La force exceptionnelle de la supplication

C’est l’union de tout le peuple d’Israël dans une seule et même prière qui lui permet, le jour de Kippour, d’obtenir le pardon divin

By RAV MORDEKHAI BENSOUSSAN
October 11, 2016 09:36
Juifs en prière à la synagogue à Yom Kippour

Juifs en prière à la synagogue à Yom Kippour. (photo credit: WIKIPEDIA)

 
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L’aspect le plus marquant et le plus connu de Yom Kippour est, comme son nom l’indique, le pardon collectif des fautes d’Israël accordé par Dieu. En ce « jour redoutable », Israël se tient debout devant le Juge suprême pour obtenir Son acquittement par la prière et les supplications. Il n’est pas de moment plus solennel dans l’année hébraïque, de même qu’il n’est pas de jour plus propice pour revenir vers Dieu et « s’en approcher le plus près possible », selon l’expression du prophète Osée et conformément à l’enseignement de Maïmonide dans son Code. Ce jour est intrinsèquement consacré au pardon d’Israël, et ce depuis l’époque de Moïse qui a imploré Dieu de pardonner la faute du veau d’or durant quarante jours.

« Recouvrir » les péchés

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Il est intéressant de remarquer que le terme de kippour, du même radical que kaper signifie « recouvrir », sens provenant de kapporet ou « propitiatoire », en référence au « couvercle » placé au-dessus de l’Arche sainte, et sur lequel trônaient les deux chérubins en or massif. Ce propitiatoire recouvrait le contenu de l’Arche sainte, faite de trois caissons enchâssés l’un dans l’autre. Le sens réel du « pardon » divin est bien celui-ci : par amour pour Israël, Dieu recouvre pudiquement ses fautes et les cache pour ne plus avoir à en tenir compte.

C’est pour marquer le caractère spécifique de ce jour saint que nous répétons à vingt-six reprises le verset extrait de la section Aharé mot que nous lisons le matin : « Car c’est en ce jour-ci qu’Il vous pardonnera, afin de vous purifier de toutes vos fautes ; c’est devant Dieu que vous serez purifiés. » De quelle purification s’agit-il ? Celle du repentir qui consiste à regretter ses fautes passées, à les reconnaître et les avouer par le vidouy et à s’amender pour l’avenir, comme l’explique Rambam. Cette démarche prenait toute sa dimension dans l’enceinte du Temple, à Kippour, en présence de tout le peuple rassemblé sur son parvis durant le culte sacrificiel, le seder haavoda. Chaque étape de ce culte, chaque geste et parole du Grand Prêtre étaient minutieusement préparés et étudiés par lui entouré des Sages d’Israël, durant sept jours auparavant, comme l’enseigne la Michna Yoma (chap. 1, 1). La seule connaissance et la compétence dans le déroulement des sacrifices et des encens n’étaient pas suffisantes ; il fallait également une force et une résistance physique indéniables pour assumer toutes les tâches, nombreuses et fastidieuses ordonnées dans la Torah. De plus, il devait s’abstenir de dormir, et même de s’assoupir la nuit de Kippour, afin d’être prêt dès le lever du jour pour entamer le service sacré.

Une interaction fondamentale

Cependant, cette forme rituelle, très « technique », n’était que l’un des aspects particuliers de ce jour exceptionnel. Certes, le Grand Prêtre assumait le rôle essentiel dans le bon déroulement cultuel ; son degré de préparation était déterminant pour la réussite de ces tâches ardues de la plus haute importance. Mais quel sens aurait eu tout ce rituel sacré si les fidèles, réunis par milliers sur le parvis du Temple, n’avaient été là pour justifier les allées et venues du Grand Prêtre, ses ablutions, ses sacrifices, et surtout son entrée rarissime dans le Saint des Saints à trois reprises – une fois pour y déposer la pelle d’or rouge contenant l’encens moulu finement, une autre pour y faire les aspersions entre les barres de transport de l’Arche sainte, et une dernière pour y récupérer la pelle de l’encens à la fin de son service ? Le peuple d’Israël, rassemblé au Temple ou dispersé à travers le pays, jouait un rôle éminent ; l’on pourrait même dire que sans le peuple, le Cohen Gadol n’avait aucune importance, aucune raison de se livrer à son service fastidieux. Car c’est au nom de la collectivité d’Israël qu’il se tenait devant Dieu et qu’il présentait son service expiatoire. Toute sa mission ne consistait qu’à représenter son peuple devant le Tout-Puissant et à obtenir Son pardon pour lui et Israël.

