Guerre de Kippour : la nuit où tout a basculé

Une semaine après l’attaque de l’armée égyptienne le jour de Kippour 1973, Tsahal prépare sa propre surprise pour forcer le passage du canal de Suez. Retour sur les instants décisifs de la bataille qui a renversé le cours de l’histoire

By ABRAHAM RABINOVICH
October 11, 2016 09:12
Des soldats postés le long du canal de Suez

Des soldats postés le long du canal de Suez. (photo credit: JERUSALEM POST ARCHIVE)

La situation semblait avoir retrouvé son calme en ce samedi, le long du canal de Suez, une semaine tout juste après la traversée des forces égyptiennes. Mais au Caire et à Tel-Aviv, des décisions qui allaient déterminer la suite du conflit étaient à l’œuvre.
Le président égyptien Anouar el-Sadate avait été réveillé peu avant l’aube, informé de l’arrivée de l’ambassadeur britannique, venu délivrer un message urgent. Le secrétaire d’Etat américain Henry Kissinger avait demandé à la Grande-Bretagne de soumettre une résolution de cessez-le-feu, après avoir été assuré par les Soviétiques que Sadate l’accueillerait favorablement. Dubitative, Londres avait donc mandaté son envoyé pour vérifier la position du Caire. Mais Sadate avait rejeté la proposition sans ménagement : aucun cessez-le-feu, avait-il assuré, tant que les Israéliens ne se seraient pas retirés du Sinaï.

A ce moment du conflit, l’armée égyptienne était en position de force. Elle contrôlait le front et réalisait chaque jour de petites avancées vers l’est. La force arabe était de plus en plus importante à la faveur du pont aérien mis en place par les Russes, et des renforts considérables fournis à la Syrie et à l’Egypte par leurs alliés. Même le Pakistan et la Corée du Nord envoyaient des pilotes. Israël, lui, ne bénéficiait d’aucune aide extérieure en dehors de ce que la modeste flotte d’El Al parviendrait à acheminer depuis les Etats-Unis (le pont aérien américain serait mis en place le lendemain). Ses seuls renforts étaient les réservistes vivant à l’étranger, rentrés au pays dès le début des combats.

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La veille, Ephraïm Levy, chef du bureau du Mossad situé à Washington, avait rencontré le président américain Richard Nixon et le secrétaire d’Etat Kissinger, et les avait trouvés particulièrement agités. Confiant dans l’efficacité de la riposte israélienne face à l’Egypte, Levy avait fait exprès de bloquer les efforts de Moscou pour parvenir à un cessez-le-feu. Jusqu’à ce qu’un message du Premier ministre Golda Meir lui parvienne, indiquant que l’Etat juif était prêt à accepter un arrêt des hostilités sans même exiger le repli des forces égyptiennes. « Kissinger s’arrachait presque les cheveux », confiera-t-il quelques années plus tard. « Cela revient à déclarer que vous avez perdu la guerre ! », disait-il. « Vous comprenez ce que cela veut dire ? » Le sentiment d’une défaite israélienne minerait durablement la capacité de dissuasion de l’Etat juif face aux Arabes, assurait-il.

Une opération plus qu’audacieuse


Retour sur le champ de bataille. Lorsque le chef d’état-major David Elazar émet pour la première fois la proposition de traverser le canal de Suez, l’idée que cela puisse mener Tsahal à la victoire ne lui traverse même pas l’esprit. A ce moment-là, il considère cette option comme le seul moyen de pousser Sadate à signer le cessez-le-feu. Cependant, la bataille de chars qui se profile dans le Sinaï, anticipée par le Mossad, laisse espérer pour la première fois depuis le déclenchement des hostilités, un possible renversement de situation : si les tanks égyptiens étaient suffisamment affaiblis au cours de l’affrontement, la traversée du canal pourrait s’avérer beaucoup plus qu’une manœuvre désespérée. Elle pourrait au contraire fournir la clé de la victoire. Cette perspective d’un complet retournement du conflit commence alors à faire son chemin dans l’esprit de David Elazar.

