East side story

Les grandes puissances asiatiques ont longtemps négligé Israël par crainte de représailles arabes. Cette période est désormais révolue, et les partenariats se multiplient

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February 4, 2018 17:51
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Le premier Ministre en visite en Chine . (photo credit: REUTERS)

 
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David Ben Gourion était un visionnaire. On le savait déjà en ce qui concerne l’avenir de l’Etat juif, mais on connaît moins ses prémonitions sur les évolutions mondiales. En 1959, lors d’une séance plénière à la Knesset, il avait surpris l’assistance en déclarant que l’hégémonie mondiale de l’Union soviétique et des Etats-Unis ne serait que temporaire car la Chine et l’Inde prendraient bientôt le relais. Et il avait raison. Soixante ans plus tard, ces géants asiatiques sont devenus incontournables pour le monde et pour Israël.

Ces deux pays se sont effectivement transformés en puissances économiques mondiales, et l’Etat juif a compris assez tôt qu’il était dans son intérêt de lier des relations privilégiées avec cette partie du monde. La tâche n’était pourtant pas aisée au départ, d’autant que la Chine, régime communiste ennemi juré des Etats-Unis, et l’Inde, leader des pays non alignés, avaient peu d’empathie pour le jeune pays juif soutenu par les Américains.

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Surmonter les obstacles initiaux

Mais c’était sans compter sur la force de persuasion de Ben Gourion. Fidèle à son esprit visionnaire, le fondateur de l’Etat a eu l’audace de reconnaître la Chine communiste en 1950 malgré les appréhensions de Washington, et a convaincu Pékin d’annoncer en 1954 la mise en place de relations diplomatiques imminentes avec l’Etat hébreu. Il faudra toutefois attendre près de 40 ans pour qu’ait lieu un échange d’ambassadeurs. Car Mao Tsé-Toung avait finalement refusé d’établir des liens formels avec l’Etat hébreu. D’une part, il était soucieux de préserver de bonnes relations avec les nations arabes et le mouvement des pays non alignés, fondé par le président égyptien Gamal Abdel Nasser ; d’autre part, son idéologie l’empêchait d’établir des liens avec un pays considéré comme faisant partie d’un monde capitaliste qu’il vouait aux gémonies.

Même réaction de la part de l’Inde dont le Premier ministre, Jawaharlal Nehru, s’était déclaré résolument antisioniste. Après avoir refusé de reconnaître Israël, New Delhi est toutefois revenu quelque peu en arrière en 1950. Mais il a fallu attendre encore trois ans avant que le gouvernement indien n’accepte l’ouverture d’un consulat israélien sur son sol. L’échange des ambassadeurs est intervenu quelque quarante ans plus tard.

Avec le Japon les relations ont été, dès le départ, plus faciles, avec un échange de diplomates au niveau d’ambassadeurs en 1952, moins d’un mois après la fin de l’occupation de l’île par les Américains. A l’inverse de la Chine et de l’Inde, le pays du Soleil levant était un satellite américain et n’avait donc pas l’objectif de faire partie des non-alignés ou de se poser en leader d’un mouvement mondial. Tokyo était avant tout préoccupé par sa reconstruction et le développement de sa coopération économique avec Washington. Ceci dit, le Japon a fait preuve d’une grande prudence dans ses relations avec Israël, soucieux de ne pas s’aliéner le monde arabe, dont il avait grand besoin pour lui fournir pétrole et gaz et assurer le développement de son économie. Les principaux constructeurs automobiles nippons Mitsubishi, Toyota, Mazda et Honda, avaient par ailleurs cédé aux pressions de la Ligue arabe appelant au boycott d’Israël.

De manière générale, les relations entre Israël et l’Asie ont été longtemps timorées, du fait de l’opposition du monde arabe après la création de l’Etat juif. Ostracisé, Israël a commencé par nouer des liens avec des nations considérées à l’époque plus subalternes sur le plan économique comme la Thaïlande, la Birmanie et les Philippines, attendant patiemment son heure avec les grands de la région.

