La recomposition du Moyen-Orient après la chute de Daesh

En l’absence d’une stratégie claire de l’Occident, l’avenir de la région semble dépendre essentiellement des acteurs locaux

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December 17, 2017 13:42
La recomposition du Moyen-Orient après la chute de Daesh

Des soldats, après une intervention. (photo credit: REUTERS)

 
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La guerre contre le « califat » de l’Etat islamique touche à sa fin. Des centaines de milliers de personnes – combattants et civils confondus – sont morts dans cette lutte contre l’EI en Irak, en Syrie, au Yémen et dans d’autres parties du Moyen-Orient. Sans compter les milliers de femmes yazidies kidnappées par les djihadistes en 2014 et qui n’ont toujours pas été retrouvées.

L’instabilité régionale qui a commencé par le Printemps arabe en 2011 semble toutefois arriver à son terme. En Syrie, les forces du régime de Bachar el-Assad ont pris le dessus sur Daesh avec l’aide de la Russie, du Hezbollah et des milices iraniennes. Depuis, Téhéran et ses alliés se sentent le vent en poupe. Lors du sommet tripartite du 23 novembre réunissant les présidents russe, iranien et turc, le ministre iranien des Affaires étrangères Mohamed Javad Zarif a tweeté : « Sommet historique avec nos homologues de Russie et de Turquie pour aider le peuple syrien à connaître enfin une paix juste et durable. Nous avançons dans la bonne direction. » Il a ajouté que son pays œuvrait « pour la paix et contre le terrorisme ». Mais l’image que se donne l’Iran est démentie par son action dans la région. Téhéran a certes tenu un rôle qu’on peut qualifier de positif dans la guerre contre l’Etat islamique, mais il n’est en aucune mesure l’acteur pacifique qu’il prétend être.

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En Irak, les milices soutenues par la République islamique ont commis des atrocités contre la population arabe sunnite et sont responsables de l’exil de quelque 160 000 Kurdes des environs de la ville de Kirkuk, après que Bagdad se soit emparé des champs pétrolifères des mains du gouvernement régional du Kurdistan. En Syrie, selon un rapport publié en octobre 2017 par l’ONG Human Rights Watch, l’Iran a envoyé sur le champ de bataille des enfants-soldats recrutés auprès de familles chiites pauvres d’Afghanistan afin de combattre pour le compte d’Assad. Ces derniers ont servi de chair à canon dans une guerre dont ils ne connaissaient pratiquement rien, et sont devenus les glorieux shahids (martyrs) d’une cause qui ne les concernait pas.

Le Hezbollah a envoyé des centaines de ses hommes mourir en Syrie, et a utilisé ce front pour prétendre qu’il protégeait le Liban de l’extrémisme ou de ce que Nasrallah appelle les « terroristes takfiris » (un takfiri est un musulman, généralement sunnite, qui accuse un coreligionnaire d’apostasie). Le chef du Hezbollah a raison lorsqu’il dit que le Liban est menacé par les djihadistes sunnites, tels que ceux de l’Etat islamique, mais le rôle des milices chiites sectaires comme le Hezbollah et d’autres ont confirmé que ce qui se jouait en Syrie n’était ni plus ni moins qu’une guerre de religion. Les vaincus sont presque tous sunnites, que ce soient les milices rebelles qui ont essayé de renverser le régime d’Assad, les djihadistes de Daesh ou les élites fortunées, représentées par le Premier ministre libanais Saad Hariri.

Ballottée par l’histoire

Le Moyen-Orient a connu plusieurs grandes alliances depuis la chute de l’Empire ottoman il y a un siècle. En 1918 s’est constitué un système colonial qui a partagé la région en zones d’influence française et britannique. La dynastie Kadjar a régné sur la Perse (aujourd’hui l’Iran) jusqu’en 1925, la Turquie d’Atatürk a émergé au début des années 1920 et le royaume d’Arabie saoudite a été proclamé en 1932.

Dans les années 1950, au cours de la guerre froide, les Etats nouvellement créés dans la région ont contracté différentes alliances. La Syrie et l’Egypte se sont alliées au bloc soviétique ; face à elles, le pacte de Bagdad de 1955 a rassemblé la Turquie, l’Irak, l’Iran et le Pakistan afin d’endiguer l’expansionnisme communiste.
Ce qui a unifié la plupart des pays arabes était leur opposition à Israël, notamment lors des trois guerres qu’ils ont menées contre l’Etat juif. Les organisations terroristes palestiniennes soutenues par plusieurs régimes comme l’Egypte de Nasser et la Syrie de Hafez el-Assad ont généré instabilité et conflits internes en Jordanie et au Liban dans les années 1970. Les choses ont changé après la révolution islamique iranienne en 1979, la longue guerre entre l’Iran et l’Irak et la montée du terrorisme islamique dans la région. La guerre du Golfe de 1991, l’invasion de l’Irak par les Etats-Unis en 2003, et le Printemps arabe ont fini de diviser les pays de la région.