Tandis qu’il survole les lignes israéliennes en hélicoptère, le chef d’état-major a une vue imprenable sur les forces de Tsahal postées sur les dunes à l’ouest du Sinaï – ses milliers de véhicules, ses campements sans fin, et ses hommes qui avancent avec détermination. L’Egypte a certes ébranlé l’armée israélienne, mais elle a fini par épuiser tout son lot de surprises. A l’inverse, Tsahal a affûté sa force de frappe et a retrouvé son moral. Cette énergie est encore plus palpable lorsqu’Elazar atterrit. Les unités de maintenance s’activent autour des chars endommagés, et la division du général Avraham « Bren » Adan se positionne derrière celle du général Ariel Sharon, toutes deux prêtes à franchir le canal.
La confirmation que les divisions de blindés égyptiens stationnés sur la rive ouest commencent à se déplacer arrive. « C’est le moment », dit Elazar au commandant de la région sud, Haïm Bar-Lev. « Nous avons besoin d’une grosse et belle offensive des tanks égyptiens que nous allons ensuite repousser à l’est, pour pouvoir traverser le canal. Voici le programme du jour. » Bar-Lev n’est pas convaincu. Il qualifie l’équipement de l’armée israélienne pour la traversée de « plaisanterie » et l’opération elle-même d’« insolente ». Quelques obus tirés sur le pont et les tanks se retrouveraient coincés à l’ouest du canal sans possibilité de faire marche arrière. Néanmoins, c’est un risque qu’il est prêt à prendre.

De retour à Tel-Aviv, derrière les murs confinés du centre de crise souterrain, Elazar partage ses impressions avec son équipe. « Tous ceux qui dépriment dans ces couloirs sombres doivent aller sur le terrain et observer nos garçons. Ils reviendront le moral gonflé à bloc. Nous en sommes au huitième jour du conflit, mais lorsque vous êtes avec les tankistes, ils parlent comme si c’était la troisième année de la Seconde Guerre mondiale. Ils savent ce que les Egyptiens préparent et ils ont une riposte toute prête pour chaque cas de figure. Nos meilleurs hommes sont sur le front. »

Tsahal reprend l’ascendant psychologique

Cette nuit-là, Ariel Sharon essaie en vain de joindre le ministre de la Défense Moshé Dayan, afin de plaider pour une traversée immédiate du Canal. En désespoir de cause, il téléphone à la fille de Dayan, Yael, qui a servi dans les quartiers généraux de Sharon durant la guerre des Six Jours. « Dis à ton père que la division entière ronge son frein. Les chevaux sont prêts pour la bataille. C’est exactement comme à la veille de la guerre des Six Jours. Explique-lui ça. Il doit comprendre que tout est réuni ici pour briser les Egyptiens. »

Le dimanche avant l’aube, les unités de blindés israéliens sont postées en travers des routes principales menant à l’est des têtes de pont égyptiennes. Le colonel Amnon Reshef garde sa brigade à l’arrière. Avec ses commandants de bataillons, il s’est déplacé aux premières heures du jour jusqu’à des postes d’observation, leurs tanks restant à couvert et ne laissant voir que la tête des officiers debout dans les tourelles qui dépassent au-dessus des lignes de crête. A 6 h 30, les tanks égyptiens apparaissent soudain tel un immense flot de blindés, qui rappelle à Reshef les crues dans le Néguev après la pluie. « Tirez ! », ordonne-t-il alors à ses hommes. Dès cette première volée israélienne, les chars ennemis commencent à brûler. Ce jour-là, les forces égyptiennes perdent entre 150 et 250 tanks. Quelques chars israéliens touchés sont rapidement réparés. Mais Elazar est déçu. Il tablait sur la destruction d’un plus grand nombre de blindés ennemis. « Nous les avons bloqués trop tôt », regrette-t-il. Quoi qu’il en soit, des deux côtés, cette bataille modifie l’équation sur le plan psychologique. Bar-Lev résume la situation au cours d’une conversation avec Golda Meir :

« Nous sommes redevenus nous-mêmes, et les Egyptiens sont redevenus eux-mêmes. »
Le dimanche soir, Elazar demande l’approbation du cabinet pour la traversée du canal de Suez par Tsahal. Golda Meir a confiance dans le jugement du chef d’état-major, et le cabinet, lui, place sa confiance dans le Premier ministre. Celle-ci a retrouvé son sang-froid et parvient à donner de la force à son gouvernement, au prix, peut-être, de sa consommation de cigarettes, qui est passée de deux à trois paquets par jour. C’est ainsi que peu après minuit, le cabinet donne son feu vert pour le franchissement du canal.