Exception iranienne

Ironiquement, le seul partenaire stratégique d’Israël en Asie dans les années 1950 fut l’Iran, qui a non seulement reconnu l’Etat d’Israël, mais le considérait alors comme son meilleur ami non musulman. A l’époque du Shah Mohammad Reza Pahlavi, Jérusalem a ainsi beaucoup coopéré avec Téhéran en lui vendant des armes et en participant à d’importants projets, dont la construction de grands complexes agricoles et immobiliers dans le pays. Israël a aussi aidé l’Iran à exporter son pétrole vers l’Europe, en lui permettant d’emprunter l’oléoduc entre Eilat sur la mer Rouge et la ville d’Ashkelon, ouverture sur la mer Méditerranée.

La révolution islamique iranienne en 1979 a toutefois sonné le glas de ce partenariat. Dans le même temps, la Chine a commencé à s’ouvrir au monde, abandonnant progressivement son fanatisme anticapitaliste et révisant l’avenir de ses relations internationales. Vis-à-vis d’Israël, Pékin a été inspirée par l’exemple de Singapour. Cette ville-Etat a en effet entretenu dès son indépendance en 1965 des liens étroits avec Israël. Entouré de pays hostiles et opposé au communisme, Singapour s’est tourné vers Jérusalem pour bâtir son armée et s’équiper en matériel militaire. Des généraux de Tsahal sont arrivés sur l’île peu de temps après l’indépendance de la ville-Etat, et ont secrètement mis en place une armée puissante qui est encore aujourd’hui considérée comme la mieux équipée et entraînée de la région. Cette opportunité a permis à Israël de mettre enfin le pied en Extrême-Orient, et de nouer des relations stables avec un Etat devenu un des plus riches du monde, et qui a fait preuve, depuis, d’une stabilité politique exemplaire.

L’évolution de Singapour a été suivie attentivement par les Chinois, alors que le parti communiste et les héritiers de Mao commençaient à s’orienter vers davantage de souplesse avec l’arrivée de Deng Xiaoping, et qu’ils s’inquiétaient de l’invasion soviétique en Afghanistan en 1979. Les Chinois ont ainsi été amenés à revoir leurs capacités militaires et à réfléchir à la modernisation de leur armée, au cas où Moscou les menacerait. Deng, qui avait observé avec intérêt le développement militaire de Singapour, s’est inspiré de cet exemple et a commencé à acheter secrètement des armes à Israël.

Le consulat israélien installé à Hong Kong, territoire géré à l’époque par les Britanniques, servait d’intermédiaire entre Israël et la Chine. Puis, au fur et à mesure que l’idéologie communiste s’émoussait, les relations sont devenues plus directes. L’effondrement de l’Union soviétique, du bloc de l’Est et de la suprématie incontestable des Etats-Unis, ont également pavé la voie à une normalisation des relations entre Jérusalem et Pékin. En 1992, un pas décisif a été franchi avec l’échange d’ambassadeurs. A partir de là, les tensions et freins qui avaient bloqué d’autres Etats dans la région ont disparu. La semaine suivante, l’Inde a emboîté le pas, annonçant l’ouverture très prochaine d’une ambassade à Tel-Aviv. L’année d’après ce fut au tour du Vietnam d’établir des relations diplomatiques avec Jérusalem ; Israël a également rouvert son ambassade à Séoul, qui avait été fermée en 1978 suite à des restrictions budgétaires.

Echanges militaires et commerciaux


Les liens avec l’Asie que Ben Gourion avait appelés de ses vœux se concrétisaient. Après des échanges essentiellement militaires, il était temps maintenant pour Israël de passer à la vitesse supérieure et de développer des liens commerciaux étendus à d’autres domaines. Le véritable essor des échanges entre Israël et l’Asie date du début des années 1990 à l’initiative de Tokyo. Le Japon a peu à peu estimé que l’inquiétude de représailles de la part de la Ligue arabe n’avait plus lieu d’être. La première guerre du Golfe, déclenchée en 1990 quand l’Irak a envahi le Koweït, a montré aux Asiatiques qu’Israël n’était pas l’unique motif de tension dans la région, ni le seul ennemi des Arabes. D’autant plus que des pourparlers de paix étaient alors menés entre Israéliens et Palestiniens, comme ce fut le cas à Madrid en 1991.