Nous assistons aujourd’hui à une recherche de stabilité après des décennies de chaos. Le sommet de Riyad en mai 2017 lors duquel le président américain Trump, le souverain saoudien Salmane, le président égyptien al-Sissi et d’autres dirigeants arabes se sont engagés à combattre le terrorisme, est symbolique de cette recherche d’équilibre. Si la réussite de cette entreprise est évidemment conditionnée à la neutralisation des terroristes, elle implique aussi d’importantes initiatives éducatives et religieuses en Egypte et en Arabie saoudite afin d’influencer le contenu des prêches dans les mosquées.

Dans le même temps, les Iraniens se cherchent également des alliés. Depuis la crise de juillet dernier, au cours de laquelle l’Arabie saoudite, le Bahreïn, les Emirats arabes unis et l’Egypte ont rompu toute relation avec le Qatar, la République islamique a réussi à attirer plusieurs pays sunnites dans son giron. Alors que Doha était accusé de financer et de soutenir le terrorisme, entre autres le Hamas et le Hezbollah, la Turquie, alliée du Qatar, a envoyé des troupes pour défendre le royaume. Parallèlement, Ankara et Téhéran se sont rapprochés à travers leur opposition commune concernant le référendum sur l’indépendance du Kurdistan qui s’est tenu en septembre dernier.
Le sommet tripartite Russie-Turquie-Iran qui a eu lieu le 22 novembre à Sotchi symbolise la formation d’un nouveau bloc unissant ces trois pays et leurs alliés.

Politique multicéphale


Les Etats-Unis se trouvent coincés au milieu de cette recomposition géopolitique. Barack Obama souhaitait remettre en question des décennies de statu quo régional en tendant la main à l’Iran. Ce faisant, il s’est aliéné les Saoudiens et les Egyptiens. Il aussi durci son attitude envers Israël, dans l’espoir que Jérusalem accomplirait des pas en direction de la paix.
L’ancien président a quitté la Maison-Blanche sans avoir réussi à mettre en œuvre sa stratégie – hormis la signature de l’accord sur le nucléaire, ce qui n’empêche pas que l’on continue à brûler des drapeaux américains dans les rues de Téhéran. Son successeur, Donald Trump, a voulu inverser cette politique en renouant avec l’Arabie saoudite et la Jordanie, et en utilisant un langage de fermeté envers l’Iran. Mais l’équipe du président américain dans la région est encore partagée entre des fonctionnaires datant de l’ère Obama et ceux nommés par Trump.

La politique actuelle des Etats-Unis est multicéphale. Le secrétaire d’Etat Rex Tillerson souhaite trouver un compromis sur la question du Qatar, tandis que James Mattis, secrétaire d’Etat à la Défense, pose les bases d’une présence de longue durée en Irak et en Syrie. Un représentant américain au sein de la coalition arabo-occidentale a confié en novembre que les forces américaines avaient commencé à entraîner la police irakienne dans la lutte antiterroriste. Elles ont déjà formé 124 000 soldats irakiens, dont 22 000 Peshmergas.

Sur la scène syrienne, Washington soutient les Forces démocratiques syriennes qui ont vaincu l’Etat islamique à Raqqa. Ce qui met les Etats-Unis en porte-à-faux avec la Turquie, qui ne voit dans les FDS qu’un avatar des Unités de protection du peuple, considérées comme une émanation du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK).
La principale stratégie de l’émissaire de Washington à Bagdad, Brett McGurk, est d’amener le Premier ministre irakien Haider al-Abadi à se rapprocher des Saoudiens. Cependant, lors de la réunion de la Ligue arabe qui s’est tenue à la mi-novembre au Caire, les Irakiens ont refusé de condamner le Hezbollah et l’Iran. Il ne faut pas oublier que des milices chiites soutenues par l’Iran ont été intégrées dans les forces de sécurité irakienne, et que Bagdad est fortement influencé par la République islamique : les principaux commandants des milices anti-Daesh irakiennes Abou Mahdi al-Muhandis (considéré comme un terroriste par les Etats-Unis) et Hadi al-Amiri ont été entraînés en Iran dans les années 1980 pour combattre Saddam Hussein.

Tout cela laisse Israël dans une situation difficile. Malgré de lourdes pertes humaines en Syrie, l’influence du Hezbollah s’est accrue ces dernières années. L’Iran est plus près du Golan qu’il ne l’a jamais été et a construit une base militaire au sud de Damas, à 50 kilomètres des positions de l’armée israélienne. Son « corridor terrestre » qui traverse l’Irak constitue une menace directe. Les Saoudiens ont essayé de contrecarrer le Hezbollah avec leurs manœuvres autour du Premier ministre libanais Saad Hariri, mais ils ne sont pas parvenus à un résultat concret.

Les pays occidentaux ont refusé de soutenir le Kurdistan dans son différend avec Bagdad. L’absence de politique claire et d’engagement de l’Occident dans la région signifie que le prochain round dépendra de ce que décideront l’Arabie saoudite, la Turquie, l’Iran et la Russie. Par bien des aspects, cette période « post-Etat islamique » rappelle l’année 1945 en Europe. L’avenir de la région se jouera dans les quelques mois qui viennent.

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