Jusqu’alors, le lamentable état des forces de Tsahal avait réduit l’action de l’armée à une seule chose : tenir l’ennemi à distance. La faille monumentale des dirigeants des renseignements militaires qui avaient échoué à sonner l’alarme, alors que certaines sources avertissaient tous les deux jours d’une guerre imminente, et que chaque soldat posté sur la ligne de front dans le Golan et dans le Sinaï assistait aux préparatifs du conflit, a été attribuée à une sorte de fierté de l’establishment militaire israélien, gargarisé par la victoire de la guerre des Six Jours. Mais c’est aussi cet orgueil qui a mené une brigade à se défendre durant des heures contre cinq divisions égyptiennes passées par le canal de Suez, créant un front de 160 kilomètres. Les forces aériennes israéliennes ont tenu un rôle majeur dans cette bataille, en dépit de leur vulnérabilité face aux missiles antiaériens soviétiques, qui rendaient les vols au-dessus des lignes de front presque suicidaires. Confiants dans le fait que les tanks finiraient par écraser l’infanterie, les planificateurs n’avaient pas envisagé que cette dernière puisse frapper les blindés à l’aide d’armes nouvelles. Cette attaque surprise avait remis le vent dans le dos des Arabes et fait trembler le sol sous les pieds de Tsahal. Mais au bout d’une semaine, c’était maintenant au tour d’Israël de prendre l’ennemi par surprise.

Une idée qui a fait son chemin

L’opération de traversée du canal, baptisée Les Hommes vaillants, est lancée depuis Fort Matsmed juste au nord du Grand Lac Amer, peu ou prou au milieu du canal. Matsmed se trouve à la jonction entre les deuxième et troisième armées égyptiennes. Ce qui signifie que la voie navigable peut être atteinte sans avoir à plonger au travers des têtes de ponts égyptiennes longues de huit kilomètres, avec leurs mines, leurs missiles antichars et leurs 100 000 soldats. Cependant, Matsmed est à seulement 800 mètres au sud de ce que l’on appelle la Ferme chinoise, le flanc de la seconde armée égyptienne. Tsahal n’a donc pas le choix, et doit fournir un effort d’envergure afin de repousser les Egyptiens au nord et protéger ainsi le point de passage.

La tâche dévolue à la division d’Ariel Sharon est d’établir deux têtes de pont – sur la rive du Sinaï et sur la rive opposée –, d’installer deux ponts au-dessus de la voie navigable et d’étendre le corridor jusqu’à Matsmed. L’attaque doit permettre d’effectuer une percée au centre du déploiement égyptien dans le Sinaï. Son objectif : sécuriser le point de passage et ses abords des tirs directs. Etant donné la fixation de Sharon sur le fait que sa division devait être la première à traverser le canal, Bar-Lev insiste en soulignant que la première responsabilité du général après avoir mis un pied sur la rive ouest serait d’élargir le corridor sur la rive du Sinaï. « Sécuriser la tête de pont est ta responsabilité, Arik. Avant même de te rendre au Hilton du Caire », ironise-t-il. « Tu ne seras libéré de ta mission qu’une fois à la tête du pont. » L’opération est complexe, précise le commandant du front, et requiert une part d’improvisation.

Traverser le canal de Suez était resté dans la tête des commandants de Tsahal depuis que l’armée était parvenue à atteindre la voie navigable au cours de la guerre des Six Jours. Les pays occidentaux avaient cherché à l’en dissuader, refusant de vendre à Israël du matériel de pontage. Le mieux que Tsahal ait pu acquérir avait été un système britannique constitué de cubes métalliques flottants destinés à un usage civil dans les ports, qui, reliés les uns aux autres, formaient des pontons. L’Europe avait également consenti à vendre à l’Etat juif des canots appelés Gilowas, dont le principal avantage résidait dans leur capacité amphibie, ce qui leur permettait de cheminer seuls au bord de l’eau sans avoir à être tractés. Leur désavantage – et la raison pour laquelle ils ont été délaissés par toutes les armées qui les ont utilisés – résidait dans leur vulnérabilité. Ils étaient en effet maintenus à flot par des courroies en caoutchouc gonflables qui pouvaient être facilement percées. Ils ont pourtant joué un rôle crucial dans la traversée, transportant des dizaines de tanks avant que les ponts ne soient mis en place. Tsahal disposait par ailleurs de son propre pont, le Roller Bridge, une construction longue de 200 mètres érigée sur des cylindres gonflables. Pré-assemblé, il a été immergé tel quel dans le canal de Suez, pour être franchi par des tanks jusqu’à la rive opposée.

