Percer le mystère de la genèse

Quelle est l’origine de la vie ? Le Dr Gary Steinman, homme de foi et brillant scientifique, n’a eu de cesse de chercher la réponse à cette questio

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December 11, 2016 16:16
Gary Steinman et son épouse

Gary Steinman et son épouse. (photo credit: DR)

 
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Comment la vie est-elle apparue sur terre ? Comment les acides aminés et les protéines se sont-ils développés ? Dans sa quête insatiable de réponses, le Dr Gary Steinman a mené une carrière qui illustre cette soif de connaissances : de chimiste-biochimiste il deviendra professeur, puis tour à tour astronaute, directeur de développement de produits médicaux, médecin, auteur, chef de département universitaire et enfin professeur agrégé. Au lycée, déjà, il se fait remarquer : « Une année, j’ai remporté le premier prix de l’expo de sciences pour la mise au point d’un traitement contre la polyglobulie, une maladie qui se traduit par une présence excessive de globules rouges », raconte Steinman. « La deuxième fois, j’ai gagné pour avoir développé un procédé visant à améliorer le stockage du sang dans les centres de transfusion. »
La carrière de ce chercheur, né à Détroit, n’a pas été exactement un long fleuve tranquille, et il lui faudra emprunter plus d’un chemin de traverse pour parvenir à ses fins.

Le Chabbat ou la lune

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Une fois ses trophées scientifiques sagement relégués sur une étagère, Steinman fait route vers l’université du Michigan où il décroche en parallèle une licence de chimie et une maîtrise de biochimie. Il accepte ensuite l’invitation de Melvin Calvin, le lauréat 1961 du prix Nobel de chimie, et intègre son laboratoire à l’université de Berkeley, en Californie. Après avoir obtenu un doctorat en biophysique, il rejoint l’université de Penn State sur la côte est en tant que professeur adjoint au département de biochimie.

C’est alors qu’une annonce dans un journal scientifique va attirer son attention. Nous sommes en 1967 ; la NASA termine son programme Gemini et est s’apprête à lancer le programme Apollo. Jusque-là, seuls les pilotes expérimentés et les astronautes étaient habilités à prendre part aux missions de la NASA. Gary Steinman se présente avec, en poche, sa curiosité pour percer le mystère de la genèse. « Je voulais être à l’avant-garde de la recherche sur les origines de la vie. Participer à ce programme allait m’aider à poursuivre ma quête », explique-t-il.

Après avoir subi toute une batterie de tests physiques et psychologiques au Centre aérospatial de San Antonio, au Texas, notre scientifique reçoit la note suivante : « L’Ecole de médecine aérospatiale recommande la candidature du Dr Steinman, déclaré apte à remplir la mission de l’équipage spatial. » « Je faisais partie du premier groupe de scientifiques recruté par la NASA. Mon rôle : explorer les conditions prébiotiques sur la lune et d’autres planètes. » Notre astronaute juif est sur le point de prendre son envol. « C’est toujours aussi palpitant de me remémorer cette aventure », raconte Steinman, au souvenir de ces événements qui remontent à près de 50 ans. L’excitation sera pourtant de courte durée.
Juif pratiquant et respectueux du Chabbat, Steinman se rend auprès d’Alan Shepard, l’un des sept premiers astronautes de la NASA à avoir, en mai 1961, effectué le premier vol habité sur Mercury. Il lui demande : « Que se passera-t-il si le lancement a lieu un samedi ? » La réponse de Shepard n’est pas exactement ce qu’il avait espéré. « On ne peut rien y faire », lui explique-t-il. « Impossible d’y changer quoi que ce soit. »

La décision est loin d’être facile, mais Steinman décide alors d’abandonner le programme. Comme à de nombreux carrefours de sa vie, il reste très philosophe sur cette occasion manquée : « J’étais bien sûr extrêmement déçu, mais il faut savoir faire des choix dans la vie. »

De la NASA à la médecine



Six mois après avoir mis fin à sa carrière d’astronaute, le scientifique reçoit un appel en provenance d’Israël : on lui propose le poste de directeur général d’Ames-Yissum, une entreprise de recherche et développement affiliée à l’Université hébraïque afin de superviser la production de matériel de diagnostic médical. Au bout de quatre ans et 7 millions de dollars de produits exportés, le président Zalman Shazar lui décerne la médaille d’« exportateur distingué ».