Le Japon a alors modifié sa stratégie. Des délégations de grands groupes commerciaux nippons ont commencé à se rendre en nombre à Tel-Aviv. Ils signalaient ainsi au monde entier qu’ils considéraient Israël comme un partenaire sûr et potentiellement créateur de richesse pour leurs clients. Des investisseurs asiatiques ont ainsi débarqué en Israël, ciblant le secteur de la haute technologie. Mais c’est dans les importations de voitures japonaises que les relations entre les deux pays ont été les plus visibles. Aujourd’hui, les véhicules nippons sont de plus en plus nombreux sur les routes israéliennes et leurs ventes ne cessent de progresser.

Après le Japon, ce fut au tour des dragons asiatiques, les économies émergentes, de prendre le relais. Avec l’abaissement des taxes douanières, les biens asiatiques (vêtements, jouets, gadgets électroniques…) ont envahi le marché israélien, d’autant que parallèlement, les centres commerciaux ont commencé à fleurir, faisant du pays un temple de la consommation après des années de relative austérité. De son côté, Israël a continué à exporter des biens de consommation, des pièces électroniques, des logiciels et du matériel militaire, dont des radars et des avions, vers ces pays du sud-est asiatique.

Des efforts qui payent


En 2015, Israël a constaté à sa grande surprise que ses exportations vers l’Asie, qui un quart de siècle plus tôt étaient quasi inexistantes, ont éclipsé celles à destination des Etats-Unis et représentaient un quart de ses ventes à l’étranger, soit l’équivalent des ventes vers l’Europe. En 2016, la tendance commerciale vers l’Asie s’est légèrement réduite suite à une demande plus élevée venant d’Europe et d’Outre-Atlantique, revigorée par la reprise des économies occidentales. Mais la tendance est claire. Les exportations israéliennes se déplacent vers l’Est. Ceci est déjà évident avec les ventes dans l’industrie militaire qui représentent 5,7 milliards de dollars en 2016 dont 40,1 % en Asie, soit bien devant l’Europe (27,5 %) et l’Amérique du nord (19,3 %).

Si l’on tient compte de la progression démographique et du développement économique de cette région, il y a tout lieu de penser que d’ici deux générations, la majorité des exportations israéliennes seront écoulées vers les destinations asiatiques. Au niveau des importations, la Chine représente 13,5 % des importations totales d’Israël pour totaliser 7,9 milliards de dollars en 2016, devant les Etats-Unis (12,3 % à 7,2 milliards de dollars).
Il faut se souvenir qu’il y a à peine 10 ans, la Chine ne représentait que 0,6 % des importations israéliennes. Le bond est donc énorme et s’accompagne également d’investissements financiers massifs. Les Chinois se sont lancés à l’assaut du marché israélien. Bright Food, groupe basé à Shanghai a acheté en  2015 pour 1,4 milliard de dollars une participation majoritaire dans le consortium laitier israélien Tnuva. Et tout récemment, Fosun, un autre conglomérat de l’empire du Milieu, s’est offert pour 27 millions de dollars une participation dans le groupe de cosmétiques Ahava, spécialisé dans les produits provenant de la mer Morte.

Avec l’Inde, les relations commerciales sont moins développées avec 1,15 milliard de dollars d’exportations, et 800 millions de dollars d’importation en 2016. Si le niveau des échanges est moins spectaculaire, il s’agit toutefois d’une évolution radicale : il faut se souvenir, en effet, que ces deux pays n’avaient aucun échange diplomatique avant 1992. Et voilà qu’Israël est devenu le deuxième fournisseur de matériel militaire à l’Inde après la Russie avec des ventes de missiles, radars, batteries d’artillerie, avions espions…

Atteindre ces niveaux d’échanges en un quart de siècle avec l’Extrême-Orient a nécessité beaucoup d’efforts commerciaux et de visites bilatérales. La visite d’Etat de cinq jours du président chinois Jiang Zemin en Israël en 2000 a été suivie par cinq séjours en Chine de présidents et Premiers ministres israéliens, dont le dernier, en mars 2017 a été effectué par Benjamin Netanyahou. Shimon Peres, l’ancien président de l’Etat juif , s’y était rendu en 2014.
Ces échanges commerciaux s’accompagnent de redéploiements de postes diplomatiques vers l’est de la planète. Le ministère israélien des Affaires étrangères a récemment décidé de fermer ses consulats à Minsk, Marseille, Philadelphie et San Salvador pour en ouvrir de nouveaux à Shanghai, Guangzhou et Bangalore. Israël a aussi choisi de contribuer à l’Asia Infrastructure Investment Bank, une version chinoise de la Banque mondiale, malgré les réticences manifestées par les Américains.

