Référendum national. Samedi 15
décembre, les Egyptiens se sont rendus aux urnes pour se prononcer sur le
référendum en vue d’une nouvelle constitution proposée par le président
égyptien, Mohamed Morsi, issu du parti des Frères musulmans. Le vote doit
s’étendre sur deux jours : le premier a regroupé 10 gouvernorats dont Le Caire
et Alexandrie et le second aura lieu le 22 décembre dans 17 autres gouvernorats.
Une décision qui découle de la pénurie de juges nécessaires pour superviser le
vote.
Il y a quelques semaines, le président Morsi s’est attribué de nouveaux
pouvoirs, dont celui de pouvoir interférer dans les décisions de justice. Avant
de proposer une nouvelle constitution qui doit être votée par référendum.
Celle-ci est basée sur des lois fondamentales islamiques, réduisant notamment
un certain nombre de libertés. Selon les experts, ces changements pourraient
avoir un fort impact sur la condition des femmes, et sur certaines questions
individuelles comme le divorce ou le droit à l’héritage. La crainte des
opposants ? Que le gouvernement instaure progressivement des lois uniquement
régies par la charia.
On n’en est pas encore là, mais il est certain que cette proposition de
constitution brouille les cartes, le pouvoir semblant peu à peu échapper des
mains des citoyens.
Cela fait quelques temps déjà que l’Egypte est confrontée à une violente
division politique. La poussée de l’opposition – qui provient de plusieurs
courants – contre le président Morsi et son parti rappelle fortement la
division qu’a connue l’Egypte avant la chute d’Hosni Moubarak, il y a deux ans.
Leur point commun ? L’inquiétude quant à l’influence de l’islam sur le
quotidien des Egyptiens et sur la vie politique, aux dépens d’une vraie
démocratie durable.
Une opposition qui ne lâche rien
Après quelques semaines de débat, interrogé
pour savoir s’il fallait boycotter ce référendum ou simplement se prononcer
contre, le leader de l’opposition et ancien chef de la Ligue arabe, Amr Moussa,
a invité ses partisans à voter « non ». Il a également écrit sur son compte
Twitter qu’adhérer à cette constitution « violait les valeurs universelles et
bafouait les libertés de chacun. » Un autre opposant au régime en place,
Hamdeen Sabbahi, a, quant à lui, appelé à un boycott du vote.
Certaines figures de l’opposition se sont néanmoins déclarées prêtes à accepter
un référendum si certaines conditions de vote étaient mises en place. Comme une
surveillance juridique du vote, le contrôle par les organisations non
gouvernementales locales et internationales et un scrutin sur un jour et non
deux.
La population égyptienne souhaite sortir de ce moment de transition qui dure
depuis la chute de Moubarak. Elle s’est lassée des propositions de lois et
voit, dans sa majorité, ce référendum comme le moyen d’avancer et d’aboutir
peutêtre à des élections parlementaires. Mohammed ElBaradei, un important
leader de l’opposition et récipiendaire du prix Nobel de la Paix, aurait
souhaité que le référendum soit reporté à quelques mois, le temps de sortir de
cette situation politique chaotique. Car selon lui : « Cette révolution n’a pas
été menée pour remplacer un dictateur par un autre ».
Quand certains chantent dans les rues « le peuple veut la mise en place de lois
islamiques », d’autres scandent « le peuple veut renverser le gouvernement en
place ». Ces divergences d’opinions ont mené à des manifestations parfois
violentes où les deux camps se sont affrontés, place Tahir, point central de la
révolution qui avait abouti à la chute de Moubarak en février 2011. Ce qu’il
faut retenir de ces deux slogans ? « Le peuple veut », le peuple « en veut »
même.
Dans la semaine, le président Morsi a annoncé qu’il autorisait l’armée à
arrêter les manifestants. Samedi, lors du premier jour de vote, 120 000 soldats
ont rejoint la police pour sécuriser les lieux de vote.
Au sortir du premier jour de scrutin, les Frères musulmans annoncent d’ores et
déjà un « oui » majoritaire au référendum. Mais l’opposition conteste les
résultats et prévient qu’elle ne reconnaîtra le vote que s’il se déroule dans
la transparence. Les chiffres définitifs seront connus à la fin du second jour
de vote, le 22 décembre.
Hébron : affrontements à répétition
Depuis plusieurs semaines, les tensions
sont de plus en plus palpables à Hébron. Bilan de la semaine : jets de pierres
et de cocktails Molotov, pneus brûlés, riposte des soldats israéliens et de la
police palestinienne, et mort d’un adolescent.
Sylvie Berg Dans la nuit du jeudi 13 décembre, les soldats tirent sur un
activiste palestinien qui jette un cocktail Molotov sur le point de contrôle de
Hassam Hashoter. Nasser Sharabati, 17 ans, est sévèrement blessé à la poitrine.
Au même moment, une pluie de pierres est lancée du trottoir opposé, vers les
soldats. Pour disperser la foule, la police palestinienne fait usage de gaz
lacrymogène et de grenades, blessant environ 25 personnes. Un évènement qui
fait suite à la mort de Mohamed al-Salaymeh, mercredi : il avait brandi une
fausse arme et mis en joug la policière en poste, qui avait alors réagi en le
touchant mortellement.
La jeune femme s’explique : « Le fait qu’il s’agisse d’une fausse arme ne
change rien pour moi. Je devais à tout prix protéger mes agents de police. Pour
moi, ce pistolet était vrai, et l’homme le pointait sur mes soldats. Ce n’est
qu’après enquête qu’il s’est avéré que l’arme était un jouet. » Sharabati
s’était fait repéré par les soldats alors qu’il marchait près des tombeaux des
patriarches. Il a subi un contrôle d’identité, auquel il a réagi violemment,
pour finalement dégainer un pistolet en fer, et précipiter sa mort. Son corps a
par la suite été transporté en martyr dans les rues de Hébron et les violences
se sont perpétuées.
Jeudi matin, des forums pro-palestiniens affichaient des photos de l’agent de
police, avec son nom complet. Sur Facebook, des menaces de mort ont été
proférées. La policière, qui a servi comme commandant de police à Hébron, a
toujours été complimentée par ses officiers pour son travail. Elle ne se dit
pas effrayée par ces appels à la vengeance.