Mais malgré son succès en Israël, Steinman a toujours été attiré par la médecine. Il entend alors parler d’un programme unique proposé par l’université de Miami, qui offre aux titulaires d’un doctorat d’obtenir un diplôme de médecine en 18 mois, au lieu de quatre ans. Au nombre des 20 candidats reçus sur 1 100 inscrits, Steinman termine son diplôme en Floride et complète son internat à l’Albert Einstein College of Medicine de New York. « J’ai une passion pour la médecine, la chirurgie et la psychologie », explique-t-il pour justifier son choix de devenir gynécologue obstétricien. Il ajoute que les accouchements lui procurent une immense satisfaction. Il sait de quoi il parle, puisqu’il a mis au monde quatre de ses sept enfants (et circoncis lui-même ses deux fils). C’est aussi lui qui, en 1997, a mis au monde les seuls quadruplets identiques nés sans l’aide de traitements de fertilité.

Des recherches déterminantes

Après avoir enseigné à la faculté de médecine de Touro College à New York, Steinman décide de revenir en Israël. Il intègre l’équipe de gynéco-obstétrique du centre hospitalo-universitaire Hadassah. Le chercheur qu’il est s’intéresse tout particulièrement aux jumeaux et aux autistes. « Il existe une ville au Brésil qui possède un taux élevé de naissances gémellaires. Le bruit courait que l’infâme Josef Mengele avait pratiqué des expériences sur les femmes lorsqu’il se trouvait là-bas afin de provoquer la naissance de jumeaux », relate Steinman, avant de balayer la rumeur : « En réalité, ce phénomène est à relier à la consanguinité au sein de la population : le gène des jumeaux se transmet parmi les membres de la famille. »

Les recherches du scientifique sur les jumeaux l’ont conduit à établir une connexion entre le facteur de croissance de type insuline, ou IGF, et l’autisme, qui affecte un enfant sur 68 selon le Centre de contrôle et de prévention des maladies. La fonction de l’IGF est de stimuler la myéline, une gaine qui se forme autour des cellules nerveuses et qui accélère l’influx nerveux. Sans cette gaine, les nerfs sont mal raccordés. « On trouve un taux d’IGF plus élevé chez les mères de jumeaux », explique Steinman, « tandis que les enfants qui naissent autistes souffrent au contraire d’un déficit en IGF au stade fœtal. Les enfants autistes âgés d’un à quatre ans montrent également des taux d’IGF inférieurs. A l’heure actuelle, le seul espoir de réparer les nerfs endommagés passe par la recherche sur les cellules-souches. »

Steinman a résumé ses cinq années de recherche dans son ouvrage The Cause of Autism : Concepts and Misconceptions (la cause de l’autisme : concepts et idées fausses) publié en 2014, entièrement écrit par des étudiants en médecine sous sa supervision – une première dans la profession. Sa découverte la plus récente montre que deux médicaments existants pris ensemble, pourraient permettre de traiter l’autisme, ainsi que la sclérose en plaques. Même s’il faut un minimum de cinq ans pour que ces médicaments arrivent sur le marché, Gary Steinman est patient.

« Quand je vivais dans le Queens, un rabbin avait un fils gravement atteint d’autisme », se souvient-il. « J’aurais tant voulu pouvoir faire quelque chose pour lui. A l’avenir, je serai peut-être capable de soulager d’autres enfants. »
En parallèle à son opiniâtre quête sur les origines de la vie, le scientifique occupe un siège de professeur agrégé au département de chimie du Touro College à Jérusalem. La liste de ses livres et publications, entamée en 1962, ne cesse de s’allonger, tout comme celle de ses brevets, au nombre de six actuellement.
En regardant en arrière sur les orientations et virages qu’a pris sa route pour parvenir là où il est aujourd’hui, son seul regret est le temps perdu qu’il n’a pas passé avec ses enfants, en raison de ses contraintes professionnelles. « Mais je ne peux aucunement me plaindre. J’ai vécu une vie que la plupart des gens ne peuvent même pas imaginer. »

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