Vent de révolte en Iran

Des milliers de manifestants se sont emparés des rues du pays pour protester contre la vie chère et le pouvoir

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January 8, 2018 11:00
Iranian protesters in the streets of Tehran

Iranian protesters in the streets of Tehran. (photo credit: REUTERS)

 
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Les émeutes populaires qui ont débuté le 28 décembre se poursuivent à travers l’Iran. Celles-ci ont déjà fait une dizaine de morts parmi les manifestants, et un policier a également été tué. Malgré les appels au calme du président Rohani, les protestations ne cessent de prendre de l’ampleur.

Le Dr Raz Zimmt, spécialiste de l’Iran à l’INSS (Institut d’Etudes de Sécurité Nationale) met l’accent sur les différences entre les manifestations actuelles et celles de 2009, qui avaient suivi la réélection controversée de Mahmoud Ahmadinejad à la tête de la République islamique. A l’époque, les émeutes étaient centrées autour de Téhéran alors qu’aujourd’hui, elles se caractérisent par leur dispersion tant géographique qu’ethnique.

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L’éventail socio-économique est également plus large parmi les protestataires, puisque les couches les moins aisées manifestent aux côtés des étudiants et de représentants de la classe moyenne. Lorsque les manifestations ont commencé, les mots d’ordre portaient sur la vie chère, alors que des produits de première nécessité, comme les œufs, venaient de subir une forte hausse. Le Dr Zimmt signale que bien que l’économie iranienne se porte mieux suite à la levée des sanctions internationales sur le pays, et que le PIB affiche une hausse, on perçoit au sein de la population, une «crise des attentes», les améliorations restant confinées au niveau macroéconomique, sans répercussion sur le niveau de vie ni sur le marché du travail.

Le taux de chômage, de l’ordre de 12 % selon les statistiques officielles, serait en réalité beaucoup plus élevé, particulièrement chez les jeunes avec un taux estimé à 30 %. «Après l’accord sur le nucléaire, les gens pensaient que leur condition économique allait s’améliorer significativement», explique le spécialiste. «Mais ce n’est pas ce qui est arrivé, en grande partie parce que la plupart des compagnies occidentales hésitent à entrer sur le marché iranien, soit par crainte de réactions américaines, soit en raison de l’économie locale qui souffre de carences structurelles, telles que la corruption, un secteur privé peu développé, et la présence pesante des Gardiens de la Révolution.» Autant de motifs qui rendent l’économie iranienne peu attractive.
Le récent budget présenté par le président Hassan Rohani a probablement été un déclencheur des manifestations. Il inclut entre autres une hausse des prix des produits de base, de l’essence, et une importante hausse de la taxe sur les voyages à l’étranger.

Pas de réforme économique sans renversement du régime

Meir Javendanfar est un auteur israélien d’origine iranienne, conférencier à l’IDC d’Herzliya et chercheur au Centre Meir Ezri de l’Université de Haïfa. Malgré la dispersion géographique des manifestations, il est difficile selon lui d’évaluer le degré d’opposition au régime dans l’ensemble de la population. Il fait cependant remarquer que les revendications purement économiques ont cédé la place à des messages politiques : « Ces gens ont perdu tout espoir de parvenir à des réformes économiques sans un changement de régime dans le pays. La majorité du peuple aspire à un gouvernement démocratique qui lui apporte la sécurité, y compris économique. Pour d’autres, peu importe que le régime du pays soit une dictature ou une démocratie, pourvu que leur situation matérielle s’améliore. »

De nombreux manifestants réclament ainsi que les ressources financières dont dispose le pays suite à l’accord de 2015 avec les grandes puissances, soient utilisées pour améliorer le bien-être de la population, plutôt que de servir à soutenir des tyrans ou des milices étrangères en Syrie, au Liban, au Yémen, dans la bande de Gaza ou ailleurs.
Une autre différence majeure avec les mouvements de 2009 est qu’il est difficile d’identifier des leaders dans ces protestations, décrites par Raz Zimmt comme « spontanées et populaires ». Une situation, dit-il, qui présente des avantages mais aussi des inconvénients. D’un côté, cela témoigne de la diversité ethnique et sociale des manifestations, et il est donc plus difficile de les réprimer. Une difficulté accrue par la dispersion géographique des émeutes, ce qui n’était pas le cas en 2009.



Cependant, e chercheur estime que cette absence de dirigeants pourrait aussi, à terme, créer des problèmes. Il compare ce type de situation aux manifestations de la place Tahrir en Egypte en 2011 : si celles-ci ont abouti à la destitution du président Hosni Moubarak, elles ont finalement amené au pouvoir les Frères musulmans, parce que ces derniers étaient les mieux organisés pour tirer profit de la vacance au sommet de l’Etat.

Un pouvoir prêt à tout

A l’heure actuelle, Le Dr Zimmt ne perçoit pas de danger immédiat pour le régime des Ayatollahs. Il ajoute que le cas échéant, s’il s’y sentait contraint, le régime n’hésiterait pas à réprimer avec violence les émeutes afin d’assurer sa survie : « Nous avons vu en 2009 que le pouvoir s’était montré déterminé à utiliser toute la force à sa disposition pour écraser les mouvements populaires, qui a l’époque avaient mobilisé des centaines de milliers de manifestants. »
Le président Rohani a accusé le 1er janvier les Etats-Unis et Israël d’être derrière les troubles dans son pays : « Nos succès sur la scène internationale contre les Etats-Unis et le régime sioniste sont insupportables aux yeux des ennemis de l’Iran. N’était-il pas prévisible qu’ils cherchent à prendre leur revanche ? N’était-il pas prévisible qu’ils incitent quelques personnes à la violence ? » Ces accusations ont été reprises par d’autres dignitaires du régime dont le guide suprême de la révolution islamique, l’Ayatollah Ali Khamenei. Ali Shamkhani, le secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale, a pour sa part ajouté l’Arabie saoudite et le Royaume-Uni à la liste des fomenteurs qui cherchent à déstabiliser la République islamique.

Alors qu’il s’était abstenu de s’exprimer sur la situation en Iran depuis le début des manifestations, le Premier ministre israélien a répondu le jour même aux accusations de Rohani par une vidéo partagée sur les réseaux sociaux. Dans un clip de 90 secondes publié sur sa page Facebook en langue farsi, Benjamin Netanyahou a qualifié de « fausses, risibles et ridicules » ainsi que « d’insulte à l’intelligence du peuple iranien », les allégations sur la prétendue implication des Etats-Unis et d’Israël. Il a aussi critiqué « le silence assourdissant » des Européens sur la situation actuelle en Iran. C’est la quatrième vidéo en quelques mois dans laquelle Netanyahou s’adresse directement au peuple iranien pour lui manifester son empathie et son amitié, comme il l’avait fait également à la tribune de l’Assemblée générale des Nations Unies en septembre dernier.

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