Les hommes vaillants

Le jour n’est pas encore levé ce lundi 15 octobre lorsque le lieutenant-colonel Danny Matt, commandant de la brigade 247 des parachutistes, désignée pour s’emparer de la tête de pont ouest, rejoint Sharon pour un dernier briefing. Matt a combattu dans toutes les guerres menées par Israël et lors de nombreux accrochages survenus entre chaque conflit. Cependant, il n’a jamais autant ressenti le poids de l’histoire qu’à ce moment précis.
Le front est encore partiellement assoupi. De faibles clignotements percent l’obscurité, et de temps à autre, des fusées éclairantes décorent la nuit à la manière de lanternes chinoises. Au loin, des bruits sporadiques d’artillerie se font entendre. Matt met de côté la carte qu’il est en train d’étudier, et sort d’une poche placée sur sa poitrine un petit livre de Psaumes que l’aumônier en chef de l’armée lui a donné la veille. Tournant une page, il lit : « Heureux est l’homme qui ne marche pas suivant le conseil des méchants… Il est comme un arbre planté près des ruisseaux qui donne son fruit en la saison. » Comme toujours, ces mots l’apaisent.

Le sentiment que le tournant de la guerre est à portée de mains est partagé par tous les officiers rassemblés à Tasa. Rarement dans l’histoire, une nation s’est relevée aussi promptement d’une attaque aussi dure, et a tenté de reprendre l’initiative. Les mêmes revers de fortune qui, dans les grandes guerres, prennent place sur plusieurs mois ou plusieurs années – le temps pour les belligérants de se ressourcer – ont lieu en quelques jours le long du canal de Suez.
L’attaque, dit Sharon à ses commandants, aura lieu à la nuit tombée. Une brigade lancera une diversion vers l’avant de la tête de pont égyptienne. Et celle de Reshef s’infiltrera alors silencieusement à l’intérieur du déploiement ennemi sur huit kilomètres, puis surgira à travers l’ouverture arrière de la Ferme chinoise. Pendant que la bataille fera rage, les parachutistes de Matt, embarqués sur des canots, traverseront le canal sur 800 mètres au sud de l’enclave égyptienne. Puis ce sera au tour de la troisième brigade de tanks de Sharon de rejoindre les ponts jusqu’au canal en se frayant un chemin sur les routes encombrées. « J’ai regardé les visages des commandants et je me suis demandé si, après tout ce qui s’était passé, ils croyaient vraiment que tout cela était réalisable », a plus tard écrit Sharon. « J’ai vu qu’ils y croyaient. »

Bar-Lev appelle Sharon pour lui dire qu’il peut retarder l’attaque d’un jour s’il a besoin de plus de temps pour organiser les troupes. Mais ce dernier refuse. Il a ses propres doutes quant à leur capacité à amener les ponts au bon moment, mais il craint que si l’attaque est reportée, les Egyptiens ne découvrent ce qui se prépare et concentrent leurs forces sur la rive opposée ; ou même que le haut commandement israélien ne change d’avis concernant l’opération. A 15 heures, il informe le commandant de brigade Erez que les pontons et les cylindres gonflables sont coincés dans les embouteillages, tout comme les brigades de parachutistes. A 15 h 45, on fait savoir à Sharon que les canots Gilowas ont toutefois réussi à se frayer un passage. Cela signifie que seules quelques dizaines de tanks pourront être transportées de l’autre côté, au lieu des 300 que devaient transporter les ponts. Malgré tout, il rappelle Erez et il lui dit : « On attaque ce soir. »

