldozers pour chercher dans les débris, “de la manière la plus douce possible”. “Nous formons des soldats afin qu’ils puissent travailler dans des endroits très étroits et gérer les situations difficiles. Avec leur simple force, ils doivent être capables de briser des pierres, dans un espace exigu et à plusieurs reprises. Ils sont mis sous pression. A la fin des six mois d’entraînement ils sont opérationnels”, affirme Vach. Malgré le large éventail de menaces qui peuvent affecter Israël, la possibilité d’un tremblement de terre reste le risque numéro 1, en termes de dommages, estime le commandement de défense passive. Même en cas d’un séisme de faible puissance, 10 % de la population pourrait être touchée. “Nous savons qu’il y a un risque. Il y en a un tous les 150 ans. En 1837, 2 000 à 3 000 personnes ont été tuées dans la seule ville de Naplouse”, rapporte le chef de l’unité . “Les risques sont faibles, mais si un important tremblement de terre frappe le pays, les conséquences seront désastreuses.” La section de recherches et de secours s’entraîne toute l’année pour un tel scénario et a un grand nombre de renforts à mobiliser en cas de besoin. En cas de séisme, les bataillons peuvent être divisés en petits groupes pour faire face à la demande. Les groupes peuvent être composés de seulement quatre soldats, un au commandement et trois autres. Quand on lui demande s’il pense à tous ces scénarios catastrophe quand il rentre chez lui retrouver ses six enfants, Vach répond : “Même si je voulais penser au Hezbollah et à Nasrallah, quand je suis rentré, je ne pense qu’au repas et à la douche des enfants”. Yarden Greenhoyz, 19 ans, a servi dans l’unité pendant un an. Elle a accepté d’être joignable en cas de problème pour venir à la rescousse. Après des mois d’entraînement dans des sites détruits, à la recherche de débris des mannequins, et embarquant pour des exercices en pleine nuit pendant 17 heures, elle se dit prête comme elle ne l’a jamais été. “L’entraînement, c’est comme une guerre. Personne ne sait comment il va réagir si on lui tire dessus, s’il découvre un corps mutilé ou entend des cris. La réaction est individuelle”, explique la jeune femme. “Je sais que je serais stressée. Mais j’ai choisi cette voie et je m’efforcerai de gérer. C’est cela le sauvetage» avoue Greenhoyz. “Nous espérons que ces scénarios en resteront au stade de l’entraînement”.