Le Grand Prêtre était stimulé par la présence massive des fidèles, par leurs réponses et leurs réactions à chaque prononciation du Nom ineffable lors des sacrifices expiatoires. La Michna Yoma enseigne ainsi que tout le monde se prosternait face à terre dès que le Nom ineffable était prononcé par le Grand Prêtre, manifestant une entière participation au service sacrificiel. C’est toujours aussi cette foule de fidèles qui attendait fébrilement que le Grand Prêtre termine sa mission pour apparaître, en haut des marches du parvis, rayonnant et resplendissant de sainteté et de pureté, « tel le soleil à son zénith », attestant que son service avait été agréé et ses prières exaucées. Une fusion exaltante liait le Cohen Gadol à son peuple, unis dans une prière réciproque à l’intention de l’autre.

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Le pardon était accordé au peuple tout entier, dans son ensemble, présent ou non au Temple. Mais tous communiaient dans un seul et même élan spirituel et mystique vers le Tout-Puissant. C’est cette union sacrée qui donnait tout son pouvoir au Grand Prêtre, celui-ci agissant pour son peuple, et par lui.

Le Talmud relate l’histoire poignante du Grand Prêtre Rabbi Ychmaël ben Elicha, en fonction peu avant la destruction du Second Temple. Il y raconte lui-même que lors de son service, un jour de Kippour, il est entré dans le Saint des Saints et y a vu Dieu assis sur son Trône. Et Dieu lui a dit : « Bénis-moi, Mon fils. » Et Rabbi Ychmaël de répondre : « Que Ta Volonté soit de maîtriser Ta colère par Ta miséricorde, et que Ta pitié s’épanche sur Tes attributs, afin que Tu agisses envers Tes fils avec l’attribut d’Amour et de Miséricorde ; que Tu les fasses entrer en deçà de la ligne rigoureuse du jugement. » Le Créateur a alors hoché la tête comme pour acquiescer (Berakhot 7a). Dans cet instant, si intense et si solennel, alors que le Grand Prêtre est seul avec Dieu, il ne pense finalement qu’à son peuple qu’il représente ici et au nom duquel il a le privilège insigne de se tenir devant Le Créateur.

Le service de Kippour aujourd’hui

Il en est de même dans nos synagogues à Kippour. L’officiant ne peut assumer son rôle qu’accompagné de son assemblée, soutenu et stimulé par elle. Il n’y a pas de distance possible entre elle et lui, pas de délégation de pouvoirs qui « décrocherait » le peuple du service sacré, aujourd’hui remplacé par nos prières collectives. La participation active, chantée et scandée avec ferveur par les fidèles, accorde toute son importance aux offices solennels de Kippour, et la caution indispensable à l’officiant qui se tient debout devant Dieu tel le Grand Prêtre de l’époque. Bien entendu, il n’est pas au même niveau que ces sages illustres décrits dans les textes, mais son rôle est identique : prier au nom d’Israël qui reste le peuple de Dieu.

Il est inutile de rappeler qu’il faut redoubler d’attention et d’énergie au moment de la récitation du Seder haavoda, moment crucial du Moussaf qui décrit le culte sacrificiel au Temple, et en aucun cas se laisser aller à la somnolence, comme l’on voit habituellement dans nos synagogues à ce moment critique de la journée. Ces fidèles assoupis ressemblent à ces étudiants qui se préparent à l’examen des mois durant et, le jour de l’épreuve, s’endorment sur leur copie…
C’est la prière et la ferveur collectives qui donnent à Kippour sa force et sa dimension uniques. Dieu nous attend patiemment le 10 Tichri dans nos synagogues, afin d’écouter nos prières et de nous accorder Son pardon : ne Le décevons pas ! Il nous exaucera certainement et nous accordera vie, santé, et satisfaction de toutes nos requêtes. Amen.


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