La brigade de parachutistes de Matt arrive finalement au Sinaï dans des bus civils. Le capitaine Hanan Erez, un commandant de compagnie, reçoit l’ordre de prendre un bus rempli de conducteurs et de se procurer des semi-chenillés, tout cela en quelques heures. Sans ces engins pour arriver au canal, il n’y aurait pas de traversée. « Ne reviens pas sans eux », le prévient-on. Erez a aperçu des semi-chenillés neufs à la base de Refidim deux jours plus tôt. Ils s’y trouvent toujours. Les chauffeurs montent dans les véhicules quand soudain, ils sont arrêtés par un lieutenant-colonel aux cheveux blancs. Les semi-chenillés sont réquisitionnés d’urgence pour les parachutistes de Matt, explique alors Erez. « Pas de problème », répond l’officier en logistique. « Montrez-moi simplement votre ordre de mission. » « Nous faisons partie des forces stationnées au canal de Suez, je n’ai pas d’ordre écrit », s’excuse Erez. « Pas d’ordre, pas de véhicules », indique l’officier. Erez tente de le convaincre mais sans succès. A court d’arguments, il sort son Ouzi. « Assez de bêtises », lance le parachutiste. « Si vous essayez de m’arrêter, je tire. » Le lieutenant-colonel se met alors sur le côté. « Sautez dans les véhicules et suivez-moi », dit Erez aux chauffeurs. L’excitation se fait sentir alors que les troupes rejoignent le front pour une bataille décisive. Un aumônier distribue des livres de Psaumes sur le bord de la route.
Même les plus agnostiques en prennent. Reshef a passé la journée à observer des cartes et des photos aériennes, préparant la chorégraphie de la bataille. Il n’a pas l’intention de faire feu avant que ses forces n’aient pénétré au cœur des troupes égyptiennes et n’« explosent comme une grenade. » Il pense alors que si elle s’infiltre trop profondément dans la Ferme chinoise, sa brigade pourrait être mise à mal, face à des forces cinq fois plus importantes. En fin d’après-midi, la brigade s’est rassemblée tout près du point où elle doit traverser les dunes une fois l’obscurité tombée. Le commandant de bataillon Amnon Mitzna expose la mission de l’unité à ses officiers. Après neuf jours de combats, tous avaient compris qu’une attaque au cœur de l’armée égyptienne était une aventure dont beaucoup ne reviendraient pas. Un radiotéléphone est alors mis à disposition, et Mitzna demande à chaque soldat d’appeler sa famille.

Le même cran que leurs aînés

Faisant le tour de ses unités, Amnon Reshef visite en premier le bataillon de reconnaissance commandé par le lieutenant-colonel Yoav Brom, qui doit mener ses hommes dans la traversée des dunes. Ce sont eux qui ont découvert, quelques jours plus tôt, le point de jonction entre les deux armées égyptiennes. Reshef prend Brom, un ancien directeur d’école dans un kibboutz, à part, et lui dit : « Ce qui compte c’est l’obstination. L’obstination, tu comprends ? », le lieutenant-colonel répond par l’affirmative.

Le général Avraham « Bren » Adan rend visite à ses trois brigades à la nuit tombante. Dans chaque campement, 2 000 hommes se lèvent au cri de « Attention ! » puis s’asseyent sur le sol, alors que le commandant de division monte sur un tank. Illuminé par les phares du véhicule blindé, Adan leur dit qu’il s’est souvent demandé comment la jeune génération, qui n’a connu que des conflits brefs, réagirait face à des échecs tels que lui et les hommes de son âge en ont essuyé pendant la guerre d’Indépendance. « Au cours des neuf derniers jours », dit-il, « cette jeune génération a fait la démonstration de son cran à travers une série d’opérations autrement plus ardues qu’en 1948. »

A 5 heures du soir, l’opération débute avec un barrage d’artillerie le long de la ligne égyptienne. La diversion menée par les tanks a lieu dans les dernières minutes du jour. A 6 h 05, Reshef ordonne à Brom de se mettre en route. A intervalles fixes, se trouvent le tank de Reshef et les deux semi-chenillés qui lui servent de poste de commandement avancé ; suivent trois bataillons de chars l’un derrière l’autre, puis des troupes de reconnaissance et enfin, les parachutistes dans les semi-chenillés. A la lumière de la lune, les véhicules blindés formant une ligne se déplacent sur les dunes en direction du canal, vers l’ouest, ressemblant au loin à un collier sombre ondulant sur le sable blanc. Sharon est émerveillé par la beauté de la scène. Afin de faciliter l’orientation, Reshef demande que des obus au phosphore soient tirés au-dessus de Fort Lakekan, l’endroit où ils doivent déboucher sur la route Lexicon, à un 1,6 km du canal.
Le général Aharon Yariv, un ancien chef des renseignements, tentant lui aussi d’exprimer la grandeur du moment déclare : Je ne me souviens pas, dans toutes les guerres que nous avons menées, d’une nuit aussi fatidique. » Fixant la grande carte au mur, David Elazar a, lui, cette réflexion : « Si jamais l’histoire de ce que nous avons realisé s’écrit un jour, elle sera considérée comme le summum de la houtspa.

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