Mais des couacs peuvent survenir, surtout quand des intérêts financiers, diplomatiques et militaires se télescopent. En 1999 a eu lieu une crise majeure quand l’administration Clinton a fait capoter un contrat de vente entre Israël et la Chine portant sur des avions d’alerte espion, des Phalcon conçus par les Américains, mais redessinés par les Israéliens. Les Etats-Unis se sont opposés à cette transaction. L’annulation du contrat a coûté 350 millions de dollars de pénalités à Israël qu’il a dû verser à Pékin, et s’est traduite par une perte de confiance entre les deux pays, bien que leurs chefs d’état-major respectifs se soient mutuellement rendu visite en 2011 et 2012.

Israël a ainsi été rappelé à l’ordre par son allié américain. Malgré l’intérêt des échanges avec les pays du sud-est asiatique, et notamment avec la Chine, Jérusalem ne doit pas oublier les liens indéfectibles qui lient son pays à Washington, son allié historique. Conscient de cette limitation et ne voulant pas pour autant se priver de l’énorme potentiel chinois, Israël a cherché à nouer d’autres types de partenariat avec Pékin.

Grands projets


Les deux pays ont conçu un cadre d’échanges qui ne consiste pas uniquement à se vendre mutuellement des biens électroniques, des vêtements ou du matériel militaire, mais qui s’étend à des investissements dans le cadre de grands projets d’infrastructure et de coopérations universitaires. Ainsi, Israël vend son savoir-faire éducatif et universitaire à la Chine, qui en retour, participe à des projets d’infrastructure.

Les grandes entreprises de travaux publics chinoises ont monté des partenariats avec des entreprises israéliennes et participent à la construction du réseau de tunnels sous la ville de Haïfa, au chemin de fer entre Saint-Jean d’Acre et Karmiel, ainsi qu’au au réaménagement du port d’Ashdod et au métro de Tel-Aviv. Tous ces projets d’envergure impliquent d’énormes financements. La construction d’une ligne de chemin de fer entre Tel-Aviv et Eilat, le projet le plus ambitieux mis en œuvre depuis la création de l’Etat juif, sera mené par des Chinois en association avec des entreprises locales. Une illustration du haut degré de coopération entre les deux pays.

Parallèlement, Israël aide la Chine à franchir une étape dans son processus d’évolution économique, en l’aidant à développer sa force de travail en un modèle plus industriel qui ne se limite pas à l’imitation, et en permettant une transition entre une production de masse et une ère post-industrielle.

Des coopérations se sont nouées au niveau éducatif et dans la recherche. L’université chinoise de Tsinghua a signé un contrat en 2014 avec la faculté de Tel-Aviv pour créer un centre de recherche sur l’énergie solaire, hydrologique et sur d’autres technologies liées à l’environnement. L’institut de technologie le Technion à Haïfa va construire un institut du même acabit à Guangdong pour 130 millions de dollars. En avril 2016, Jilin University a conclu un accord similaire avec l’université Ben-Gourion de Beersheva pour créer un centre de recherche dans l’entreprenariat et l’innovation. Et la liste ne s’arrête pas là. East China Normal University a annoncé son projet d’ouvrir en partenariat avec le Technion un projet financé par les Chinois pour se spécialiser dans la neurobiologie, la biomédecine et d’autres domaines.

Israël et la Chine bâtissent ainsi un type de relations qu’aucun des deux pays n’avait pour l’instant expérimenté, et qui illustre les capacités innovatrices d’Israël. Et l’on peut aisément imaginer qu’il ne s’agira bientôt plus que d’une question de temps pour que ce partenariat, basé sur l’éducation, ait une incidence positive sur le conflit du Moyen-Orient. La Chine, l’Inde et le Japon pourraient faire des miracles dans ce domaine, en imposant aux ennemis d’Israël de signer un traité de paix.

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